Two men who had been in love together recall their past time


À l’affiche du Petit Montparnasse , la pièce de Philippe Besson qui avait rencontré le succès l’an dernier au Théâtre 14 nous propose un tango poétique qui reprend dans ses lignes la passion et le désir de cette danse argentine.

La nuit, au bar d’un hôtel apparemment désert, loin de la grande ville, au bord de la mer. C’est dans ce cadre intime, en terrain neutre, que vont se retrouver Stéphane Belcour, auteur à succès d’une cinquantaine d’années et Vincent, jeune homme de vingt ans son cadet. Deux ans auparavant, les deux hommes ont été amants, amoureux, une relation conflictuelle et passionnée mise à mal par une différence d’âge et une différence sociale. Deux ans plus tard, où en sont-ils ? Se sont-ils oubliés ?

Philippe Besson nous propose un dialogue à huis clos où la nuit et l’alcool aidant, les deux hommes vont se livrer aux confidences, vont se parler, enfin, comme surement ils ne l’ont jamais fait. En situant l’action dans ce bar d’hôtel, lieu impersonnel, lieu de passage, Philippe Besson place ses deux personnages dans un espace sans repères, sans autre élément reconnaissable que la présence de l’autre. Le bar en question dans la mise en scène de Patrice Kerbrat est noir, neutre, épuré avec seulement une table, pour deux personnes, pas plus, pas de chaises vides, comme pour rassurer le spectateur que personne ne viendra troubler ce moment d’intimité auquel il assiste. Et il est vrai que comme les personnages qui se livrent sans crainte de voir un serveur arrivé, le spectateur, lui aussi oublie que l’espace est public.

Jean-Pierre Bouvier et Frédéric Nyssen forment un duo amoureux sans fausses notes. Le jeu est sobre, ni larmoyant, ni racoleur. Les longs silences entre les répliques des premières minutes deviennent de plus en plus courts, ou bien le spectateur s’est il habitué à cette rythmique ? Jean-Pierre Bouvier incarne un Stéphane ivre des plus vraisemblables et évite la caricature de l’alcool dans laquelle de nombreux acteurs sombrent. La justesse dans le jeu à aucun moment ne faiblit et les passages monologués s’enchaînent avec les passages dialogués avec une fluidité remarquable, tant et si bien que le jeu de lumière qui accompagne ce changement de régime parait presque superflu.

Avec sans doute une part d’autofiction, Philippe Besson réussit à nous embarquer dans cette histoire d’amour inoubliée, inachevée où les mots vont guérir les maux du passé. Mêlant joutes verbales et moments de réflexions plus personnelles. Une poésie théâtrale portée par deux interprètes tout en justesse.

« C’est bien qu’on ait cette conversation. Comme une purge. Tu vois finalement, on devrait toujours parler. Plutôt que rester dans le non-dit, dans les choses non réglées. »

Ronan Ynard


Un Tango en bord de mer
de Philippe Besson

Théâtre du Petit Montparnasse. 30 rue de la Gaîté 75014 ( Métro Gaîté ou Edgar Quinet).
A l’affiche jusqu’à fin octobre


WUKALI 26/09/2015
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