An accurate medium in order to popularize opera music


Oui mes amis de l’art lyrique, je n’ose imaginer vos critiques sur ce film d’animation anglais consacré à l’opéra de [**Puccini*],[** Turandot*]. J’entends aussi un éminent chroniqueur de Wukali et de mes amis bien sûr, vitupérer contre la musique de ce compositeur qu’il a en piètre estime (une récente visite dans la maison natale du musicien à Lucques en Toscane, en compagnie d’un célèbre et grand ténor d’opéra que nous connaissons bien à Wukali, et qui sous le charme mystérieux qui opérait, et bouleversé se mit spontanément à chanter un air du maître des lieux, a quelque peu contribué je crois à faire évoluer son jugement), bref est-ce bien d’art lyrique dont il faut parler à l’occasion de cette chronique !

Turandot n ‘est peut-être pas ce que Puccini a fait de mieux, je le reconnais bien volontiers, qui plus est la qualité des chanteurs de ce film d ‘animation… mais je ne veux pas plonger ma plume dans l’acide ! Dois-je ajouter pour faire fléchir le plateau de la balance, que Turandot en anglais ( et petits veinards que vous êtes, sous-titré ici en coréen) c’est un peu comme la moutarde de Dijon baptisée «French mustard» outre-Manche !

Sur le plan technique, ce film est plutôt réussi, il s’agit bien sûr d’une version de l’opéra concentré, je n’oserais dire que ce serait ce que l’on nomme un «digest». Son esthétique est plutôt belle, empruntant un peu à la peinture chinoise ( un peu, j’ai dit!) et beaucoup à la bande dessinée. L’illusion est assez bonne, les personnages comme sortis d’un rouleau du musée national du Palais de Taipeï, évoluant sur un papier de riz et de soie. Les couleurs sont vives, chaudes, les contrastes élégants, les dessins plutôt bien amenés. On peu s’amuser toutefois et s’étonner à observer combien la mise en scène ici ( car c’est bien de mise en scène qu’il s’agit) est conservatrice et conformiste, peu imaginative, alors que le médium pourrait pourtant offrir tout un champ d’autres potentialités!

A qui s’adresse ce film ? Certes non point aux« lyricophiles», aux experts chevronnés qui connaissent tout des distributions successives des différentes maisons d’opéra et au fil du temps. C’est d’abord un divertissement, et c’est bien ainsi ! De mon point de vue (dussé-je me tromper), il est destiné à populariser une oeuvre musicale célèbre du répertoire et une histoire comme on les aime derrière le rideau rouge avec ce qu’il faut, d’amour de passion et de drame! Bref il s’agit de partager une passion et un patrimoine artistiques avec des jeunes publics (le coeur de cible). Un souci aussi probablement d’ordre marketing pour diffuser ce film notamment en Asie, ce qui pourrait expliquer le choix de l’anglais au détriment de l’italien. Observons, et cela en constituera la preuve, qu’il est sous-titré en coréen.

Il convient aussi de prendre en considération dans l’argumentation le fait économique. En effet pour un public non averti (et de jeunes tout particulièrement), l’entrée dans une salle d’opéra peut sembler un obstacle infranchissable (tant de clichés et a-priori stupides ainsi que de contre-vérités sur le prix d’un billet), un film, tel celui là, permet essentiellement d’installer une identité, de lever les réserves éventuelles et bien entendu d’être vu par le plus grand nombre

– Quelles conclusions en tirer?

Permettez-mois de m’éloigner du champ de cette rubrique, à savoir le film d’animation, pour traiter plus largement de pédagogie et de l’enseignement. Le débat politique est récurrent quand il s’agit de traiter d’éducation artistique et musicale tout particulièrement, c’est même presque devenu une tarte à la crème pour préaux électoraux ou de débats politiques médiatisés.

Nous disposons d’un patrimoine culturel fabuleux, bibliothèque de l’humanité, et la musique comme tel est le cas dans ce film, est d’une richesse sans pareil. Aussi faut-il transmettre, partager ce savoir, susciter la curiosité, le désir, et surtout bien entendu apporter du plaisir, de la joie. Nos arts, notre patrimoine culturel sont nos modèles de vertus, c’est notre civilisation, l’ancrage de nos sociétés, le môle aussi de nos démocraties. Eh oui nous sommes regardés nous autres européens par nos voisins lointains avec envie, car d’Athènes à Rome, Londres ou Paris la liberté est née chez nous! C’est d’ailleurs bien pour cela que pour d’autres nous sommes aussi devenus les cibles des terroristes, et à l’heure où j’écris ces lignes, 24h se sont écoulées depuis les deux sanglants attentats à Barcelone et à Cambrils !

La liberté, l’émancipation… ce n’est pas un hasard si tant et tant de jeunes Coréens, Japonais ou Chinois brillent aux palmarès des grands concours internationaux de musique et si tant d’ interprètes venant de ces pays viennent jouer sur nos scènes et dans nos orchestres. C’est dès l’enfance que l’on prend racine, que l’on s’imprègne du beau et du bon, c’est dès l’enfance que l’on apprend à devenir un homme et à puiser dans ce terreau de la culture ce qui convient pour devenir un homme libre et heureux! Il convient donc de mettre l’enseignement artistique au coeur de nos programmes d’enseignement. Quoi de meilleur vecteur qu’un dessin animé comme l’on disait voilà peu ! Ce film, comme d’autres modules de ce type, contribue à diffuser ce patrimoine qui nous est commun. En outre il permet de poser des axes d’apprentissage, de conduire de jeunes enfants à apprendre à jouer d’un instrument, à s’inscrire dans un conservatoire, à chanter, à participer à un événement artistique, c’est aussi bien au-delà, toute une économie de la culture à conduire, et elle n’est pas moindre, je déplore au demeurant qu’on en parle si peu !

Alors certes, je vous l’accorde, dans cette version de Turandot, à travers ce film d’animation, ce ne sont point les stars et les divas de l’opéra que l’on privilégie ( mais tel n’était point je crois le but) mais c ‘est un rêve ( «une folie» comme dirait [**Kurt Weill*]), un patrimoine qui se décline, qui se déploie pour de nouvelles générations qui bientôt transmettront à leur tour leur passion et leur soif du vierge, du vivace et du bel aujourd’hui…

[**Pierre-Alain Lévy*]


Contact : redaction@wukali.com
WUKALI 19/08/2017

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