Opera review in Metz


La saison lyrique de l’**Opéra de Metz-Métropole*] s’est clôturée par la représentation de [**Samson et Dalila*] de [**Camille Saint-Saëns,*] nous avons d’ailleurs consacré un article à l’oeuvre [ (cliquer).

Le monde de l’opéra est un monde quelque peu à part et les amateurs chevronnés de l’art lyrique sont tous des passionnés. Chacun possède sa sensibilité, ses préférences, ses chanteurs favoris, ses chefs d’orchestre, sans parler certes de tous ceux et celles qu’ils vouent aux gémonies et les querelles entre les différentes chapelles prennent bien souvent des allures polémiques, les excès, les outrances y sont fréquents. La représentation est passée au scalpel où chacun dissèque les éléments qu’il aime (ou qu’il a détestés) voix, mise en scène, costumes, choeurs, décors etc. La violence verbale dans les appréciations dépasse bien souvent le cadre objectif d’une critique raisonnable, et les amateurs du beau chant sont capables de se déchirer comme sur une caricature du Charivari représentant artistes, écrivains et chanteurs se faisant farouchement la guerre avec des pinceaux, des plumes ou des épées de carton-pâte. Gare à celui qui barre la route, une saillie assassine risque de le mettre à terre à jamais. Dans ce domaine les ego saignent davantage que la plaine d’Azincourt ou celle de Solférino et les blessures de l’âme tardent souvent à cicatriser. Et combien d’artistes ou de metteurs en scènes célèbres portent avec une douleur contenue le souvenir d’un mot ou d’une critique qui l’a touché affectivement

Oui, oui, mais enfin mesurons, raisonnons et revenons à nos moutons : la représentation de[** Samson et Dalila*] donnée à l[**’Opéra-Théâtre de Metz*] (une co-production d’ailleurs avec le SNG- Opéra et Ballet National de Slovénie à Maribor), trois séances Vendredi 1er, Dimanche 3 et Mardi 5 Juin, chaque fois la salle était archi-pleine et le public manifestement conquis.

Qu’est ce qu’une bonne critique, qu’elle soit littéraire, musicale ou d’un tout autre tonneau. Sans la liberté de blâmer… ! Elle constitue en soi une vision saine et extérieure sur le travail d’ un artiste ou d’un groupe, sans elle il n ‘y’a pas de progrès possible, elle permet une remise en cause et définit aussi une échelle des valeurs. La mollesse ou la demi-teinte ne conviennent pas au débat interprétatif.

Dans l’art lyrique, il n’y a pas de mètre-étalon unique sauf les références gravées sur disques et qu’on consulte aujourd’hui commodément et avec admiration sur YouTube. Les mânes célestes s’appellent alors [**La Callas, Elisabeth Schwarzkopf, Régine Crespin*] ou [**Dietrich Fischer-Dieskau*] pour faire court. Tout est donc affaire de sensibilité et de personnalité, et il faut aller de l’avant pour faire vivre les oeuvres avec leurs interprètes d’aujourd’hui. Voila pourquoi pour la critique de ce Samson et Dalila qui fera date à [**Metz*], j ‘ai demandé à [**Danielle*] et [**Jean-Pierre Pister*] membres éminents du Cercle Lyrique de Metz de proposer deux critiques sur cet opéra, quant à moi j’ai choisi de traiter de la mise en scène. Trois approches différenciées pour un même spectacle.


– [**La direction orchestrale*]

La saison 2017-18 de l’Opéra de Metz-Métropole, conçue par [**Paul-Emile Fourny*], son directeur, s’est achevée brillamment avec un Samson et Dalila qui fera date. D’autres que moi parleront de façon pertinente de la mise en scène et des voix.

Pour ma part, j’ai d’abord été sensible à la remarquable prestation de l’orchestre et de son chef. On ne dira jamais assez à quel point l’Orchestre National de Lorraine – rebaptisé récemment, à tort ou à raison, L’Orchestre National de Metz a accompli des progrès fabuleux sous la direction de son directeur musical, [**Jacques Mercier*], depuis 2002 avec des programmes et des prestations d’exception, tant dans le domaine symphonique que dans le lyrique. De plus, le chef est familier depuis longtemps de ces œuvres de [**Saint-Saëns*] si brillamment orchestrées. N’a-t-il pas réalisé, naguère, des enregistrements de référence de son Requiem, du Déluge, de La Lyre et la Harpe avec l’Orchestre National Orchestre d’Ile de France ? De superbes gravures RCA, réédités récemment par Sony.

La complexité d’écriture de Samson et Dalila fut ainsi mise en valeur de façon exemplaire avec une sonorité instrumentale particulièrement homogène et des tempi alertes mais sans précipitation inutile.

N’ayons pas peur des mots. Jacques Mercier et l’Orchestre National de Lorraine furent les vrais triomphateurs de cette fin de saison lyrique à Metz. Bravo et merci, Maestro…

[**Jean-Pierre Pister*]


– [**De la difficulté du chant français*]

On a toujours plaisir à redécouvrir Samson et Dalila. Malgré un regain d’intérêt international pour l’œuvre, celle-ci reste rare en province car il n’est pas facile de trouver d’excellents interprètes pour les deux héros. La tessiture assez tendue pour le ténor exige un aigu brillant et une puissance permettant de passer au-dessus des chœurs et d’un orchestre par instant puissant. D’où la tentation de recourir à des voix wagnériennes, le plus souvent trop lourdes et engorgées dans l’aigu. Or le créateur du rôle au Palais Garnier, [**Edmond Vergnet*], chantait à ce moment de sa carrière des rôles de demi-caractère comme Faust, et même Belmonte. [**Jean-Pierre Furlan*], Samson de la production Metz, ne manque pas ni de vaillance, ni de conviction et a une bonne articulation, ce qui devient rare aujourd’hui. La médiocre réverbération de la salle dote parfois son timbre d’une certaine acidité regrettable.

[**Vikena Kamenica*] a le mérite de s’attaquer à un rôle redoutable car celui de Dalila a été conçue pour [**Pauline Viardot*] qui avait une voix de contralto capable d’atteindre l’aigu d’une soprano. Certains passages au second acte, exigent un grand ambitus et une voix puissante propre à traduire la force de caractère du personnage. Comme chez beaucoup de chanteurs actuels (même quand ils sont français), l’émission est plus adaptée au chant italien que français : ce dernier s’appuie sur la grande variété de sonorités de ses voyelles – notamment avec l’alternance des mêmes sonorités ouvertes ou fermées -, s’articulant sur les consonnes nettement audibles. Le respect de cette prononciation participe de la musicalité voulue par le compositeur. La mezzo y est attentive mais il faudra une plus grande familiarité avec le rôle pour que cela soit parfait, d’autant plus qu’elle s’efforce de traduire les sentiments contrastés du personnage, dont la perception pâtie aussi de l’acoustique sourde de la salle.

[**Alexandre Duhamel*] traduit parfaitement le côté implacable du Grand Prêtre dans la tradition du grand chant à la française ; [**Patrick Bolleire*] (Abimelech) et [**Wojtek Smilek*] (le Vieil Hébreu) tenaient parfaitement leurs rôles brefs. Excellent travail des chœurs, au premier et dernier actes, porteurs de l’atmosphère tragique des situations que sait créer [**Saint-Saëns*] non seulement par la partition orchestrale mais aussi par l’écriture vocale.

Au total, une représentation qui donne envie de réentendre l’œuvre, mais en évitant au disque les plus récentes intégrales de Samson et Dalila trop souvent peu idiomatiques.

[**Danielle Pister*]



Samson et Dalila. Bacchanale. Orchestre de Detroit


– [**Une mise en scène improbable*]

Je vous le dit tout de go, je n ‘ai pas aimé, mais pas du tout aimé cette mise en scène de Samson et Dalila par [**Paul-Émile Fourny,*] je l’ai trouvée indigente, peu travaillée et manquant de moyens. Le déplacement des chanteurs sur scène n’était pas abouti et dans les scènes de duos [**Jean-Pierre Furlan*] et [**Vikena Kamenica*] se positionnaient bien souvent sur les ailes de la scène faisant face au public comme s’il s’agissait d’une version de concert. Jamais je ne fus sensible au moindre sentiment de passion voire d’émotion. Tout laissait à penser que chaque chanteur avait répété dans son coin et qu’il n ‘y avait eu probablement que trop peu d’heures de travail commun avant la présentation au public.

Le duo d’amour de l’acte II, Mon cœur s’ouvre à ta voix, atteignit dans sa mise en scène des sommets de ridicule. Les deux chanteurs étaient debout sur un lit à échanger leur passion, une scène plus apte à faire de la publicité à Dunlopillo ou à Simmons qu’au talent de Saint Saêns. Le comble fut atteint quand à la fin de l’air Jean-Pierre Furlan dans le rôle de Samson sauta comme un diable du lit pour faire face au public tel un acrobate de foire.

Un opéra c’est quand même une invitation au rêve, à l’amour, à la passion, au désir, là, que nenni ! D’abord l’enveloppe, les décors. Une installation scénique faite de mobiles adaptables, pourquoi pas, mais noirs ! Noirs oui comme le charbon, ou la bûche après l’épreuve du feu. On est ici avec Saint-Saëns dans l’expression d’une histoire biblique entre Juifs et Philistins, sujet on ne peut plus orientaliste, on aurait pu imaginer un décor inspiré (dans les couleurs tout du moins) de Delacroix ou de Chassériau, mais non, noir, noir, noir comme les défroques des clergés exaltés par leurs hierarques! Passons car ce n ‘est probablement pas le plus important.

Voyons maintenant les costumes. Un moment je me suis demandé si je n ‘assistais pas à la représentation théâtrale annuelle de l’amicale des sapeurs-pompiers de Savigny les Mirabelles, village comme vous le savez de 568 habitants avec son église, sa supérette ( la seule qui reste alentour) et son cimetière au coin de la départementale ( voir Michelin).

Indigents, ridicules, pauvrets, à croire que les couturières s’étaient battues pour récupérer quelques coupons de taffetas polyesters soldés à bas prix au marché et pour confectionner le soir à la machine à coudre les costumes que porteront glorieusement les chanteurs, choristes et danseurs (tandis que les enfants sagement révisent leurs leçons n’est-ce pas, et que minet ronronne dans un fauteuil). Indigents vous dis-je, ridicules. Honte, honte, honte !

A décharge, il est vrai que Samson et Dalila arrive en fin de programmation et qu’il ne restait certainement plus beaucoup de kopecks dans l’escarcelle comptable de l’Opéra théâtre. L’autorité politique et territoriale de tutelle, en l’occurrence Metz-Métropole, ayant très certainement été peu prodigue en moyens financiers. Tout cela apparut manifeste dans la scène de la Bacchanale de l’Acte III. La où l’on eût pu espérer avec ces musiques orientales ramenées d’Alger par le compositeur, l’expression d’une sensualité torride, l’essence même de l’orientalisme, convient-il de le souligner, rien ! Non [**RIEN*] ! Vraiment rien, c’est bien peu en conviendrez vous ! Jusqu’aux lumières ( à l’exception du IIIè Acte) qui écrasaient choristes et chanteurs

Quant à la chorégraphie de [**Laurence Bolsigner-May*] elle n’exprimait pas cette transe, cette soif charnelle de désir et d’amour, de sexualité, de sensualité, de fusion, de jubilation des corps et de rage, juste inconsistante, passablement médiocre. En place aurait-on pu imaginer là aussi de bien mignons accouplements pour la fête de fin d’année d’élèves de conservatoires ou d’écoles de danse. Leurs vêtements eux aussi trouvés probablement au fond d’un coffre poussiéreux d’un spectacle depuis longtemps amorti. Pas grand chose pour titiller l’imaginaire et coller à cette somptueuse musique. Raté !

[**Pierre-Alain Lévy*]


Illustration de l’entête: Vikena Kamenica et Jean-Pierre Furlan. Photos : Arnaud Hussenot – Opéra-Théâtre de Metz Métropole. Juin 2018

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WUKALI Article mis en ligne le 07/06/2018)]

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