When neo-classical artists meet their Greek or Roman masters


[**Antonio Canova*] (1757-1822) est le plus célèbre sculpteur de l’époque néoclassique dont il fut la plus belle expression : son tempérament naturel était en adéquation avec la période.

Son œuvre est universellement connue, ses rapports délicats avec l’empereur [**Napoléon Ier*] aussi : dès 1802, il avait été convoqué à Paris pour réaliser le buste du Premier consul. L’artiste devint alors le sculpteur favori de l’autocrate, mais il est de notoriété publique que Canova était loin d’admirer l’homme qu’il regardait comme un tyran dont les idées, le comportement et les pillages le révulsaient. Malgré tout, il en accepta les ordres : l’argent n’a pas d’odeur( dixit Vespasien). Ce sont les commandes de Napoléon Ier, voire des napoléonides en général, qui lui donnèrent l’opportunité de développer toutes les facettes de son talent, faisant sa fortune comme sa réputation. Ce qui ne l’empêchera pas, en 1815, d’être envoyé par le Pape à Paris pour récupérer les œuvres d’art volées par les Français en Italie

Né dans une famille de tailleurs de pierre, il connaissait parfaitement le travail du marbre. Il sera un merveilleux praticien de ce matériau. La finesse étonnante de ses œuvres, dans cette matière, n’a guère d’équivalent alors, car il a réussi la synthèse que recherchait l’école néoclassique : celle de l’observation du réel avec l’idéal antique grec de beauté.

Formes admirables, poli parfait du marbre, composition équilibrée, expressivité corporelle épurée, sont les attraits majeurs de ses sculptures. L’élément constitutif du marbre est appelé un cristal. Le mot marbre (marmoros/μάρμαρο) est d’origine grecque, signifiant brillant, la lumière y pénètre jusqu’à 2/3 cm de profondeur avant de se réfracter sur les cristaux de calcite. De ce fait, on comprend pourquoi Canova saisissait si bien son matériau de prédilection, le marbre, pour lequel il inventa une patine spécifique, afin d’exalter encore plus la réfraction de la lumière en l’enduisant d’une cire rosée très fine de sa composition.

A onze ans, il entre en apprentissage, avant de passer par l‘école Santa Marina de Venise, où il truste tous les premiers prix. Il est vite considéré comme le plus génial sculpteur italien du temps car ses capacités lui permettent de traiter des sujets variés : de la mythologie gréco-romaine( [**Pauline Borghese*] en Vénus Victrix) à des représentations de contemporains( [**Washington*]), en passant par des tombeaux(mausolée de [**Clément VII*]), des portraits en pied et en buste( [**Napoléon*] en Mars désarmé et pacificateur).

A Possagno, sa ville natale, sa maison a été transformée en musée. Il s’agit d’une gypsothèque regroupant l’ensemble des plâtres, modèles de ses futures créations en marbre.

Nous allons nous intéresser à son buste de Napoléon Ier en empereur romain. Ce portrait fait partie de la série consacrée à l’Empereur des Français par Canova.

On compte une quarantaine de marbres de ce modèle sortis de l’atelier de l’artiste de son vivant. Tout le problème, actuellement en cours de traitement, est de faire le partage entre les œuvres de la main de l’artiste (minoritaire) et celles revenant à l’atelier ( la grande majorité). Le modèle en marbre existe en différentes tailles : de 50 cm à 97 cm.
Il est manifeste que ce buste est une glorification de Napoléon Ier en Empereur romain et général invaincu, donc une œuvre d’art officiel. Nous savons que, historiquement, il se place entre le buste du premier consul de 1802 et le gigantesque napoléon en Mars pacificateur de 1806, puisqu’il en constitue la tête.

L’exécution est très fouillée dégageant une majesté impériale incontestable. Moult détails y sont remarquables : peau lisse au rendu d’une vérité criante, menton puissant et volontaire, joues légèrement creusées pour exprimer la vie du visage, lèvres nettement marquées et quelque peu sensuelles, nez droit élargi en triangle aux narines, elles-mêmes évidées, indiquant une volonté de fer et un refus de la contradiction, yeux allongés aux pupilles esquissées ( théorie néoclassique de l’art issue de l’antiquité) mais d’une énergie violente parfaitement inconnue dans la sculpture du temps, oreilles fines et parfaites, nervurées et détaillées, chevelure où chaque mèche est individualisée et mouvante, pas de cils ni de sourcils pour ne pas se perdre dans sa vision globale du sujet, cou porteur large, ample et solide poitrine dont on peut presque entendre la respiration. Le tout porté par un socle double ( base ronde surmontée d’un contre-socle carré avec cartel). Si chaque élément décrit est d’un réalisme forcené, l’ensemble des parties constitutives de l’œuvre, par le miracle du génie de Canova, provoque l’effet contraire : une idéalisation globale. Il faut en chercher la source dans la force interne qui transcende le sujet.

C’est de l’intérieur que la force mentale, véritable pile électrique, irradie le visage. La sensation du spectateur est celle de la réception d’un coup de poing dans la figure tellement le regard est offensif.

C’est que cette sculpture est archétypale de ce que veut être [**le néoclassicisme : une réaction violente contre l’art baroque et un retour aux sources antiques gréco-romaines*]. La rupture avec tout ce qui précède est évidente : jamais une énergie pareille, visiblement d’origine électrique, n’était apparue dans l’art statuaire. Or, nous le savons depuis longtemps, c’est précisément la libération de l’énergie interne dans une représentation artistique, bi- ou tri-dimensionnelle, qui sera la principale caractéristique de la réaction néoclassique.

Par un tour de magie lié à l’éclair de la décharge électrique, l’énergie intrinsèque dresse le buste. Sa puissance évocatrice en est la conséquence, dans une sorte d’envolée déclamatoire qui dépasse le cadre du personnage représenté, déjà fortement teinté de légende en 1804.

Canova inaugure, ici, un nouveau moment de l’art sculptural ; à l’instar du tableau de [**David*] « Le Serment des Horaces », bien antérieur (1784) et de la même veine mais en peinture.

[**Jacques Tcharny*]|right>


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WUKALI Article mis en ligne le 10/11/2018)]

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