In the intestine wars of the Vendée in France during the French Revolution

[**Reynald Secher*] est un vrai passeur de mémoire. Il s’est spécialisé dans la mémoire de ceux qui ont résisté contre le totalitarisme. De toutes les résistances. A ce titre il est le conservateur du [**Musée des guerres de l’Ouest.*] Jusque là, rien à dire si ce n’est saluer son travail. Sauf que ce musée concerne la guerre de Vendée et la Chouannerie. Alors maintenant, alerte.

Il suffit, il y a une vingtaine d’années, d’être allé au Puy du Fou, quand il ne concernait que la guerre de Vendée, il suffit de connaître Les Mauges, cette région autour de Cholet (où il n’y a plus aucune fabrique de mouchoirs) où dans les mairies le[** Christ*] remplace allègrement [**Marianne*] pour avoir le sens critique mis en grande alerte. N’oublions pas que le décompte des massacres des Luques (admirez le vitrail dans l’église paroissiale, il vaut le détour) fait par les « historiens » vendéens fait état en moyenne de trois fois plus de morts que d’habitants, etc.

Depuis le début des années 80 du siècle dernier, on a assisté à un véritable révisionnisme historique autour de la guerre de Vendée, avec une vision totalement manichéiste entre les gentils paysans qui ne voulaient rien si ce n’est prier tranquillement le bon Dieu et les méchants Bleus, tueurs sans pitié, qui imposaient par les armes la fin du féodalisme. Soit, les colonnes infernales de [**Turreau*] n’ont pas brillé par l’intelligence de leur général, mais, c’est bizarre, on parle rarement des massacres de Bleus (mais on met en avant la clémence de [**Beauchamps*] autour de la magnifique statue de [**David d’Angers*] pour son cénotaphe), de leur refus de défendre la patrie contre l’ennemi, de leurs alliances avec les Anglais en guerre contre la France, etc. On est allé (ce qui n’est pas le cas de Reynald Secher) jusqu’à parler de génocide (quand on est idéologue, on ne recule contre aucune uchronie). Ce fut une guerre civile, doublée d’un avatar de guerre de religion, et l’histoire est là pour nous montrer que se sont les guerres les plus ignobles et cruelles que l’on puisse imaginer.

Il n’est quand même pas difficile de comprendre vers quel camps le cœur de Reynald Secher penche. Les nobles de son dernier roman, Le miroir sans retour, sont tous de vrais humanistes, adorés par leurs vassaux qui jamais ne les trahiraient, les nobles ont tous un sans de l’honneur développé, de vrais altruistes se battant pour le bien de la France, il y a une belle allusion à [**Buke,*] cet Anglais qui dès les premiers moments à été un des principaux « théoriciens » contre les idées humanistes de la Révolution.

Le héros, [**Valentin Chévetel,*] est un personnage particulièrement antipathique (mais cela ne gène en rien, c’est même assez rafraîchissant de ne pas avoir un être parfait comme héros), un renégat qui trahit son milieu, un opportuniste qui ne supporte pas de vivre là et comme sa naissance l’a placé dans la société : il est né dans une famille de médecin de campagne et son rôle social (là où Dieu a décidé de le placer comme le sous-entend l’idéologie catholique véhiculée en cette fin de XVIII siècle) et développe un sentiment de jalousie, de haine pour ceux qui ont du sang bleu ; les républicains sont tous intéressés, jouisseurs, âpres au gain, pilleurs, sans honneur, ne pensant non au bien public mais à leurs intérêts individuels et non moins personnels. Des êtres assoiffés de sang, des tueurs sans pitié qui n’agissent que s’ils peuvent retirer un gain pécuniaire. C’est bien la première fois que l’on voit un[** Fouquier-Tinville*] monnayant ses réquisitoires au Tribunal révolutionnaire. Le seul personnage historique particulièrement bien décrit, est certainement [**Danton*] dont on connait parfaitement la face cachée, ses rapports avec l’argent, les spéculations qui l’ont quelque peu enrichi.

L’histoire est celle même de la vie de [**Valentin Chévetel*], ce médecin qui trahit, manipule pour anéantir la Contre-révolution dans sa Bretagne natale (mais pas seulement), car il agit de même envers ceux qui l’on aidé dans sa progression sociale. Il n’agit pas par idéal, mais par jalousie, par envie, contre le chef des futurs insurgés le [**marquis de La Rouërie.*] A grande force de rebondissements, de double jeu, Chévetel s’enrichit pour devenir un notable, maire d’Orly en région parisienne. Mais de tels crimes ne peuvent rester impunis.

Reynald Secher n’est ni Alexandre Dumas, ni Balzac, ni Hugo certes. Soit, il montre une empathie très forte en faveur des Contre-révolutionnaires, c’est un fait, cependant [** Le miroir sans retour*] est un roman historique de bonne facture qui peut inciter certains à approfondir leurs connaissances de cette période pour sortir du manichéisme ambiant.

[** Émile Cougut*]


[**Le Miroir sans retour*]
[**Reynald Secher*]
éditions du Rocher. 21€90


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WUKALI 09/05/2018)]

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