David Vogel, Vienna, love and fury


David Vogel n‘est pas un auteur particulièrement connu en France et nous ne pouvons que le regretter à la lecture de Romance viennoise que viennent de publier les éditions de l’Olivier. Une fois n’est pas coutume, un peu d’éléments biographiques concernant l’auteur. David Vogel est né en 1891 à Satanov, dans l’Ukraine actuelle dans la communauté juive de cette ville. Après des études à Vilnus, puis quelques années passées à Vienne, il immigre en 1929 en Palestine, puis viendra s’installer à Paris. En 1940 il est interné administrativement dans un camps de prisonniers en tant que citoyen autrichien, libéré, il sera déporté en 1944 et décédera à Auschwitz.

Dans une Vienne des années 20 qui n’est pas loin de nous faire penser à celle décrite par Joseph Roth, se mêle et s’entremêle toute une société plus que cosmopolite venant de l’Europe entière. Vienne est une ville pleine de monde, de bourgeois, d’officiers, de prostituées, du « petit peuple » survivant plus ou moins bien d’expédients, dont certains ne rêvent que d’immigrer en Amérique. Tout ce monde fréquente dans des quartiers différents, des tavernes et autres cafés à toutes heures du jour et de la nuit.
C’est dans cet univers qu’arrive un beau jour Michaël Roth, jeune immigré juif russe de 18 ans, sorte de Rastignac qui a décidé de découvrir le monde et surtout de vivre chaque instant pour ce qu’il est, pour ce qu’il vaut. L’application parfaite de la célèbre devise « carpe diem ».

Le début de son séjour est à la hauteur du maigre pécule qu’il détient, jusqu’à ce qu’il rencontre par hasard un individu improbable qui lui offre une « bourse » de 10 000 couronnes pour se lancer dans le monde. Il prend une chambre dans une famille bourgeoise et devient très rapidement l’amant de la femme Gertrude. Mais la jeune fille de la maison, Erna tombe amoureuse de lui comme il est aussi attiré par elle.

Roman de mœurs, de société, Romance viennoise est aussi un roman érotique, sentimental, un roman sur la découverte de son corps et de la sensualité par une adolescente, une série de portraits où chacun apparaît par son trait de caractère le plus significatif : Gertrude l’amoureuse dépressive, son mari, le cocu fier de lui, Erna, l’adolescente ne comprenant pas encore qu’elle est sortie de l’enfance, Michaël le symbole même de l’insouciance de la jeunesse, pour qui tout lui est du, ne faisant aucun effort pour réaliser ses rêves, préférant jouir du moment présent sans aucune projection dans l’avenir. Il en est de même pour tous les autres personnages secondaires.

Il résulte de cet entremêlement de rencontres entre tous ces personnages, un univers basé avant tout sur l’intérêt, l’intérêt individuel, chacun ne pensant qu’à lui-même, à son plaisir, sans se préoccuper du ressenti des autres. Et ce même en passant par le mensonge : « la vérité ne procure pas le bonheur. Les rapports entre les humains, même l’amitié la plus intime, sont-ils fondés sur la vérité ? Sans mensonge, le monde n’existerait pas.  » De ce constat il en résulte des êtres aigris, du moins pour les plus lucides, ou pour ceux qui souffrent le plus de cette situation, des individus insatisfaits qui ne comprennent pas l’attitude de Michaël : « la vie ne consiste pas à atteindre un but mais à le poursuivre sans cesse. C’est une passion jamais assouvie. La vie est ainsi faite que si vous l’atteigniez, vous seriez comme mort ».

Si vous êtes des lecteurs de Joseph Roth ou d’Arthur Schnitzler, alors vous ne pouvez qu’apprécier David Vogel à la lecture de Romance viennoise.

Émile Cougut


Romance viennoise

David Vogel

Éditions de l’olivier. 23€


WUKALI 12/11/2015


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