About Hokusaï’s life and works


« Depuis l’âge de six ans, j’avais la manie de dessiner les formes des objets. Vers l’âge de cinquante, j’ai publié une infinité de dessins ; mais je suis mécontent de tout ce que j’ai produit avant l’âge de soixante-dix ans.

C’est à l’âge de soixante-treize ans que j’ai compris à peu près la forme et la nature vraie des oiseaux, des poissons, des plantes, etc. Par conséquent, à l’âge de quatre-vingts ans, j’aurai fait beaucoup de progrès, j’arriverai au fond des choses ; à cent, je serai décidément parvenu à un état supérieur, indéfinissable, et à l’âge de cent-dix, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant.

Je demande à ceux qui vivront autant que moi de voir si je tiens parole. Écrit, à l’âge de soixante-quinze ans, par moi, autrefois Hokusai, aujourd’hui Gakyo Rojin, le vieillard fou de dessin. » (Katsushika Hokusai 葛飾 北斎, Postface aux Cent vues du mont Fuji, 1831-1833).

L’exposition consacrée à Hokusaï et actuellement présentée au Grand Palais à Paris et ce jusqu’au 18 janvier 2015 est un événement.( voir l’article de Wukali ). Une exposition à Paris ( la plus importante à ce jour hors du Japon) sur ce très grand artiste japonais et ce n’est pas un hasard. La première biographie européenne qui fut publiée sur ce fou de peinture comme il aimait à se désigner lui-même, c’est Edmond de Goncourt qui l’écrivit en 1898. Et si des deux frères ( le second est Jules) dont la postérité aura conservé tout à la fois Le Journal ainsi que le Prix littéraire qui aura par la suite l’immense succès qu’on lui connait, on oublie parfois que c’est Edmond de Goncourt qui aura assuré la diffusion de l’art japonais en Europe et notamment en France quand c’était alors l’heure de l’impressionnisme ( il avait auparavant signé une biographie d’Utamaro en 1891 et projetait celles de onze autres très grands artistes parmi lesquels Hiroshige, Harubobu, Gakutei ou Kôrin).

L’organisation d’une grande exposition, de celles que l’on a la chance de voir à Paris, au Grand Palais, au Louvre au Centre Pompidou ou au Musée d’Orsay par exemple, nécessite en amont un travail de recherche conséquent. C’est une sorte de clapet intellectuel dans la recherche, le moment privilégié où le fruit d’un travail documentaire et analytique est présenté à la curiosité du public, une plateforme de réflexion. C’ est tout à la fois le bonheur des éditeurs et celui des amateurs éclairés.

C’est ainsi que l’exposition Hokusai a permis l’édition de différents ouvrages dont la qualité scientifique et muséologique le dispute à la présentation tactile et à la qualité du livre produit. Des différents ouvrages publiés à l’occasion on retiendra particulièrement Hokusai. Le fou du dessin par Henri-Alexis Baatsch paru aux éditions Hazan , l’édition complète du Hokusai Manga chez le même éditeur ainsi que l’excellent catalogue de l’exposition (en 2 formats) publié par la Réunion des musées nationaux-Grand Palais.

Henri -Alexis Baatsch est non seulement un historien d’art c’est aussi un linguiste émérite. On peut ainsi lire en préambule dans le livre publié chez Hazan: Hokusai Le fou du dessin, quelques lignes sur les caractéristiques phonétiques de la langue japonaise. Cet ouvrage est en soi une petite merveille, sous une couverture toile avec rubans et ornée d’un scène d’ukiyo-e, une mise en page d’un grand raffinement dans la tradition japonaise et sur double page.

Hokusai 北斎 (1760_1849) est tout à la fois un illustrateur, un inventeur, il a produit plus de 30.000 dessins, «son oeuvre se coule dans le style populaire d’une imagerie pour grand public et non pour seuls aristocrates, qui avait déjà plus d’un siècle d’existence». En ce temps là, le Japon s’était fermé aux influences extérieures et avait interdit, depuis 1630, l’accès de son sol aux diables étrangers et notamment les Jésuites qui portaient au Japon une influence considérée comme néfaste et nuisant à la spiritualité nippone. Un seul bateau, hollandais de surcroit, était autorisé une fois par an à mouiller dans le port de Deshima à Nagasaki dans le sud de la péninsule. C’est à travers des échanges de produits et de livres qu’ un capitaine du bateau acheta des estampes d’Hokusai et qu’elles arrivèrent ainsi en Europe.

Le Japon d’Edo ( ancien nom de Tokyo) vivait comme hors du temps, dans une société figée. La diversité de l’oeuvre d’Hokusai témoigne tout à la fois du goût du détail mais aussi de cette sérénité profonde et de cet amour des petites gens de la grande ville qui avait alors plus d’un million d’habitants (soit plus que Londres et Paris à la même époque). La ville grouille mais il ne se passe rien, et Henri -Alexis Baatsch compare Edo à la Rome pontificale du XVIIIème siècle.

La ville n’a pas d’urbanisme, pas de perspectives, seules comptent les plaisirs urbains, les échanges et les intrigues entre hommes et femmes. Utamaro (1753-1806) qui fut le grand aîné d’Hokusai avait dans ce domaine déjà tracé la voie. C’est le règne de la dynastie des Tokugawa, les femmes ont perdu leur pouvoir. Hokusai peint des acteurs de théâtre, des habituées du quartier de Yoshiwara, le quartier des maisons vertes , celui des plaisirs d’Edo. Hokusai ne travaille pas pour les puissants, les fortunés, il multiplie les productions d’estampes en feuilles séparées, appelées surimono, les illustrations pour les romans chinois ou encore l’histoire de la vengeance des 47 rônins ( samouraïs abandonnés à eux-mêmes) et que le théâtre kabuki avait déjà rendu célèbre. Il met sur le même pied d’égalité les femmes entretenues et les dieux du panthéon bouddhiste ou shintoïste. Son travail est incessant, il ne cesse jamais de dessiner voire de reproduire tout au long de son existence une même figurine le harashishi ( ou shishi) figure représentant un lion légendaire et sacré stylisé. Comme l’écrit avec grande subtilité Henri -Alexis Baatsch, «il faut donc souligner ici combien un dessein, une thématique, définissent mieux qu’une identité».

Son goût du surnaturel s’exprime pareillement au travers de personnages inspirés de légendes historiques chinoises. L’homme est facétieux, il produit sous différents noms, mais chez lui la différence entre bouffonnerie et drame est parfois ténue. C’est en 1800 qu’il se donne le nom de «Fou de peinture», Gakyôjin Hokusai. En 1812 il quitte Edo pour effectuer le fameux voyage des Stations du Tôkaïdo, cette route du bord de mer qui va de l’ancienne capitale Kyôto dans le sud vers Edo plus au nord. C’est à ce moment là que sous l’influence d’un autre artiste, Bokusen, il décide la publication des Manga, c’est à dire des carnets de croquis et d’études traitant une grande variété de sujets. Un répertoire des formes en quelque sorte. La production de ces différents carnets s’étendit de 1814 à 1834.

Les planches galantes d’Hokusai, les shunga, ont grandement contribué à son succès, notamment en Europe. L’amour vénal dans l’ancien Edo nécessitait tout un code de raffinements qui transparait notamment dans l’habillement raffinée des belles. L’imaginaire parfois chez lui supplante le réel. L’érotisme de ses oeuvres, conforme d’ailleurs à ce que réalisaient ses contemporains (Utamaro son père spirituel ou Gakutei) est fort d’une énergie turgescente, triomphante et dynamique.

De sa vie privée Hokusai fut assez discret comme d’ailleurs il était et demeure encore de tradition dans la culture japonaise. On sait qu’il eut en 1827 une attaque d’apoplexie «dont il se soigna lui même en préparant une médication traditionnelle de pâtée de citron, taillé avec un couteau en bambou, mis a cuire dans d’excellent saké.» Sa femme mourut la même année, il eut près de lui le soutien de sa fille Oyei, qui fut elle-même peintre de talent. Cela n’est pas sans faire penser à Rembrandt devenu veuf et son fils Titus.

En 1831 paraissent les Fugaku Sanjûrokkei, 冨嶽三十六景, les trente-Six vues du Mont Fuji. Fuji-san est intemporel, c’est la mesure de toutes choses, l’âme du Japon. Il est, le Mont Fuji, le lieu de fusion d’un pays et d’un peuple qui s’agite mais retrouve le sens de la mesure dans la quotidienneté banale et figée des choses de la vie.

Hokusaï utilise notamment pour ses estampes du bleu de Prusse qui avait été introduit eu Japon en 1829 et qu’il utilisera plus tard dans les séries des Cascades, des Ponts, des Oiseaux et des Fantômes. Il s’installe un temps près de Suruga au sud d’Edo, fuyant les tracasseries avec ses éditeurs. Il commence la série des Cent poètes qu’il n’achèvera pas.

Aux catastrophes naturelles au Japon s’ajoutent en plus la Grande Famine de 1836. Hokusai réussit à subsister en faisant du troc de nourriture contre des oeuvres. En 1839 son atelier est ravagé par un incendie, nombre de ses travaux sont détruits. Hokusai mourut en avril ou mai 1849, et ses cendres furent dispersées à Edo dans le cimetière attenant au temple Keikyôji, dans le quartier d’Asakusa.

Pierre-Alain Lévy


Hokusaï. Le fou du dessin
Henri-Alexis Baatsch

éditions Hazan. 25€


Catalogue de l’exposition Hokusaï

éditions RMNGP. 18€50 petit format


Illustration de l’entête: Voyageurs admirant la cascade de Kirifuri dans la montagne Kurokamiyama. Extrait de la série « Célèbres cascades du pays ». Vers 1832


WUKALI 10/12/2014


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