Zanzibar tourisme sexuel Altaïr Despres
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Zanzibar cul et chemise, tourisme sexuel et fantasmes, par Altaïr Despres

par Émile Cougut

Zanzibar, son nom même est une invitation au voyage. Des images de ce que l’on pense devoir ressembler au paradis : le soleil, les plages de sable fin, une mer turquoise, une abondance de nourriture… Qu’elle fait rêver cette île de l’océan indien, petite partie de la Tanzanie qui a su comprendre que les touristes étaient comme de la grenaille magnétisée par elle.

Mais Zanzibar c’est aussi bien d’autres choses que cette seule carte postale. Il y a des autochtones (certains auraient tendance à l’oublier). Ils ne rêvent que d’une chose, trouver de l’argent pour sortir de la misère et, pour les plus chanceux, trouver le moyen d’obtenir un visa pour se rendre en Europe. Ce « marché » est avant tout basé sur la présence de nombreuses femmes européennes qui viennent sur l’île en vacances. Certaines même restent pour s’y installer. La concurrence est rude, surtout qu’il y a des Tanzaniens, et d’autres individus d’autres nations comme les Massaïs qui viennent les concurrencer, d’où un certain racisme quelque peu palpable.

Pour profiter de la manne touristique, des dizaines de profils se croisent: le propriétaire d’un des hôtels les plus prisés (un homme qui s’est battu pour réussir avec sa femme d’origine finlandaise), le loueur de chambres d’hôtes, le vendeur à la sauvette de souvenirs aussi inutiles les uns que les autres, et surtout les « beach boys », des jeunes hommes s’évertuant à répondre à tous les souhaits des touristes. Tous les souhaits n’est-ce-pas, donc sexuels et oui ! Car Zanzibar est un grand lieu d’échangisme. La réputation des Européennes est qu’elles ont toutes le « feu aux fesses » et qu’elles ne viennent là que pour s’envoyer en l’air ! Ce qui tombe bien somme toute car tous ces jeunes hommes sont toujours prêts à satisfaire à leurs plus ardents désirs. Ils connaissent tous les codes pour plaire aux occidentales qui sont assez naïves pour croire en leurs grandes déclarations d’amour. Le Graal, c’est de tomber sur une femme qui le ramène dans son pays d’origine. Mais plus d’un sont revenus car l’Occident est invivable pour eux, surtout qu’il y fait froid et que les mentalités et la culture y sont vraiment très différentes.

Zanzibar est une île musulmane, où s’y pratique un islam particulièrement tolérant. On est très loin du rigorisme du wahhabisme et des caricatures que certains distillent dans les médias. Certes, il y a des codes à ne pas transgresser : ne pas montrer en public une marque d’affection comme se tenir par la main par exemple, ou se faire un bisou, la peur du « qu’en-dira-t-on » et la place de la femme.

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La Zanzibarienne, pas les blanches, les Mzungu, on ne les voit pas, elles sont éduquées pour satisfaire aux désirs de leurs maris, et de fait tous les jeunes hommes ne pensent qu’à elles, les blanches, c’est avant tout “pour la baise” ou pour se faire entretenir. Toutes celles qui se marient, et il y en a, avec des autochtones, s’aperçoivent vite qu’elles sont vite trompées et que les différences culturelles sont telles que malgré leurs volontés elles n’arrivent pas à les changer, à les faire évoluer.

Zanzibar Altaïr Despres
Altaïr Despres

Altaïr Despres est anthropologue et a travaillé durant plusieurs années à Zanzibar autour du sujet du tourisme sexuel des femmes. En plus de ses publications scientifiques, elle a eu l’intelligence de se servir de tout le matériel qu’elle a recueilli pour écrire ce roman au titre qui fait rêver. C’est une série de chapitres avec des personnages récurrents comme Dolcen, le beach boy aux multiples conquêtes et enfants (dont des jumelles, mais avec sa vraie femme légitime !).

On y croise Ethel, Helle, Mathilde, Ines, Solange, Juliette et quelques autres. Elles sont toutes tombées sous le charme de l’île de Zanzibar, qui venant de Finlande, d’Allemagne, de France, d’Italie, du Danemark. Elles sont étudiantes, travaillent dans leurs pays d’origine. Certaines partent après leur séjour, d’autres restent, se marient, finissent souvent malheureuses. Elles rêvent toutes de liberté, de sérénité et trouvent quasiment toute du travail dans le domaine touristique. Elles se marient sur place où vivent avec un Zanzibarien mais la vie est souvent difficile et elles finissent toutes par se demander si leur conjoint n’est pas là que pour l’argent. Rares sont celles qui s’épanouissent en ce lieu si différent que celui de leur enfance et de leur univers culturel.

Les blanches, en fait ne font que continuer l’exploitation occidentale de l’Afrique et les hommes ne font que tirer partie de la domination masculine.

« Amer savoir celui qu’on tire du voyage », a écrit Baudelaire. Le voyage à Zanzibar est un vrai piège à alouettes pour beaucoup d’entre celles qui s’y rendent. Elles se font prendre dans les filets des chasseurs, sont broyées par eux et finissent comme Mathilde par comprendre, comme Candide, que le bonheur est de travailler son jardin et non point celui d’un ailleurs fantasmé.

Le thème (donc le tourisme sexuel des femmes ce qui change de celui des hommes dans le pays voisin Madagascar) n’est jamais traité. Seule une spécialiste pouvait nous montrer, sans aucune critique, sans aucun jugement, ce phénomène peu connu.

Un roman original d’une lecture facile et qui attire notre attention sur une autre façon d’imaginer sa vie.

Zanzibar
Altaïr Despres
éditions Julliard. 20€

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