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Les liens mortifères, une psy, une flic, un roman policier comme on aime

par Émile Cougut

Léonie, trentenaire, boulotte, totalement névrosée, psychologue, en couple avec le beau Benjamin qui l’adule bien qu’elle soit goy, reçoit un message de sa sœur dont elle n’a plus de nouvelles depuis longtemps et lui donnant rendez-vous dans un appartement. Là, aucune trace d’Ingrid, mais un bébé d’un mois. Voilà un préambule qui démarre fort !

Le corps de la (très belle) Ingrid est retrouvé dans une forêt. C’est le groupe de la commandante Fennetaux, la soixantaine, quelque peu atypique (pour ne pas dire allumée) qui se voit charger de l’enquête. Par la force des choses les deux femmes collaborent et s’enfoncent dans les méandres d’une histoire aux liens mortifères qui trouve, de fait, ses origines dans une légende ardéchoise datant du début du Moyen-Âge.

Ce qui est vite résolu est le fait que  la petite fille n’a pas pour père Victor, l’époux d’Ingrid, sans nouvelle d’elle depuis un an, mais d’un truand qui s’avère être un policier infiltré. Toutes les pistes se rejoignent vers le « hameau », un lieu-dit au fin fond de l’Ardèche où dans les années 70, des hippies avaient créé une communauté pour y vivre comme au XIIème siècle. Communauté dirigée de fait par Jeanne qui avait trouvé ce moyen pour rester proche de Pierre, l’homme qu’elle aime. Mais Pierre était tombé amoureux de la belle Marguerite. Or la communauté a disparu, seul reste Pierre qui est devenu « l’ ancien », vivant dans son univers. De fait au fil du temps elle s’est transformée en un centre de recherche sur la vie paysanne au Moyen-Âge. Les anciens membres ont repris leurs vrais prénoms en retournant dans la société. Quarante ans après, les haines, les jalousies, mais aussi les déchirures, les douleurs, les rancœurs refont surface. Léonie grâce à  Fennetaux finit par comprendre le terrible secret qui ravage sa terrible mère… et prend conscience que Benjamin est le partenaire idéal.

Sophie Lebarbier a travaillé pour des séries policières à la télévision, et son écriture, le découpage de ce roman, s’en ressentent, et c’est très bien ainsi. On n’est pas sans penser au roman feuilleton du XIXème siècle. Oui en effet comment ne pas évoquer à ce niveau Rocambole de Ponson du Terrail ? À telle enseigne, des chapitres qui finissent sur un fait que nous ne connaîtrons qu’au chapitre suivant, des situations avec de multiples rebondissements, des plongées régulières dans le passé, des éléments parfois quelque peu surnaturels, etc., enfin tout ce qui convient pour avoir une lecture totalement addictive.

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Quant au hameau, enfin ce qu’il est devenu, comment ne pas avoir aussi à l’esprit le projet Guenelon, qui se structure aujourd’hui autour de la construction dans une forêt de l’Yonne d’un vrai château-fort de style Philippe-Auguste et employant les mêmes techniques et savoir-faire que ceux en usage au XIIème siècle et qui, qui plus est, est devenu un laboratoire de recherche sur cette époque recevant par ailleurs des chercheurs du monde entier.

Alors oui, le roman de Sophie Lebarbier est un roman addictif comme on aime, et qui nous apporte, faut-il en convenir, un plaisir certain de lecture qui nous éloigne de la grisaille du quotidien.

Les liens Mortifères
Sophie Lebarbier
éditions Albin Michel. 19€90

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