La Chronique littéraire d’Émile Cougut.


Contrairement à ce que son titre aurait pu nous faire penser de prime abord, ce livre n’est pas traduit de l’américain. Personnellement, même si je suis loin d’être parfait quand j’écris, je n’apprécie pas beaucoup les titres, les mots, les chansons en anglais ou en américain (langue qui se différencie de plus en plus de ses origines), alors que notre langue française est tout aussi, si ce n’est plus, riche que celle de nos « cousins » grands bretons…

Mais un titre est plus qu’important, il doit être à lui seul le résumé, le symbole de tout ce que l’auteur a écrit. Au moins, les éditeurs nous offrent des titres courts. Quand on lit ceux des romans du XVIIème ou du XVIIème siècle ceux-ci peuvent occuper toute la page de garde avec tant de précisions que l’on arrive à se demander s’il est utile de lire le livre puisque tout est dit.

Road Tripes est un titre qui, même s’il n’est pas français, ne trompe pas le lecteur tant il véhicule en son esprit des références culturelles autour des « road movies » américains et de toute cette littérature d’Amérique du Nord depuis « Sur la route » de Kérouac. Si on apprécie ce thème, il faut lire Road Tripes qui l’adapte à la France dans une virée entre Bordeaux et Montélimar. Soit, ce n’est pas la « route 66 », ce n’est pas pour autant un itinéraire touristique décrivant les beautés et autres monuments de notre pays.

Road Tripes est une sorte de roman, pas particulièrement policier, décrivant une sorte de fuite en avant de deux quadragénaires plus ou moins marginaux et assez dépressifs. Ils sont en bute avec une secte millénariste, rencontrent un violent monomaniaque à la Renault 16, vivent d’expédients, de vols, de braquages. On trouve de la violence, du sexe, enfin tous les éléments qui font le liant de ce genre littéraire.

Rien n’est particulièrement réaliste dans ce livre, la plus part des personnages sont caricaturaux : les adeptes de la secte, les deux principaux protagonistes. Si Vincent, celui qui est sensé écrire, est bien décrit dans toute sa complexité psychologique, son compagnon improbable, Carell, reste une vraie énigme pour le lecteur à la fin de sa lecture.

Pour un bordelais, il est agréable de glaner ça et là quelques expressions tirées du « bordeluche », ce gascon parlé sur les berges du port de la Lune.

Sébastien Gendron est un auteur au fait de l’actualité. C’est bien la première fois que dans un roman on fait une allusion à la SDIG… Soit pour les sachant, on perçoit une légère confusion avec le renseignement intérieur. Mais que pour les sachant… Par contre il est regrettable, pour les non sachant qui seront l’immense majorité des lecteurs de Road Tripes qu’il n’y ait pas un petit renvoi en bas de page où est précisé : « SDIG : Service Départemental de l’Information Générale, nouveau nom des Renseignements Généraux ».

Sébastien Gendron est une valeur montante de la littérature policière française. Ce n’est pas encore Simenon, ni Mankell ou Elisabeth George, mais il est indéniable que c’est un auteur à suivre.

Emile Cougut


Road Tripes

Sébastien Gendron

Éditions Albin Michel. 17€


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