Inconspicuous antisemitism in France


Par-delà l’émotion suscitée par les attentats et prises d’otages de Paris des 7 et 9 janvier dernier, il incombe à l’historien de faire preuve d’un minimum de recul. L’agression contre Charlie Hebdo et l’assassinat de ses principaux collaborateurs pose essentiellement la question complexe de l’Islam, de ses rapports avec la dérive islamiste, de la référence au Coran et à l’enseignement du Prophète. Seuls, des historiens et anthropologues spécialistes du monde musulman peuvent, de notre point de vue, aborder ces sujets sans risquer l’ « à peu près » et les contre-sens. On sera donc bien inspiré de se tourner vers certaines plumes particulièrement autorisées, celles, par exemple de Gilles Kepel, Professeur à Sciences-Po, de Malek Chebel, auteur, chez Plon, d’un «Dictionnaire amoureux de l’Islam», de l’écrivain algérien Boualem Sansal.

L’assassinat, le 8 janvier d’une jeune policière d’origine martiniquaise, chargée, notamment, de la protection d’une école juive et la prise d’otage, le lendemain, à l’Hyper Casher de la Porte de Vincennes nous plongent dans la réalité d’un antisémitisme de plus en plus virulent en France et de ses connections avec l’Islamisme radical. Cette triste réalité doit être décryptée avec rigueur.

De 1945 à la Guerre des Six Jours, en juin 1967, l’antisémitisme occupa une place marginale dans la société française, à la lumière de le découverte des horreurs de la Shoa, du procès Eichmann et des bonnes relations entre la France et le jeune Etat d’Israël. En 1960, les contacts entre le Pape Jean XXIII et l’historien Jules Isaac contribuaient à la dénonciation de l’antijudaïsme chrétien et de la thèse absurde sur le « peuple déicide ». Cette dénonciation trouvera sa confirmation en novembre 1965, à la clôture de Concile de Vatican II, par la déclaration Nostra Aetate.

L’infléchissement de la position française sur les problèmes du Proche-Orient et la mise en place d’une « Grande Politique arabe » marquèrent un tournant majeur à partir de la fin des années 60. Il faut d’abord citer, à cette égard, la fameuse conférence de presse du Général de Gaulle du 27 novembre 1967 avec la phrase sur « le peuple juif, peuple d’élite, sûr de lui et dominateur ». De Raymond Aron à Shmuel Trigano, bien des observateurs ont considéré que cette phrase avait contribué à légitimer l’antisionisme et à rouvrir la boite de pandore de l’antisémitisme. Et le philosophe Vladimir Jankélévitch fera remarquer, à juste titre, que l’antisionisme est la forme « soft » de l’antisémitisme. Les successeurs de De Gaulle, Pompidou et Giscard d’Estaing maintiendront cette ligne diplomatique pro-arabe et anti-israélienne, recevant avec beaucoup d’égards, à Paris comme à Versailles ces grands démocrates que furent Kadhafi ou Saddam Hussein. Cette ligne ne sera que partiellement infléchie par François Mitterand. Plusieurs figures majeures de la diplomatie française ont incarné cette orientation pro-rabe jusqu’à une date récente, de Michel Jobert à Jean de Lipkovski et à Dominique de Villepin. On alla jusqu’à utiliser les services d’anciens « Collaborateurs » notoires tels que Jacques Benoist-Méchin, ancien ministre de Vichy et admirateur d’Hitler, condamné à mort en 1947 puis gracié par le Président Auriol, et devenu un proche des monarques saoudiens et d’Hassan II aussi bien que de Boumediene et de Nasser. Le cas de Benoist-Méchin est d’autant plus intéressant qu’il met bien en lumière les connexions qui existent entre l’héritage nazi et certains pays arabes adversaires d’Israël.

N’oublions pas que le Grand Mufti de Jérusalem, lointain parent d’Arafat, fut l’invité d’Hitler à Berlin à partir de 1941. Et rappelons l’existence d’une brigade de Waffen-SS arabo- musulmane. Ne nous étonnons donc pas d’apprendre que plusieurs nazis notoires se soient réfugiés, depuis 1945, en Egypte ou en Syrie. Et que Les Protocoles des Sages de Sion soient mis à l’honneur dans les librairies du Caire et de Damas, voire dans quelques échoppes en France.

De l’antisionisme à l’antisémitisme, les vannes furent donc ouvertes, à partir des années 70, pour que s’expriment les ténors du négationnisme, de Darquier de Pellepoix au prétendu « professeur » Faurisson. Au moment où la pratique du regroupement familial débouchait sur l’augmentation exponentielle d’une immigration d’origine arabo-musulmane, la fixation d’une partie de cette population sur la question palestinienne allait déboucher, chez certains esprits primaires, sur une détestation hystérique d’Israël et, par extension, de nos compatriotes juifs. Cela n’allait pas empêcher le Président Chirac de faire rendre les honneurs militaires à la dépouille d’Arafat en novembre 2004.

L’assassinat d’Ilan Halimi en janvier 2006, les crimes de Merah perpétrés à Toulouse en mars 2012, les cris de « mort aux Juifs » entendus à Paris et à Sarcelles en juillet 2014, l’exécution de quatre otages à l’Hyper Casher de Vincennes le 9 janvier 2015 : quatre chapitres tragiques d’un nouvel antisémitisme suscité, sans doute inconsciemment, depuis bientôt 50 ans, par plusieurs de nos dirigeants.

A un moment où l’humoriste Dieudonné continue à séduire un public, comme à Metz, ce vendredi 16 janvier où il s’est produit dans la salle des Arènes devant 4000 spectateurs, après décision du tribunal des référés, ce constat est plus qu’inquiétant !

Jean-Pierre Pister

Agrégé d’Histoire-Professeur de Chaire supérieure honoraire (Khâgne Lycée H. Poincaré de Nancy)


Illustration de l’entête: hommage à Yohan Cohen, Yoav Hattab, Philippe Braham, François-Michel Saada tués dans l’attentat antisémite à l’Hyper Casher Porte de Vincennes.


WUKALI 19/01/2015


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