Jack Lang’s, former Minister of Culture and Minister of Education, protector of French art de vivre and artistic heritage


La chronique de Pierre-Alain LÉVY.


Trente ans déjà! Quelle excellente idée fut celle de Jack Lang quand il inventa en 1984 Les Journées Portes ouvertes dans les monuments historiques et qui deviendront Les Journées du patrimoine. Le projet modeste au départ prit force et vigueur comme l’on dit dans certains milieux. L’idée a été reprises par nombre de nos voisins européens. Aujourd’hui une innovation de taille, et plus particulièrement à Paris, certains ministères, hôpitaux et établissements publics ouvriront leurs portes au grand public. Comme à l’ENA, ou le ministère de la Santé, l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière ou, et oui, la prison de la Santé, la maison d’arrêt de la Santé comme l’on dit en termes administratifs et qui pourra être visitée les 20 et 21 septembre de 9 h 00 à 19 h 00, (rue de la Santé, Métro Glacière ). Ah si les parisiens sont bien gâtés, les provinciaux ne manquent pas non plus d’excellentes opportunités et les listes de monuments à visiter sont impressionnantes !

C’est à l’occasion de ce trentenaire que Jack Lang sort un tout petit livre, un petit opuscule ( il ne fait que 36 pages), une longue lettre disons plutôt, où il exprime son indignation sa colère ses fulminations devant le spectacle de nos villes et de nos zones urbaines qui sombrent dans la laideur. «Ouvrons les yeux. La nouvelle bataille du patrimoine » est son titre. Le périmètre qu’il assigne à la caractérisation du patrimoine est bien plus large que la formulation généralement acceptée, sa définition fait aussi appel à la sociologie et aux études de comportements.

Jack Lang, et cela ne fait pas l’ombre d’un doute est une vraie personnalité. C’est un bretteur habile qui se plait aux combats. Il plait, il déplait, il amuse, il provoque, il agace, il séduit, il bondit et rebondit toujours présent comme un diable à ressorts hors de sa boîte. Peu importe, l’homme a de l’étoffe et beaucoup de talent et il n’a pas attendu d’entrer dans l’arène politique pour mettre en mouvement et vivre l’action culturelle. L’idée supérieure du beau et de la culture, c’est toute sa vie. Rappelons que bien avant d’occuper avec panache le ministère de la rue de Valois il avait déjà à travers une brillante carrière universitaire à Nancy créé un grand festival de théâtre. Aujourd’hui il est à la tête de l’Institut du Monde Arabe. Si cette fonction peut séduire quelques hauts serviteurs de l’état comme l’on dit ou quelques hommes politiques en quête d’honneurs et de reconnaissance, je doute que l’exercice de ce mandat corresponde bien à ses compétences et ses envies, Jack Lang s’ennuie.

Jack Lang mène une bataille mêlant dans une fusion attentionnée le respect de la beauté passée à l’exigence de beauté pour l’avenir. Il a le souci de la transmission. Son livre se présente non seulement comme un hommage doublé d’un cinglant constat mais aussi comme des préconisations pour des politiques structurantes.

Allons droit au but, non seulement c’est du bon Jack Lang comme l’on dirait d’un Bordeaux Premier cru, mais pour s’adapter au personnage flamboyant, c’est parfaitement vintage, c’est tout bonnement excellent!

C’est un cri, un appel, ou plutôt un chant d’amour et d’espoir pour cette France flétrie par une civilisation qui court et perd son souffle. L’homme a du style, des formules, une très belle plume, et ses observations sèches sur cette carapace de laideur qui gangrène nos villes et nos paysages et souille notre patrimoine sont disséquées au scalpel. «La laideur gagne du terrain», écrit-il, oui c’est vrai et le pire c’est que l’on arrive à ne plus la voir. Les rues et les routes sont avilies par des panneaux publicitaire dont la prolifération n’est pas contrôlée. Les zones périphériques de nos villes sont polluées par des centres commerciaux parsemés de vastes hangars tenant lieu de magasins voisinant avec d’immenses ères de stationnement pour des ribambelles d’automobiles, nos centres villes se ressemblent de plus en plus. L’homme pressé de Giacometti ne retrouverait plus ses marques.

Il faut lire Jack Lang dans le texte, c’est bon, c’est très bon, en voici quelques fulgurances:

– «Si vous êtes à Paris, vous jetterez votre bouteille d’eau vide dans une poubelle aux allures de préservatif géant, avant d’aller vous soulager dans un bloc en plastique de couleur pavé, dont vous sortirez sans un regard pour les fleurs qui s’étiolent, à côté, dans des jardinières en granulo-béton pour cigarettes»

Que nous dit notre environnement sur l’homme du XXIème siècle? Que nous dit-il sur nous ? Serions-nous devenus de simples récepteurs de signaux? De simples usagers et consommateurs ? L’homme moderne se serait-il oublié lui-même? -je pense à ces bancs de métro qui ne sont plus conçus pour que l’on s’y asseye, mais pour éviter que certains ne s’y allongent

Jack Lang ne s’arrête pas au constat, il reste éternellement dans la jeunesse et la dynamique de l’action portée vers demain. A cet égard il convient de noter cette recommandation qu’il suggère et dont on ne peut que le féliciter : « Il est urgent de réconcilier dans notre pays, le patrimoine, l’architecture, l’urbanisme, l’habitat et le paysage. Pourquoi ces enjeux si étroitement mêlés, sont-ils éclatés aujourd’hui en quatre ministères, la Culture, La Ville, le Logement et le Développement durable? Cela m’échappe. Il ne s’agit pas de créer une administration supplémentaire, mais bien de repenser leurs liens afin de mener une action cohérente et réfléchie sur l’ensemble de ces sujets. Le ministère de la Culture, qui est le ministère de la Beauté, celui du Patrimoine et de la Création, de la Mémoire et de l’Inventivité, serait à même de porter cette nouvelle politique si essentielle pour nos territoires. Il y a là une nouvelle forme d’action à inventer. Une politique ambitieuse, courageuse, du cadre de vie, qui replace l’homme au centre.»

Voila tout est dit: le constat et la méthodologie. C’est un plaidoyer pour l’architecture, pour l’intelligence conceptuelle, pour l’immanence du beau, c’est comme il l’écrit avec brio «un plaidoyer pour éveiller les consciences». Il n’y a pas un iota que nous ne partagions point!

Jack Lang conclut son opuscule par une citation de René Char:« Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté

Trente-six pages, un quasi format de poche, un petit prix, voici un livre qui réconcilie la politique et l’humain. Oui Jack Lang sachons ouvrir les yeux, bravo et merci !

Pierre-Alain Lévy


Ouvrons les yeux
La nouvelle bataille du patrimoine

Jack Lang

HC éditions. 4,50€


WUKALI 20/09/2014


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