New : a permanent collection of works of art presented at Centre Pompidou-Metz


Inaugurée voila une semaine par[** Aurélie Filippetti*], ministre de la culture et de la communication et au demeurant élue mosellane, la nouvelle exposition « Phares » aura fait couler beaucoup d’encre. Bien en deçà de sa réalité artistique, elle met fin à des querelles politiques intestines qui ont opposé, souvent dans les mêmes camps, les élus et les responsables à différents niveaux du Centre Pompidou tant à Metz qu’à Paris.

De quoi s’agit-il ?

Le Centre Pompidou Metz, voulu par l’ancienne municipalité dirigée alors par **Jean-Marie Rausch *] et construit pendant son dernier mandat, est en quelque sorte une« filiale» ou plutôt «une annexe» du Centre Pompidou (Paris). Ce n’est point un musée, il n’en a ni la structure juridique, ni le fonctionnement, ni les personnels scientifiques spécialisés en muséologie. Son cadre juridique est celui d’un EPCC ([ établissement public de coopération culturelle). N’étant point un musée, il ne possède point en propre d’oeuvres, il est donc redevable du Centre Pompidou (Paris) qui lui attribue dans le cadre d’expositions temporaires les oeuvres que le MNAM (musée national d’art moderne installé au Centre Pompidou à Paris) possède ou tient en réserve et lui prête.

L’exposition inaugurale« Chefs d’oeuvre? » qui créa le Centre Pompidou- Metz fut en tous points une réussite. Les oeuvres présentées hissaient le Centre Pompidou-Metz au rang international et la presse du monde entier se fit l’écho de cet événement français de décentralisation culturelle. Une colossale réussite comme diraient nos amis allemands. La liste des oeuvres était non seulement impressionnante mais le niveau de leur qualité ne supposait aucune critique. Cette exposition inaugurée en Mai 2010 devait durer jusqu’au 25 octobre de la même année. Puis elle fut prolongée par deux fois et finalement ferma ses portes en septembre 2011. Mais, car hélas« mais» il y a, un certain nombre d’oeuvres quittèrent dès le mois d’octobre 2010 les cimaises du Centre Pompidou-Metz, et bien des visiteurs venant alors après cette date pour la première fois visiter l’exposition furent pour le moins marris. Tout un niveau d’accrochages fut supprimé et la grande gallerie présenta alors une exposition consacrée à deux designers. La grande exposition «Chefs d’oeuvres ?» avait retréçi comme peau de chagrin, et les visiteurs se sentaient floués.

Le rythme des expositions qui suivirent était conforme au cahier des charges ou plus exactement au protocole muséologique envisagé. Entre chaque grande exposition, des expositions, comment dire, plus «légères» où l’on vit le FRAC Lorraine faire son entrée…

Il est important de souligner, non seulement le coût impressionnant du budget nécessaire pour mettre en place une grande exposition ( l’augmentation notamment vertigineuse des assurances qui couvrent chaque oeuvre, ce à quoi s’ajoutent les frais de transport), mais aussi le travail de recherche muséologique qui implique plusieurs dizaines de spécialistes et nécessite du temps et qui se compte souvent en années. ( L’exposition «1917» qui fut elle aussi immense et magnifique rassembla à différents niveaux la collaboration de près de 500 personnes). Elle fut suivie d’une exposition plus spécialement consacrée au rideau de scène de «Parade» peint par Picasso. Cela donnait quelque peu l’impression que l’on avait trouvé là un bon filon qui méritait d’être exploité.

Entre chaque grande exposition des semaines s’écoulaient et les visiteurs qui venaient à Metz (la plus grande partie de la région Lorraine) étaient manifestement dépités de ne trouver que des expositions intermédiaires et de ne pas voir «ce qu’on voit dans la capitale» faute de grands noms d’artistes largement médiatisés auprès du grand public ! Cet effet là est d’ailleurs tout à fait représentatif de la fonction sociétale de ces expositions qui drainent des centaines de milliers de visiteurs en recherche d’identité et d’existence individuelle et qui trouvent à travers elles une catharsis incarnée.

Au fil du temps, après l’ouverture du Centre Pompidou-Metz, dans la ville ou dans ses institutions représentatives, des voix se firent entendre pour réclamer la constitution d’une exposition permanente, ce que ne permettait que de façon très improbable ni le statut juridique de l’EPCC et ni de façon purement matérielle et immobilière la disposition des lieux. On apprenait aussi les stagnations des entrées. Les rivalités picrocholines qui font les délices des dîners messins aiguisèrent les surenchères. Rendez-vous fut pris avec la ministre tandis que le président du Conseil régional, [**Jean-Pierre Masseret*], dans un communiqué de presse, allait même jusqu’à menacer peu de temps avant la rencontre, de supprimer la participation annuelle du Conseil régional au budget du Centre.

Le mardi 24 septembre 2013, une délégation d’ élus messins et mosellans, chefs d’exécutifs territoriaux, fut reçue rue de Valois, auprès d’**Aurélie Filippetti*], ministre de la culture et de la communication, et d’[**Alain Seban*], président du Centre Pompidou, pour réclamer la mise en place de cette exposition permanente. C’est ce jour là, et à cette réunion que fut prise la décision de doter le Centre Pompidou-Metz d’une exposition attachée à l’institution. Le financement de cette exposition fut pour une fois facile à trouver, 500 000€ déduits du [Pacte Lorraine, récemment accordé, et financé par l’état et la région. Subtile opération de comptabilité publique. Dans cette affaire, on pourrait dire « embrassons-nous Folleville !  », ou «Dieu reconnaîtra les siens» tant les intrications et les non dits sont sophistiqués.

Il n’en demeure pas moins que les prochains visiteurs du Centre Pompidou auront le privilège d’admirer les oeuvres de 18 grands artistes: **Robert Delaunay, Fernand Léger, Picasso, Pierre Soulages, Frank Stella, Anish Kapoor*] et bien d’autres… [( lire article spécifique à l’exposition). Ce faisant, c’est tout une prospective programmatique qui sera à revoir, en effet les espaces d’exposition du Centre Pompidou Metz ne sont pas extensibles, et celui au rez de chaussée où est installée l’exposition «Phares» ne pourra pas d’évidence servir à d’autres manifestations. Cela signifie donc in fine et paradoxalement, une moindre capacité de montre, moins d’expositions sur le moyen terme puisque la collection dite permanente tournera tous les deux ans, et une emprise conséquente au coeur du Centre qui immanquablement aura une répercussion pour les programmes à venir. Un effet tout de dialectique constitué, manifestement peu à l’ordre du jour des préoccupations de court terme des politiques instigateurs de cette nouvelle installation. Dores et déjà on peut penser légitime d’envisager pour l’avenir l’extension du Centre qui a trouvé maintenant ses limites foncières et dont les espaces sont pour le moins très occupés. Mais cela est un tout autre sujet…

Si le Centre Pompidou-Metz est devenu la chance de Metz et plus largement de la Lorraine, son attractivité contribue à changer très largement l’identité et l’image de la ville. C’est d’ailleurs ce qu’avaient prévu et anticipé les publicitaires en lançant avant l’inauguration une subtile campagne d’affiches où l’on pouvait voir [**Picasso, Andy Warhol*], et [**Salvador Dali*] dire: «Demain je m’installe à Metz ».

Depuis son ouverture, plus de 2 millions de visiteurs, des records de fréquentation, notamment le nombre d’enfants qui le place juste après les grands musées d’Île de France. Quant aux retombées médiatiques et économiques elles sont réelles et estimées à 100 millions €. Selon les études conduites par la CCI de la Moselle chaque visiteur dépense en moyenne 140 euros.

Le Centre Pompidou-Metz est en soi non seulement un modèle de décentralisation culturelle, et le nouveau dispositif mis en place sous l’égide du ministère pour cette exposition permanente, telle «Phares», constitue un nouveau partenariat entre l’état et les collectivités territoriales. Metz n’est pas Paris, cela est d’autant plus ressenti qu’il y manque tous ces relais culturels, scientifiques, universitaires et médiatiques de toutes sortes qui propulsent plus rapidement auprès de leurs publics les grandes institutions de la culture et des arts. Le Centre Pompidou-Metz est donc un champ d’expérimentation au même titre que le Louvre-Lens et bientôt le Louvre Abu Dhabi, chacun dans sa différence, bien évidemment !

Bien loin de Metz, aux USA, on observe avec le plus vif intérêt la greffe messine, à telle enseigne le directeur du MoMa de New-York a annoncé sa venue dans les toutes prochaines semaines pour découvrir auprès de son collègue[** Laurent Le Bon*], directeur du Centre Pompidou-Metz, la merveille que bien d’autres nous envient !

[**Pierre-Alain Lévy*]


[(Budget annuel du Centre Pompidou-Metz : de 11 à 12 millions d’euros, financé à hauteur de 4,6 millions d’euros par la communauté d’agglomération Metz Métropole et à 4 millions d’euros par le conseil régional, tandis que la ville de Metz met 400.000 euros à disposition et le Conseil général 100.000 euros. Le reste doit provenir des ressources propres du musée, via la billetterie, le mécénat, la vente de produits dérivés et l’organisation d’événements privés. (in La Gazette des communes)


EPCC

La loi du 4 janvier 2002 institue une nouvelle catégorie d’établissements concernant les institutions gérées en partenariat entre l’Etat et les différentes collectivités territoriales.
En créant une nouvelle catégorie d’établissements publics, destinée à organiser la coopération entre les collectivités territoriales pour la gestion des services publics culturels, cette loi offre à la décentralisation culturelle un outil juridique adapté. L’adoption de ce nouveau statut est un possibilité offerte aux collectivités territoriales et non une obligation.

)]


Illustration de l’entête : Aurélie Filippetti, ministre de la culture et de la communication et Alain Seban Président du Centre Pompidou, lors de l’inauguration Vendredi 14 février 2014 de la nouvelle exposition : “Phares” au Centre Pompidou-Metz. ©Photo Wukali

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