La National Portrait Gallery de Londres vient d’acquérir sa première peinture d’un homme travesti et portant des vêtements de femme.

Il s’agit du Chevalier d’Éon et le portrait a été peint en 1792. On croyait l’oeuvre disparue, on en avait perdu la trace depuis 1926.

Le chevalier d’Éon a vécu à Londres en homme de 1762 à 1777, puis de 1785 à 1810 en femme. il fut toujours un personnage très célèbre tant dans les milieux de la diplomatie, la haute société et même dans les milieux populaires. Il était un militaire respecté, un bretteur confirmé, et un diplomate qui avait négocié le Traité de Paris en 1763 entre la France et l’Angleterre mettant fin à la Guerre de Sept Ans.

Le Chevalier d’Eon (Charles Geneviève Louis Auguste Andrè Timothée d’Eon de Beaumont) (1728-1810) vint pour la première fois à Londres en 1762 comme diplomate au service de l’ambassade de France et à ce titre contribua aux négociations entre les deux puissances anglaise et française. Bien qu’il fut honoré en se voyant attribué la Croix de Saint Louis pour les services rendus à la Couronne de France, il refusa de revenir en France, préférant à toutes autres choses les privilèges dont il bénéficiait à Londres. En outre pour consolider sa position en Angleterre il publia un livre révélant les correspondances diplomatiques secrètes qui rendaient compte de la corruption de certains ministres français influents. Ce livre fit sensation tant dans le Royaume Uni que sur le continent et le roi George III dut lui demander de quitter la Cour. Était-il un agent secret au service du roi de France l’hypothèse a été un temps avancée?

Le chevalier d’Éon essaya de faire chanter Louis XVI en le menaçant de révéler à l’Angleterre les plans français d’invasion. D’Eon devenait dangereux pour les intérêts français aussi pour le calmer le roi Louis XVI lui attribua en 1775 une pension officielle en contrepartie de quoi il devait aussi s’habiller dorénavant avec des vêtements de femme. Cette demande était pour le moins sans précédent et accréditait les rumeurs qui laissaient supposer qu’il était bien femme. On va jusqu’à dire qu’il aurait participé à des bals et des fêtes réunissant des travestis lors d’une mission diplomatique précédente à la Cour d’ Elizabeth Pétrovna, Impératrice de Russie

En 1785 il retourne en Angleterre et redevient très célèbre à Londres, il s’illustre même dans de nombreuses compétitions d’escrime où il excelle, (voir gravure d’illustration) de nombreuses tirages et des feuilles satiriques le représentent habillé de noir comme dans ce portrait et portant en permanence, même pendant ses assauts, la Croix de Saint Louis.

Les spéculations allaient bon train en Angleterre au sujet de son identité, une chambre de justice se réunit pour statuer sur son appartenance sexuelle. Les londoniens s’adonnaient à parier, il fut déclaré être femme. Il devint pour quelques écrivains et poétesses féministes anglaises un exemple de la force d’âme féminine se référant au courage et à l’humiliation qu’il (elle) avait eu à subir lors du procès. Après la chute de la monarchie française en 1789, il (elle) cessa définitivement de s’habiller en homme

Lors d’un duel en 1796 il fut sérieusement blessé ce qui mit fin à sa carrière d’escrimeur. Le chevalier d’Éon se mit alors à écrire sur lui même décrivant son évolution qui le conduisit du statut de militaire à celui d’une femme célèbre. Cela d’ailleurs n’étonnait personne tant étaient nombreuses les femmes qui se déguisaient en homme pour suivre leurs bien-aimés à la guerre. Quant à ceux qui l’avaient connu homme l’idée qu’il ( qu’elle) fut une femme n’avait rien d’impossible.

À sa mort, des examens anatomiques démontrèrent qu’il avait un corps d’homme.


Pas un seul travesti ni transsexuel n’a connu jusqu’à la fin du XXème siècle pareil affection du public. On estime que ce portrait constitue un véritable document historique, tout à la fois document sur son identité et signe de son acceptation par la société britannique à une époque où pourtant les hommes qui étaient surpris portant des vêtements de femmes encouraient de terribles persécutions

Ce tableau peint à l’apogée de sa gloire le représente portant le ruban tricolore à une période où il essayait de convaincre les chefs de la révolution de lever un régiment de femmes pour combattre l’ennemi

Ce portrait peint, daté et signé par Thomas Stewart (1766-1801), est en fait une copie d’un autre tableau présenté à la Royal Academy en 1791 par Jean Laurent Mosnier (1743-1808). il lui fut probablement commandé par Francis Rawdon Hastings, 2ème Comte de Moira and 1er Marquis de Hastings, libertin et dandy qui affichait un goût marqué pour les portraits aux définitions quelque peu exotiques.

Adaptation et traduction National Portrait Gallery pour Wukali par

Pierre-Alain Lévy et Timothy Orpington


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NATIONAL PORTRAIT GALLERY

St Martin’s Place, London, WC2H 0HE

Underground Stations: Charing Cross à 230 mètres, Leicester Square 195 mètres, et Embankment à 490 mètres.

Bus 24, 29 et 176 depuis Trafalgar Square arrêt C, ou Charing Cross Road arrêt K.


Illustration couverture. Gravure représentant le Chevalier d’Éon en femme lors d’un assaut d’escrime à Carlton House.

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