Adolf Weinmüller’s annotated books released on line. Sound proof of nazi plundering of cultural treasures


La chronique de Pierre-Alain LÉVY.


Alors que l’on s’apprête à célébrer les soixante-dix ans du D-Day en Normandie qui ouvre la voie à la défaite d’Hitler et de l’Allemagne nazi, que les médias du monde entier vont à juste titre à longueur de colonnes ou d’émissions accompagner l’événement, il n’est guère de semaines qui ne s’enrichissent de découvertes d’archives sur la période nazi que d’aucuns aujourd’hui feignent de méconnaître. Cette période du vingtième siècle est très prégnante et percute notre société. Le règne que voulait Hitler pour mille ans s’est achevé dans les ruines de Berlin et une Europe en deuil d’une civilisation et d’une culture qu’elle croyait exemplaires.

Hitler voulait aussi définir et imposer une «race des Seigneurs pour un reich de mille ans » (Tausendjährige Reich) et effacer toutes traces humaines, spirituelles et artistiques qui ne collaient pas à son projet fanatique, débile et assassin. Pour ce petit peintre en bâtiment raté des tavernes de Munich, il lui incombait de s’en prendre aux artistes et notamment ceux dont la gloire contemporaine fragilisait son ego pathologique. Cette idéologie de la haine de l’autre, cet antisémitisme que d’aucuns ou d’aucunes aujourd’hui cherchent à réhabiliter subrepticement, voulait effacer toutes traces, et tout particulièrement philosophiques et culturelles, portées dans la pensée juive.

Très récemment encore un film grand public The Monuments Men , avec ses qualités et ses défauts, a retracé l’épopée de ces hommes qui entreprirent une gigantesque chasse au trésor pour retrouver en Allemagne et en Autriche les oeuvres d’art pillées sur ordre d’Hitler, Goering, Goebbels et autres criminels. (Wukali y a au demeurant consacré un article documenté) (cliquer)

En octobre dernier puis dans les mois qui ont suivi, ce fut au tour de l’affaire Gurlitt, la découverte d’une colossale collection d’oeuvres d’arts à Munich dont le lien de propriété avec le détenteur des oeuvres, mort voilà peu, est rien moins que suspect. (Wukali y a consacré de nombreux articles, voir dans la rubrique Recherche)

Voici qu’un organisme allemand de recueil d’informations sur les trafics d’oeuvres d’art et les patrimoines pillés par les nazis, database lostart.de, vient de rendre public des catalogues de ventes tous annotés de la maison d’enchères Weinmüller publiés pendant la période hitlérienne. Quatre-vingt treize volumes au total s’étalant sur la période de temps allant de 1936 à 1945. Période qui vit la maison Weinmüller prospérer grâce au marché du pillage et au séquestre d’ oeuvres provenant des collectionneurs et marchands d’art juifs forcés de « céder » leurs biens.

Weinmüller a organisé pendant toute cette période 33 ventes à Munich et 18 à Vienne représentant près de 34.500 objets divers. Les annotations des catalogues consignent les noms des expéditeurs et des acheteurs ainsi que les prix de vente des oeuvres. A l’époque de la traque des oeuvres par les hommes des Monuments Men, Weinmüller avait prétendu que ces archives avaient été détruites.

Un nazi marchand d’art

Adolf Weinmüller (1886-1958) s’est établi comme marchant d’art à Munich en 1921 et a rejoint le parti nazi dès 1931 ( pour mémoire Hitler est arrivé au pouvoir en 1933…). Ses liens avec le Reichskammer der bildenden Künste, organisation nazi en charge de l’élimination des marchands juifs du marché de l’art n’est pas un mystère. En 1936 Weinsmüller achète la maison de vente Hugo Helbing quand Helbing est privé de sa license et que ses bien sont« aryanisés» par Weinmüller, et deux ans plus tard après l’ Anschluß, l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, il s’empare de la maison d’enchères viennoise Samuel Kende.

Parmi les clients assidus de Weinmüller on y trouve un certain Martin Bormann, le secrétaire privé d’Hitler. Après la défaite de l’Allemagne nazi, et au cours de la période de dénazification Weinmüller fut blanchi de tous crimes,  «Mitläufer», et son business n’en continua pas moins de se poursuivre et cela jusqu’à sa mort en 1958 quand sa maison de ventes fut alors achetée par Rudolf Neumeister. Neumeister, je ne puis m’empêcher de sourire des hasards sémantiques, Neumeister…!)

Le hasard est-il complice, bien difficile de le dire, mais ce n’est que l’an dernier que les catalogues furent découverts rangés dans une armoire métallique entreposée dans un dépôt de la maison Neumeister. À la suite de cette «exhumation », un accord fut conclu le 1er mars dernier entre Katrin Stoll, la directrice de la Maison de ventes Neumeister et le Zentral Institut für Kunstgeschichte,( l’Institut d’histoire de l’art allemand), pour leur confier les dits catalogues. Les noms des acheteurs mentionnés dans les catalogues n’ont pas été rendus publics mais peuvent être communiqués sur demande. Ces catalogues analysés par les chercheurs de l’Institut central d’histoire de l’Art ( ZI ) ont fait l’objet d‘études approfondies qui détaillent sous forme numérique près de 150 000 éléments d’information. Cette mise à déposition de ces archives tombent à point pour démêler l’écheveau de l’attribution de propriété des oeuvres regroupées dans l’affaire Cornelius Gurlitt.

Pierre-Alain Lévy


Illustration de l’entête: les catalogues Weinmüller


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