A so talented still photographer


[**Raymond Voinquel*] (1912-1994), originaire des Vosges, né dans une famille plutôt aisée, fut le grand photographe de plateau du cinéma français avec 160 films à son actif. Il collabora au Studio Harcourt entre 1940 et 1944, comme portraitiste, pour éviter de travailler pour la Continental allemande. Il en reçut le rare privilège de pouvoir signer ses œuvres à côté de la signature du Studio. Cette reconnaissance particulière ne fut accordée qu’à lui, à son maître [**Roger Forster*] et à [**Aldo Graziati*].

Son tempérament d’esthète le poussait à la représentation de nus masculins à l’érotisme idéalisé latent. Dès 1940 il caresse le projet d’illustrer un poème de [**Paul Valéry*] : Narcisse. En 1941, il photographie des sportifs en pleine action ou au repos, mais toujours lascifs, sur le stade de Bordeaux. Ces hommes à la masculinité revendiquée deviennent, par la magie de son objectif, des éphèbes languissants, telles les statues gréco-romaines que Voinquel admirait tant au Louvre. Louis Jourdan et Jean Marais poseront nus pour lui, tandis que nombre de ses clichés de nus masculins rendront hommage à Michel-Ange. En 1962 il illustre « Les Amants de Teruel  ».
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Il reçut son premier appareil photo à l’âge de treize ans et apprit son futur métier seul, en autodidacte. Groom au Majestic et à la Coupole, il photographie les vedettes de l’époque, dont l’acteur [**Adolphe Menjou*] qui l’invite sur un tournage en 1930 ( « Mon gosse de père »). Il y fera une rencontre déterminante : celle de [**Roger Forster*], un des premiers photographes de plateau français. Ils auront une aventure qui ne durera pas mais Forster le formera à toutes les ficelles du métier et l’engagera comme assistant.

Très vite, sa personnalité se forgea, s’éloignant de celle de son Pygmalion, dont il fit sien le précepte : « Posséder à fond le sujet du film afin de synthétiser en une photo ce que l’écran traduira en une multitude d’images  ». Très vite, il possède complètement les possibilités de son appareil et la chambre noire de grand format n’a plus de secret pour lui. Ses aptitudes particulières le feront vite expert dans l’utilisation de la lumière et dans la maîtrise du tirage, le point faible de certains grands du métier ( [**Sam Levin*] le déléguait à [**Lucienne Chevert*], son associée).

Il aborda l’art photographique comme un artisan : dans la plus grande humilité, sans se prendre pour un artiste. Il eut la chance de vivre « l’âge d’or de la profession de photographe de cinéma  » : il forgeait sa personnalité en faisant son métier. Sa formation artistique au musée du Louvre, où il admirait la sculpture antique gréco-romaine comme les transmutations de lumière de [**Rembrandt*] où les variations chromatiques de [**Tintoret,*] explique le fond de son tempérament. Il vivait « en marge », très lié à la Bohème de l’époque.

Son sens aiguë du cadrage, son don particulier du dosage et des dégradés de lumière lui étaient spécifiques. C’était un écorché vif à la sensibilité explosive. Nul autre n’a, aussi bien que lui, su rendre les moindres variations du gris comme la complémentarité des noirs et des blancs. Ce qui était également valable pour ses portraits, très recherchés. Les clichés réalisés au Studio Harcourt sous l’occupation ( 1940-1944) sont là pour le prouver.

Les plus grandes actrices lui donnaient carte blanche : [**Danielle Darrieux, Edwige Feuillère*] ou [**Arletty*], car elles savaient qu’il ne trichait pas. Il rendit éternels des visages «  d’étrangères » comme ceux d'[**Ingrid Bergman*] ou d'[**Audrey Hepburn*].
Il glorifia toutes ces femmes éblouissantes, aux idées quelquefois sombres. Chez lui la femme est quasiment déifiée, lointaine, inaccessible, sa sensualité servant de paravent à sa sexualité. Ses hommes sont presque terre-à-terre malgré leur beauté physique évidente. Chez eux, c’est l’expression saisie qui frappe par son intensité. C’est particulièrement évident dans son [**Harry Baur*], chez son [**Jean-Louis Barrault*] ou son [**Gérard Philipe.*] Ses nus masculins semblent tous à la recherche de quelque chose. Souvent une seule source lumineuse anime le cadre. Parfois il s’agit d’une simple cigarette.

A l’instar de Sam Levin ( qu’il haïssait), et de tous les grands de l’Art photographique, Voinquel sculpte la lumière, tentant de décrypter la nature intrinsèque du sujet reproduit. Sous cet angle, ses paysages expriment l’angoisse intérieure qui le tenait comme leur réalité apparente ( ce qui n’a rien à voir avec leur vérité propre) : la nuit domine, l’atmosphère est teintée de mystère, le paysage, à la spiritualité certaine, devient un reflet de l’état d’âme du photographe.

Il sera récompensé par le Grand prix de la photographie de cinéma en 1988 au Festival de Cannes. La même années, les éditions Nathan lui consacreront un livre. En 1993 à Paris, une grande exposition montrera toutes les facettes de son talent. A sa mort en 1994 l’état récupérera l’ensemble de son fond photographique comme partie intégrante du patrimoine national. Ce n’est que justice.

[**Jacques Tcharny*]


Illustration de l’entête: Jean Marais


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WUKALI 20/03/2018)]

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