All ingredients combined for a pleasant novel,

Deux personnages, deux destins qui vont se réunir, chacun à son tour nous narre son histoire, leurs histoires, qui comme pour une perspective, finissent par se rejoindre au fond du tableau. En soi rien de très original, des histoires sur ce montage, sur ce thème, il y en a depuis que les romanciers ont commencé à écrire. Mais peut-on être original au niveau d’un théme quand on écrit ? Sûrement pas. L’originalité elle se trouve dans l’histoire proprement dite, et dans le style.

Titus est un jeune homme cultivé de bonne famille (famille indéniablement très aisée, les fins de mois ne semblent pas difficiles dans son cercle familial). Il a bénéficié d’une éducation qui lui a laissé beaucoup d’autonomie, on ne lui impose rien, ses parents le laissent trouver sa voie. Sa voie c’est la photographie. Il a un magnifique Leïca et ne travaille que l’argentique en noir et blanc, il s’occupe personnellement des développements. Mais comme tout artiste en devenir, il est insatisfait de son travail, mais veut persévérer. Et un jour, à la télévision, il apprend que la villa à Zanzibar de Clara Davidson a été victime d’un attentat et que cette dernière a disparu. Titus n’a jamais entendu parler de cette femme, mais il a remarqué dans les cendres un cahier portant le numéro 3. Il décide de partir à sa recherche. Il rencontre Julia, « la sœur jumelle » de Clara qui lui remet les deux premiers cahiers, à charge pour lui de trouver la clé qui lui permettra de continuer sa quête.

Clara n’a jamais connu son père, un professeur d’Oxford mort avant d’avoir vu sa fille. Serena, sa mère est italienne, son père anglais et elle naquit à Paris sa mère ayant connu ses premières contractions dans l ‘avion l’amenant dans son pays. Son enfance fut illuminée par la venue de Julia que sa Serena est allée chercher en France. Julia est née dans les mêmes conditions qu’elle, dans le même avion, mais sa mère est décédée.
Julia se marie avec un célèbre créateur de mode dont elle fut la muse. Ils vécurent ensemble plusieurs décennies en harmonie parfaite, mais son mari, impuissant quand il la laissa veuve et riche, la laissa aussi vierge.

Après un passage en Thaïlande dans un refuge pour éléphants, elle découvre Zanzibar où elle s’installe. Là elle découvre l’amour physique, restaure avec son architecte d’amant un palais où elle ouvre des chambres d’hôtes pour une clientèle féminine âgée qui n’a pas renoncé aux plaisirs du corps. Mais sa démarche est mal acceptée dans ce pays musulman dans lequel la place de la femme est basée sur sa soumission à l’homme et à ses désirs.

Titus, fascinée par cette femme, trouve le mot magique et repart sauver cette mystérieuse femme qui, par ses écrits, lui a fait miroiter un monde autour de la sensualité et de la vie qu’il n’osait imaginer.

Alors, maintenant que penser de ce livre ? On apprend de façon didactique bien des choses sur le milieu de la mode, de la photographie, des éléphants battus. Après Le retour de Jules de[** Didier van Cauwelaert*], je vais finir par croire que c’est un vrai théme d’actualité. Un véritable hymne à la beauté de Zanzibar, à sa culture.

Mais[** Passages du désir*] est surtout et avant tout un double récit initiatique autour du désir et du plaisir. Un beau texte sur un théme très rarement abordé : la sexualité féminine après la ménopause. C’est aussi une histoire sur la force qu’il faut développer pour s’accepter de vieillir afin de ne pas renoncer à vivre.

Et puis, nous savons maintenant qu’un homme peut être amoureux et on espère heureux quand il vit avec une femme qui a l’âge de sa mère.

[** Émile Cougut*]


[**Passages du désir
Cécile Huguenin
*]
éditions Héloïse d’Ormesson, 19€

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