An intimate encounter with a delicate painter


Cette exposition est à découvrir jusqu’au 8 juillet 2018 au musée Marmottant Monet.
[**Camille Corot*] est un peintre français du XIXè siècle, (Paris 1796 – 1875) Il a vécu une enfance heureuse au sein d’une famille de petite bourgeoisie parisienne. On connaît le pré-impressionniste pour ses paysages délicats, sensibles et spontanés, des couleurs vives et claires, une touche frémissante. On le considère comme le précurseur de l’Impressionnisme déjà par l’importance qu’il accorde à la lumière. On a pu découvrir ses paysages notamment lors de la grande rétrospective du Grand-Palais en 1996. Mais ce n’est pas ce Corot-là qui nous est dévoilé.

Le Musée Marmottant Monet présente uniquement les figures du peintre, un ensemble exceptionnel composé d’une soixantaine d’œuvres venues du monde entier qui révèlent la part secrète de son art. Il faut savoir que ses modèles ne faisaient pas l’objet d’exposition et seuls les visiteurs de l’atelier du peintre pouvaient les voir. Elles ne sont découvertes par le public qu’après la mort de l’artiste à l’occasion d’une vente posthume.

Depuis la grande rétrospective, c’est la première manifestation importante dédiée à l’artiste et on s’en réjouit. Pénétrons dans l’univers secret de l’artiste.

Le parcours de l’exposition dévoile dans un premier temps des portraits de famille, comme celui très délicat de sa nièce, [**Claire Sennegon*], puis on découvre des variations sur le thème de femmes vêtues à l’italienne ou en costume grec, de la femme lisant ou de la femme à la fontaine, des nus très intéressants, très classiques ou au contraire d’une grande modernité.

Les figures de Corot sont mises en scène par le peintre dans son atelier et recréés par son imagination en fonction de ses envies du moment, et en fonction aussi de sa propre histoire. Ces dames sont le plus souvent séduisantes, mais ne cherchent pas à séduire. Elles sont telles qu’elles sont, natures. L’impressionnante « Italienne » de la National Gallery retient notre attention. Autrefois elle faisait partie de la collection du peintre [**Lucian Freud*], petit-fils du psychanalyste Sigmund Freud. La dame pose pour Corot de demi profil, sourit légèrement mais le fond très sombre apporte une certaine gravité à la peinture. Les figures de Corot se détachent souvent sur des murs tout simples. Ce sont les murs de son atelier. On imagine le peintre à l’œuvre.

Quelquefois, l’artiste place ses modèles devant des paysages, des arbres, des lointains. « La volonté de Corot est de réaliser la fusion harmonieuse de la figure et du paysage », explique [**Sébastien Allard*], commissaire de l’exposition, directeur du département des peintures du musée du Louvre et spécialiste de la peinture du 19ème siècle

[**Quelle mémoire !*]

L’artiste est allé en Italie dans sa jeunesse, et quarante ans plus tard, il se souvient de ces paysannes italiennes rencontrées lors de son périple. Sur place, il a croqué des figures, des personnages et ces petites études vont l’aider, à réaliser son tableau.. On est loin des portrait « bourgeois ». Ces Italiennes ce sont ses modèles, qu’il déguise en paysannes italiennes. Ses costumes sont souvent ornés de rubans jaunes, rouges, bleus. La mémoire sera pour Corot une manière de se détacher de la réalité. Il ne recherche pas le réalisme, et évite de réduire son art à un art d’imitation.

Les figures de Corot, ce ne sont pas à proprement parler des portraits. Il ne va pas nécessairement préciser les traits de ses modèles mais il va vouloir saisir une impression, un sentiment. Les toutes petites touches qui se superposent, nous rapprochent de la manière des peintres impressionnistes.

On va voir chez beaucoup de ces femmes une expression un peu songeuse, rêveuse. Dans « la lecture interrompue» » la jeune femme comme surprise lève la tête, elle nous regarde sans nous voir vraiment, mollement dérangée par notre présence.

On est dans un monde entre deux. Entre le monde réel et le monde de la poésie, du rêve, du souvenir.

Corot peint essentiellement des femmes mais on découvre aussi quelques hommes, des moines, des hommes en armure. Effet de style, comme un défi. Il les habille dans des costumes qu’il fera le plus souvent venir de leur pays d’origine et qui vont permettre de mettre en valeur son travail de la couleur dont il réduira le plus souvent la palette à des tons beiges, ocres, bruns…

Parmi ses modèles féminins, on peut citer encore la célèbre « Femme à la perle », une peinture qui n’est pas sans évoquer la Joconde, dans une version toute personnelle. Ou encore l’élégante « La Dame en bleu » alias [**Emma Daubigny*], son modèle favori. Il s’agit de l’un de ses derniers tableaux et l’un des plus beaux . Il prouve si besoin était que Corot a su se renouveler et assimiler la nouvelle peinture de l’époque. La robe bleue, contemporaine, tombe en cascade, les bras de la dame sont nus. Elle est songeuse, elle pose, éventail fermé à la main dans l’atelier du peintre, deux tableaux, un chevalet font partis du décor.

Tout aussi éblouissants, et rarement vus aussi, ses nus. « Marietta ou l’Odalisque » (illustration de l’entête*) romaine, à la chair blanche et rosée est parmi les plus remarquables. Un nu inspiré de la « Grande Odalisque » d'[**Ingres*], inspiration que l’on retrouve dans la pose. Allongée sur un drap blanc, on la voit de dos, se tournant vers nous, le bras derrière la tête.

Etonnant tableau à plus d’un titre. Corot a écrit, ou plutôt griffonné au dessus du nu, le nom de la jeune femme, le lieu. Il a procédé ainsi sur de nombreuses toiles, dont plusieurs sont des huiles sur papier marouflé sur toile.

La leçon que Corot a laissé à ses successeurs se situe surtout du côté des paysages. Pour ce qui est des figures, la postérité la plus grande va venir du côté des cubistes. Elle va apparaître trente ans plus tard, avec[** Picasso*] ou encore [**Braque*]. « On peut voir dans l’exposition une femme à la mandoline dont Braque va s’inspirer. Les corps sont traités dans leur volume, dans leur masse. C’est ce qui va intéresser ces peintres cubistes. Certes il y a Picasso, certes il y a Braque, mais avant, il y a eu Corot. » nous dira Sébastien Allard.

L’exposition prouve que Corot le portraitiste est aussi remarquable que Corot le paysagiste.

[**Pétra Wauters*]


Illustration de l’entête: Camille Corot, « Marietta ou l’Odalisque romaine », 1843 – Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris © Petit Palais / Roger-Viollet


[**Corot, le peintre et ses modèles*]
Musée Marmottan Monet
2, rue Louis-Boilly 75016 Paris
Métro : La Muette (ligne 9)

jusqu’au 8 juillet 2018, tous les jours sauf lundi et 1er mai, du mardi au dimanche 10h-18h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h. 11€ / 7,50€


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WUKALI 13/03/2018)]

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