La Chronique littéraire d’ÉMILE COUGUT

Pauline sort de l’hôpital où, après avoir lutté contre la mort et subit des opérations pour restaurer son corps brûlé lors de l’incendie de son appartement. Sa bibliothèque a disparu, elle n’a plus de livres et se trouve totalement désemparée car, pour elle, « si la vérité existe, elle ne peut se trouver que dans les livres ». Mais dans les décombres, il n’en restait plus qu’un : « La Lettre écarlate » de Nathaniel Hawthorne, un des grands écrivains américains du XIX siècle, aussi connu et étudié outre Atlantique que ne le sont Hugo, Balzac ou Zola en France. Ne trouvant plus sa vérité à Paris, elle quitte sa petite fille et part à Boston à la recherche de la vérité d’ Hawthorne.

Elle y rencontre deux personnages improbables, Gloria et Blake, qui, chacun à leur façon, lui permettent de mener à bien ce pèlerinage et surtout à surmonter le traumatisme de l’incendie, du à la folie de son frère Tristan qui l’a allumé, qui est mort, et de repartir sur le chemin de sa vérité.

La Transcendante est un conte philosophique, la description d’un vrai chemin initiatique montrant le passage d’une période de vie à une nouvelle, une sorte de psychothérapie permettant à l’héroïne de surmonter les douleurs de son passé, d’écouter et de comprendre celles des autres, et de voir l’avenir de façon positive. Et Pauline comprend que « La lettre écarlate », si elle ne recèle pas la vérité, n’en contient pas moins « une partie de son âme », mais une partie seulement, le reste se trouvant dans un ailleurs qu’elle doit rechercher pour la trouver
.
La Transcendante est cette route que prend Pauline, cette route qui nous mène vers notre accomplissement, notre vérité, route pleine d’embuches, d’épreuves qui, si nous arrivons à les surmonter, nous font progresser, nous sortent de notre solitude, de notre égotisme, nous « sociabilisent », nous placent comme un vrai maillon dans la chaîne de l’humanité.

La démarche de Pauline est guidée par l’ombre tutélaire de Nietzche : voyager, c’est essayer de trouver ce qui a été perdu, mais tout ces efforts n’aboutissent qu’à percevoir que tout est vain et illusion. Soit, l’Histoire est universelle, intemporelle, recommence perpétuellement, mais elle n’est jamais identique. Le comprendre, l’accepter, c’est sortir de sa solitude, de sa souffrance individuelle et devenir un être humain à part entière et non une personne prisonnière de son passé, passé qui est aussi celui des autres.

La Transcendante nous amène dans Boston, pas le moderne, mais celui du XIX siècle, à Salem, dans des endroits magnifiques, bien loin des images d’Epinal que nous pouvons avoir des Etats-Unis d’Amérique. Elle nous fait côtoyer, l’école du transcendantalisme qui marqua tant la littérature étatsunienne de cette époque, des auteurs comme Melville et surtout Thoreau qui a si bien écrit sur la nature et sur la beauté des arbres.

Dois-je avouer que je n’avais jamais lu La Lettre écarlate de Hawthorne. C’est fait, je ne pouvais pas écrire ces quelques lignes avant de l’avoir lu. C’est aussi grand, fort que nous le fait comprendre Patricia Reznikov.

Si j’ai un conseil à donner à ceux qui comme moi n’avait pas lu La Lettre écarlate, surtout commencez par La Transcendante, et après lisez La Lettre écarlate. Et je suis certain que ceux qui connaissaient cette œuvre la relirons dès qu’ils auront fini le livre de Patricia Reznikov.

Emile Cougut


La Transcendante

Patricia Reznikov

Éditions Albin Michel. 19€


Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus