To be born within a Jewish Tunisian family,


Il est une malédiction mais aussi une immense chance, c’est d’être le rejeton d’une famille juive d’origine tunisienne. Famille est un euphémisme, le terme exact serait plutôt tribu. [**Emile Brami*] ne sait même pas combien il a de cousins plus ou moins directs, car s’il en connaît bien certains, d’autres lui sont de parfaits inconnus. Heureusement que certains membres de cette tribu ont une connaissance, un vrai savoir sur les multiples méandres de son arbre généalogique. Emile Brami n’est certainement pas le symbole de la réussite familiale, libraire timide et très angoissé, il a décidé de s’exprimer par l’écrit. Son premier roman ne fut pas, loin de là, le succès de l’année, mais un triomphe au sein de sa famille grâce à la véritable action de lobbying que fit sa mère autour d’elle mais aussi de toutes ses connaissances (même le boucher du coin). Et de fait, il a connu son moment de gloire, systématiquement invité, systématiquement mis à la place d’honneur. Cela lui a permis de renouer contact avec sa tribu.

Parmi elle se trouve un homme, à peine toléré, mais fréquentable à cause de sa fortune, toujours accompagnée par une nouvelle « Léna » venue d’un pays de l’est : Abraham Zeitoun dit « Azed ». Ce consultant d’affaire a été rejeté par ses sept frères et sœurs, sa mère ne sort plus tant elle a honte de lui, il se dit que son père est mort de chagrin. Un vrai pestiféré, obnubilé par l’Affaire Roman dont il collectionne tout ce qui a été publié sur elle. Bien sûr le roman d’[**Emmanuel Carrère*] : L’Adversaire, mais aussi le compte rendu du procès, des articles de presse, etc. Et même plus, car le domaine sur lequel il se renseigne de façon quasi compulsive est le mensonge. Azed, sollicite Emile pour que celui-ci écrive l’histoire de sa vie, car lui aussi a failli tuer toute sa famille à cause de ses mensonges. Mais ce dernier refuse.

Quelque temps après, un notaire prend contact avec l’écrivain pour lui annoncer qu’Azed vient de décéder et lui lègue des cartons contenant toutes ses archives autour de l’Affaire Roman. Après les avoir compulsées, il finit par se décider à écrire la vie d’Azed malgré les réticences d’une des sœurs de ce dernier.

Remontant jusqu’à l’enfance du père d’Azed pour expliquer son attitude, il nous décrit un personnage qui s’enferme dans ses mensonges jusqu’à ce que la vérité finisse par éclater. Il voulait devenir compositeur de musique, mais son père lui a imposé de devenir avocat. Et de fait durant plus de sept ans il a fait croire qu’il suivait ses études de droit à Assas, assistant aux sacrifices de la famille pour qu’il réussisse. De fait au lieu de travailler, il errait dans les rues de la capitale.

Face à l’impasse qui le retenait prisonnier, il pensa tuer ses parents et les cinq sœurs et frères qui vivaient toujours dans le petit HLM et de se suicider après. Mais au dernier moment il préféra fuir. Après des années de clochardisation, par hasard, il sut prendre la main qu’on lui tendait et s’aperçut qu’il avait un don pour le commerce. Plus exactement pour les transactions commerciales pour lesquelles son expérience du mensonge qui transforme tout sous les apparences de la réalité, lui fut d’une grande utilité.

Mais ce que pensait Azed de son père, était-il conforme à la réalité ou déformé par sa relation père/fils ? Qui était dupe ou pas de ses mensonges ? Qui fit preuve de la plus grande lâcheté dans la famille ? En quelque sorte où se trouve la réalité ? Dans la vie d’Azed et ses mensonges, ou dans l’attitude de ceux qui ne l’aidèrent pas à mettre fin dans sa fuite en avant ?

[**Émile Brami*] dans ce livre en deux parties et une conclusion nous interpelle sur la vérité et les mensonges, sur les ravages que les deux peuvent causer quand on reste enfermé dans son ego, quand on ne sait pas surmonter ses craintes, mais aussi ses admirations. Il ne porte aucun jugement, ni positif ni négatif, il expose des faits, des enchaînements de faits et les impasses auxquels parfois ils nous poussent inéluctablement. On est loin du Roman d’un tricheur de [**Sacha Guitry,*] [**Notre crime *] est un roman troublant, angoissant dans lequel par bien des aspects, tout un chacun se retrouve, heureux d’avoir su s’enfuir des chaînes du mensonge.

[**Émile Cougut*]


[**Notre crime
Émile Brami*]
éditions Écriture. 18€


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WUKALI 13/01/2018)]

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