A delicate comedy in the paths of music, philosophy and daily life, « so French » would you say ?


[**Danièle Thomson*], née à Monaco, fille du regretté [**Gérard Oury*] avec qui elle apprendra toutes les ficelles des divers métiers du cinéma, débuta sa carrière personnelle comme scénariste, en 1966 et sur le célébrissime « La Grande vadrouille  » dont elle rédigera le développement. Par la suite, elle écrira « Les aventures de Rabbi Jacob  », « La Boum »…

C’est seulement en 1999 qu’elle réalisera son premier film : « La Bûche ». Suivront « Décalage horaire » en 2002, « Le Code a changé » en 2009 et surtout celui qui est considéré, à juste titre,comme son œuvre la plus aboutie «  Fauteuils d’orchestre » en 2006.

Le film fut couronné de différentes récompenses : Prix Raimu de la meilleure comédie(2006), Prix du public au festival francophone de Grèce(2007), Swann d’or de la meilleure actrice au Festival de Cabourg(2006) pour [**Cécile de France*], César du cinéma 2007 du meilleur second rôle féminin pour [**Valérie Lemercier*] et Trophée du double film d’or pour la productrice [**Christine Gozlan*]. Sa carrière américaine fut importante : il y fut très apprécié et largement commenté.


L’argument est très simple : après avoir subi quelques lourdes déceptions, sur les conseils de sa grand-mère jouée par [**Suzanne Flon*]( laquelle décédera avant le montage du film qui lui sera dédicacé), une jeune provinciale « monte à Paris »( [**Cécile de France*]). Cherchant du travail, elle arpente l’avenue Montaigne. Son destin va être bouleversé en même temps que ceux de plusieurs personnages qu’elle croise : un pianiste virtuose, en répétition d’un concert et ne supportant plus les conventions de son métier([**Albert Dupontel*]) ; une comédienne très populaire ([**Valérie Lemercier)*] préparant une pièce de Feydeau au théâtre mais rêvant de jouer les intellectuelles et espérant obtenir le rôle de Simone de Beauvoir dans le film que va mettre en scène un américain ( [**Sydney Pollak*]) ; tandis qu’un riche homme d’affaires ( [**Claude Brasseur*]), se sachant atteint d’un cancer, liquide sa merveilleuse collection de peintures et de sculptures modernes à Drouot Montaigne ( salle des ventes aujourd’hui disparue), or ses rapports avec son fils ( [**Christopher Thomson*]) sont conflictuels, bien qu’ils se ressemblent énormément au final…

Ce qui frappe tout de suite, dans la progression et l’établissement du sujet, c’est la maîtrise parfaite de la réalisatrice. Et ce dans tous les domaines : scénario subtil, précis et impeccable, image le soutenant et l’approfondissant, rythme coloré maintenant intacte l’attention du spectateur, musiques variées illustrant magistralement les différentes phases du film : classiques avec le concerto n°5 pour piano « L’empereur », opus 73, de [**Beethoven*] comme la finale de « La tempête », opus 31 n°2, du même compositeur, la « Consolation n°3 en ré bémol majeur » de[** Liszt*] ou les variations sur  « Ah vous dirais-je maman » de [**Mozart*] ; variétés avec [**Gilbert Bécaud*] :« La solitude ça n’existe pas  », « L’important c’est la rose » et « Je reviens te chercher », avec [**Charles Aznavour*] : «  les comédiens » et [**Juliette Gréco*] :  « Si tu t’imagines »…Les morceaux de musique classique sont interprétés par [**François-René Duchâble*] et joués à l’écran par l'[**orchestre Colonne*], dirigé par [**Laurent Petitgirard*].

Le personnage de Jean-François Lefort ([** Albert Dupontel*]) exprime dans le film les convictions profondes de Duchâble : son dégoût pour les contraintes et le formalisme qui règnent dans l’univers de la musique classique, son désir de se produire en concert pour les enfants hospitalisés et les malades inguérissables jetés dans des hospices.
Nous suivons les premiers pas, un peu hésitants, de cette jeune femme dans la grande ville. Mais la capitale dans laquelle elle déambule n’est déjà plus tout à fait la nôtre : les cafés sont d’aspect débonnaire, les clients y prennent leur temps : on vit « à la bonne franquette » et les plats n’y sont pas encore des surgelés. C’est ainsi que nous découvrons «  Le bar des théâtres », petit bistrot où se respire l’âme du vieux Paris. Là, tous ces destins vont donc s’entr’apercevoir, se croiser et, parfois, basculer. Comme celui de notre aventurière provinciale : désargentée, certes, mais avec beaucoup d’espoir, la découverte de la vie de la mégapole est compliquée pour[** Cécile de France*]. Tout y est si cher ! A commencer par les nuitées d’hôtel…Mais la jeune femme ne se décourage pas et elle finit par être engagée au dit « Bar des théâtres » où l’on n’a jamais accepté de filles : la tradition…qui va en prendre un sacré coup et où une bouffée d’air frais va entrer, à notre plus grande satisfaction.


Aucune vulgarité, aucune bassesse, aucune fausse note dans ce film parfait de [**Danièle Thomson*], que ce soit par l’image ou par la mise en scène. Grâce à cette dernière , nous approchons une gamme variée d’humanité.

La jeune femme devient alors une sorte de fil conducteur que nous suivons avec amusement et amitié. Tout est discret, fin, intelligent, adroit et merveilleusement compris par d’habiles comédiens s’étant mis au service du film, sans le moins du monde essayer de s’en servir. Ils sont épatants, drôles et, avant-tout, d’une sincérité absolue. Cette ronde de personnages nous emporte dans un tourbillons de mots et d’images, parfaitement adaptées. Nous ne pouvons que courir derrière eux pour ne pas perdre pied.
Ce film sympathique est d’un optimisme concret, il ne cherche pas midi à quatorze heures, il décrit un monde où tout un chacun a sa chance, à l’instar de notre exilée lorsqu’elle rencontre le fils du collectionneur millionnaire : ils vont s’aimer et donner à l’histoire un coup de pouce romantique qui accentue encore son charme. Tout se termine bien, ce qui n’était pas évident au regard du développement du scénario. En vérité, le sujet de fond de ce film est « la chance », comme l’avouera [**Danièle Thomson*] dans un interview.

On notera la performance surprenante de la chanteuse [**Dani*] en concierge bientôt retraitée et celle, de même qualité, du metteur en scène américain [**Sydney Pollak*], d’un naturel incroyable dans son rôle de « réalisateur intello » cherchant celle qui personnifiera la muse de l’auteur des «  Mains sales » et des «Séquestrés d’Altona» . Des clins d’œil apparaissent ici ou là, comme lorsque nous voyons « la salle d’attente » de Pollak où cinq acteurs assis attendent, nous les identifions facilement car ils se sont tous « fait la tête » du personnage qu’ils voudraient incarner : [**Jean-Paul Sartre*].

Cet agréable film est un moment de fraîcheur, un instant de douceur dans un monde brutal, égoïste et violent. Il est intelligent et primesautier, preste et efficace, servi par une image exemplaire et un scénario délicieux. On ne peut que le recommander à qui ne le connaît pas. On doit inciter qui l’a vu, à l’époque de sa sortie, à le revoir.

[**Jacques Tcharny*]|right>


Contact : redaction@wukali.com
WUKALI 19/04/2017

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