Grace à une formidable campagne grand public de recueil de fonds, le tableau d’Edouard Manet , « Mademoiselle Claus » restera en Grande-Bretagne. Le tableau avait été initialement vendu en 2011 par un acheteur étranger pour une valeur de 28,35 millions de livres (35,98 millions €). Le gouvernement britannique suivant les avis de la commission ad-hoc pour l’exportation des oeuvres d’art, et considérant que cette peinture constituait un trésor national avait posé son veto temporaire à la vente. Selon une disposition législative, Private Treaty Sales, l’oeuvre pouvait être acquise par une institution britannique à des conditions plus favorables.(voir note infra)

Le Ashmolean Museum de l’université d’Oxford, bien connu pour ses collections archéologiques et le splendide ensemble de dessins de Pissarro qu’il possède, a réussi a rassembler des dons pour 7 millions,83 de livres pour acquérir le tableau afin qu’il demeure ainsi à disposition du public. Heritage Lottery (HLF), équivalent britannique de la Loterie Nationale en France, a contribué aussi à hauteur de 5,9£ millions, la Fondation pour les arts (Art Fund) a apporté sa garantie à hauteur de 850.000£, et le reste soit 1 million 80 000£ se répartit en dons publics, provenant de fondations industrielles et de personnes privées (1048 contributeurs). Le cabinet conseil londonien Robert Holden Ltd, expert-conseil en oeuvres d’art, a été la cheville ouvrière de cette opération de mécénat public.

“Mademoiselle Claus” est une oeuvre majeure de Manet et constitue la version première du “Balcon” (1868-1869), aujourd’hui exposé au Musée d’Orsay à Paris. Pour ce tableau Manet a trouvé son inspiration en apercevant à Boulogne sur mer où il résidait avec sa famille en 1868, des hommes et femmes debout sur un balcon. On ne peut à l’évidence s’empêcher de penser au tableau de Goya, «Majas au balcon» (Metropolitan Museum of Art).

Le portrait représente Fany Claus (1846-1877), une amie de la femme de Manet, Suzanne Leenhoff. Elle était violoniste et jouait dans un quatuor pour cordes féminin. Elle épousa en 1869 le peintre impressionniste Pierre Prins qui était également un ami proche de Manet. Elle mourut de la tuberculose huit ans plus tard. Ce tableau avait été acquis en 1884 par le peintre anglais John Singer Sargent qui l’avait alors emporté en Angleterre. Manet était mort quelques mois auparvant en 1883.

L’ Ashmoleum Museum fondé en 1683 est non seulement le plus ancien musée britannique, il est peut-être même le plus ancien musée du monde. Il étaie aujourd’hui ses collections avec un tableau de première grandeur de la peinture française du XIXème siècle.

«Mademoiselle Claus» retrouvera ainsi une autre oeuvre intéressante de Manet, propriété du musée, une version aquarelle de travail du “Déjeuner sur l’herbe”. Ce tableau sera ultérieurement exposé dans différents musées britanniques

Annexe/ Private Treaty Sales

Des biens (trésor artistique en l’occurrence, mais la définition législative anglaise est infiniment plus large et touche à des domaines multiples), considérés comme patrimoniaux ou disposant de caractéristiques artistiques uniques et rares peuvent bénéficier à l’occasion d’une vente ou d’un héritage d’exemption tant des droits de succession ( Inheritance Tax « IHT »), que des taxes foncières, ou de la taxe sur les gains des capitaux’ (Capital Gains Tax,“CGT”) aussi peuvent-ils ainsi être acquis par private treaty à un prix intéressant pour l’acheteur public, en vertu de la liste nominative indiquée dans la loi “Schedule Inheritance Act” de 1984. Cette liste concerne les grands musées, les galeries d’art et les Archives nationales britanniques.

Une vente conclut sous ces auspices ne donnera donc pas ouverture à des droits et taxes de succession et autres taxes comme mentionnées plus haut. Qui plus est l’acheteur pourra acheter l’oeuvre à 70%du marché.

Préservation du patrimoine artistique, de mêmes impératifs en Grande-Betagne et en France, une inspiration législative voisine

Ce système, (dans la même veine et comparable à la dation ou l’exonération des droits de succession pour les objets d’art en France), permet à l’état d’enrichir ses collections publiques, de doter ses musées d’oeuvres exceptionnelles, de protéger son patrimoine artistique, et d’empêcher que ne disparaissent subrepticement vers l’étranger, des chefs d’oeuvre.

En France l‘impôt de solidarité sur la fortune peut être acquitté, sur agrément, suivant la procédure de dation, par la remise d’oeuvres d’art, de livres, d’objets de collection ou de documents de haute valeur artistique ou historique (CGI, articles 1723 ter-00 A et 1716 bis).


Timothy Orpington correspondant à Londres pour Wukali et Pierre-Alain Lévy


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