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Shangrila, une pièce de théâtre de Philippe Froget

par Émile Cougut

Voici une critique sur une pièce de théâtre, son titre Shangrila, son auteur Philippe Froget. Il n’est pas si fréquent, mais cela est bien entendu déjà arrivé, que dans les colonnes de WUKALI se trouve la recension d’une pièce de théâtre. Pas une critique sur une mise en scène ou sur la qualité du jeu des acteurs, non point , mais sur un texte brut, une expression imprimée, linéaire dans toute sa simplicité. Le lecteur n’est pas aussi « passif » que le spectateur car ce dernier, en quelque sorte « subit » la vision du metteur en scène de la pièce. Il peut être en parfait accord, voire en total désaccord.

Qui apprécie le théâtre en particulier et le spectacle vivant, comprend très bien ce que je viens d’écrire. Nous avons tous le souvenir de moments enchantés… et de véritables calvaires hélas ! Autant ai-je voulu être basse pour chanter le commandeur du Don Giovanni de Mozart après une représentation à l’opéra de Bordeaux, autant je suis sorti très, mais vraiment très énervé, après un véritable massacre du texte d’un Oncle Vania de Tchekhov, non à cause des acteurs qui ne firent qu’exécuter les ordres d’un mégalomane de metteur en scène qui ne pensait qu’à son ego au détriment du superbe texte du grand écrivain russe. Mais je m’égare ! La simple lecture d’une pièce de théâtre permet de se faire sa propre mise en scène et surtout d’avoir un avis « objectif » sur le fond du texte.

Shangrila n’est pas une pièce de boulevard, mais une pièce à thème écrite par Philippe Froget, une pièce qui nous pousse à réfléchir, et dans ce cas précis d’envisager le pouvoir et la force de la sororité.

Un huis-clos, toute la pièce se passe dans un salon avec trois personnages, trois sœurs. D’abord l’aînée et la cadette, puis arrive la benjamine. Leur père est en train de mourir. Leur père soit, mais surtout le Libérateur du pays (l’on pense à un pays d’Amérique du Sud). Il a voulu mourir à Shangrila, la maison de famille, là où la famille fut heureuse dans le passé, là où leur mère adorée est décédée. Que de souvenirs pour elles ! Pourtant, elles ont suivi des chemins très différents. L’aînée s’est occupée de ses parents après le départ de ses deux sœurs, elle est devenue le double de leur père et fait montre de la même violence, de la vision dictatoriale du pouvoir qu’il a développée. La cadette, elle est devenue danseuse de ballet et maintenant dirige l’opéra national. Quant à la benjamine, elle a rejoint les révolutionnaires, et a été condamnée à mort par leur père et son aînée. Pourtant, elle revient à Shangrila à l’annonce de l’agonie du père.

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Les retrouvailles entre elle et l’aînée son plus que tendues, mais la cadette réussit à s’interposer entre elles et à renouer un vrai dialogue. Et les non-dits, les actes cachés, gratuits, font surface. Ainsi l’horreur qu’a vécu la cadette, l’empathie de l’aînée vis-à-vis de la benjamine et réciproquement, alors seulement finit par apparaître le terrible secret de leurs parents. A la mort de leur père, les révolutionnaires font surface, mais les liens entre les trois sœurs sont encore plus forts qu’avant.

L’agonie du père a réussi à produire ce à quoi il s’est efforcé durant toute sa vie : montrer à ses trois filles qu’elles ne font qu’une, que chacune d’entre elles partage la responsabilité avec les deux autres. Elle a permis de « libérer la parole » qui permet de dire les actes, mais aussi de comprendre. Oui, bien de comprendre les actes de chacune de leurs sœurs, mais aussi de leurs parents.

Un  très beau texte, parfaitement ciselé, avec des rebondissements, mais si réaliste.

Shangrila
Philippe Froget
éditions du Panthéon. 13€50

Illustration de l’entête/ Trois femmes aux Fleurs. Fernand Léger

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