Armel Job
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Un Père à soi, le nouvel Armel Job est arrivé !

par Émile Cougut

Le « nouvel Armel Job est arrivé », son titre: Un père à soi ! Tout est dit et une telle annonce devrait inciter tout un chacun à se précipiter chez son libraire, à s’acquitter de la modeste somme de 20 euros pour se plonger sans désemparer dans sa lecture. Vous ne serez pas déçu !

Comme j’aime à le signaler sur son oeuvre, écrire il sait si bien le faire, car il est vraiment devenu un maître en cet art. Oui, l’auteur belge nous plonge au tréfonds du coeur et des pensées de ses héros. Ah, le poids du passé, les choix que l’on fit (ou que l’on ne fit pas) ; les douleurs enfouies qui refont surface. Puis la volonté, pas toujours clairement exprimée, de changer le cours de sa vie, dans un sens que l’on pense meilleur quand l’occasion se présente, sans s’annoncer, un fait, une rencontre qui modifient la routine quotidienne.

Armel Job écrivain belge

C’est ce qui arrive à Virginie, « technicienne de surface » dans un hôpital, qui assiste une malade du cancer en phase terminale. Un lien d’empathie lie les deux femmes et quand Michelle sait qu’elle s’achemine vers ses derniers instants, elle lui confie son secret et des photographies pour l’amour passion de sa vie. Cet homme c’est Alban, pépiniériste,  paysagiste, marié, deux grands enfants. Quel choc quand il apprend que la jeune femme qu’il a connue quand il travaillait pour payer ses études chez un maraîcher, spécialiste des chicons (endives pour les Français qui ne sont pas natifs du nord) est décédée. Mais surtout quelle découverte est la sienne quand il comprend que de la seule nuit qu’ils passèrent ensemble en est résultée une fille : Virginie ! Comment l’annoncer à sa femme et à ses enfants. Pour lui, c’est une évidence, Virginie est bien sa fille ; pas évident pour les autres. Et que faire quand il append que Virginie a pris la place de Caroline, sa vraie fille, tuée par un chauffard quand elle avait 7 ans ? Et pourquoi Virginie a-t-elle menti ? Mythomane ? Volonté d’arnaquer Alban ? Nous somme loin de tout cela, très loin, d’autant que la jeune femme ne voulait pas mentir, pas le moins du monde. Mais… mais son passé est ce qu’il est. Car enfin Alban n’est il pas le père qu’elle aurait souhaité avoir, ce père qu’elle aurait du tuer, au moins symboliquement, pour surmonter ses traumatismes ?

Non, Un père à soi n’est pas un livre sur le mensonge et ses conséquences, mais un livre sur la recherche éperdue de l’affection. Pour Virginie, c’est évident, pour Alban, un peu moins, mais nous avons affaire à un homme plongé dans la routine de la vie familiale qui se voit se remémorer une passion d’adolescence. Alors comment ne pas la fantasmer, ne pas la voir plus belle qu’elle ne serait devenue si elle avait continué dans le temps ? Et puis ses deux enfants ne sont plus là, ils finissent leurs études en Flandres et bientôt quitteront le cocon familiale. Qui plus est il a encore beaucoup d’amour à donner, alors Virginie représente pour lui un bief inespéré.

Armel Job aborde un thème peu abordé en littérature mais qui est devenu un vrai sujet de société : les violences faites aux enfants. Pas les violences physiques, mais les violences psychologiques. Sans compter les violences intra-familiales et les ravages qu’elles peuvent engendrer sur les enfants qui en sont les témoins. Virginie est une victime, une victime de ses géniteurs : un pervers narcissique violent et une victime qui ne fuit pas pour protéger sa progéniture. Et toute son attitude vis-à-vis d’Alban ne peut se comprendre que si on a conscience qu’elle est une victime.

Que dire de plus si ce n’est que le style d’Armel Job est toujours aussi simple, cristallin, limpide, évident. Quant à tous les personnages dit secondaires, Ludovic, Lydie, etc. ils sont tous criants de vérité, d’une grande humanité, agissant comme n’importe qui l’aurait fait face à la situation qui s’impose à eux. Et puis, il y a Michelle, alias Carol, sans qui rien ne serait arrivé, qui au-delà de la mort a réuni ce qui était épars et qui a fait grandir en humanité ceux qui sont restés. En un mot : un très grand roman.

Un père à soi
Armel Job
éditions Robert Laffont. 20€


Illustration de l’entête: Armel Job ©photo La Meuse

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