Pourquoi ce concert était-il magistral !?

Parce que [**David Fray*] et[** Renaud Capuçon*] se connaissent bien et qu’ils sont de grands amis ? Parce qu’ils ont enregistré dans un magnifique album des sonates de Bach pour violon et piano ? Parce qu’ils proposaient justement de magnifiques œuvres de Bach ce vendredi 16 août au public du [**Festival de la Roque d’Anthéron*] ? Parce qu’ils avaient rendez-vous sur cette scène (archi- comble) du Parc de Florans, un lieu magique qu’ils connaissent bien ?


Oui, pour tout cela sans doute Renaud Capuçon et David Fray ont déployé une belle énergie ! Quelle fougue et que d’émotions partagées ! Et cette fougue, cet éclat, on les doit aussi à la jeune formation Lausanne Soloists présente ce soir là. Une formation que le violoniste connaît bien. En effet, depuis 2014, le violoniste Renaud Capuçon enseigne à l’[**HEMU*], (Haute Ecole de Musique à Lausanne). On connaît l’implication du violoniste dans des projets fous et généreux. Il s’est donc engagé auprès de ses protégés, actuels et anciens étudiants, pour constituer cet ensemble. Une expérience exceptionnelle pour ces jeunes instrumentistes qui peuvent donner ainsi des récitals aux quatre coins de la planète. Et avec Renaud Capuçon, c’est la garantie pour cette vingtaine de musiciens de vivre quelque chose d’exceptionnel.

Alors, Renaud Capuçon, plus romantique que baroque ? Oui, in globo, sans doute ! Encore que l’on serait tenté de dire que hier soir, le baroque était, à égalité, sublimé par les deux musiciens, et cela même si les œuvres était jouées avec des instruments modernes. En effet, elles étaient à l’origine écrites pour clavecin, et c’est sur un piano moderne qu’elles ont été interprétées par [**David Fray.*] Si le style Bach est respecté, si les intentions du compositeur sont suivies, tout va pour le mieux, reste à jouer avec les moyens que leur donnent leurs admirables instruments. Ce soir, ni l’un ni l’autre ne manquait de couleurs dans cette sonate pour piano et violon BWV17. Le violoniste était à son aise dans cette musique, tout comme David Fray, qui lui est « tout baroque » jusqu’au bout des doigts, jusqu’au bout de sa mèche rebelle. Bien sûr, le pianiste sait aussi saisir « l’esprit romantique » à la perfection. En tout cas, les deux amis ont partagé hier Bach, dans quelques œuvres absolument sublimes qui font sans aucun doute partie des plus belles écrites le Cantor de Leipzig.

On garde à l’oreille ces mouvements lents d’une beauté infinie. Ils ont su éviter tous les écueils, car ne nous fions pas aux apparences, c’est une musique intraitable, qui ne supporte pas l’à-peu-près. Une musique extrêmement exigeante avec laquelle on ne peut pas tricher. On peut dire que [**David Fray*] au piano, et [**Renaud Capuçon*] au violon, ont joué [**Bach*] « à découvert » et offert aux public un dialogue animé entre les deux instruments. David Fray fait toujours preuve d’un toucher très particulier, bien à lui. C’est saisissant de voir à quel point ses mains sont libres, indépendantes. On les contemple avec étonnement, passant de l’une à l’autre, le regard accroché au rôle que chacune joue ; quand celle-ci se fait « claire et vive », et chante, littéralement, l’autre accompagne dans l’ombre, produisant de jolies effets et de couleurs.

Nous sommes encore captivés par la sonate la plus puissante de ce récital, la BWV 1017. Bach ici est plus que jamais intemporel et l’interprétation qui en est faite colle à cet esprit. Le piano est léger, fluide, et le violon magnifique, sans maniérisme. On y revient ! Dans l’allegro les mains de David Fray évoluent toujours indépendamment, sans s’occuper l’une de l’autre, dans une course folle sur les touches…

Même si on a surtout évoqué notre duo de choc, il ne faut pas oublier le Concerto pour violon en la mineur BWV 1041 de Bach, joliment interprété en début de soirée, par le [**Lausanne Soloists*]. Le violon de Renaud Capuçon est ardent, enflammé, mais toutes les cordes de l’ensemble sont incroyablement vivantes et chaleureuses. Et il faut voir le violoniste mener ces musiciens, les guider tout en jouant lui même.


Nous avons un coup de coeur pour la dernière œuvre proposée : la sérénade pour cordes en ut majeur opus 48 de [**Tchaïkovski*] . On quitte le baroque et ce répertoire colle parfaitement à la jeune formation, à ce « son » si profondément ancré dans Vienne. On y entend notamment la Valse, la fameuse valse du deuxième mouvement, un joli tour de force virtuose pour l’ensemble des cordes. Cette mélodie gracieuse, délicate, particulièrement céleste et aérienne ne nous quittera pas de la soirée ! C’est fini. On s’est envolé avec ce bijou. Il va bien falloir redescendre sur terre !

[**Pétra Wauters*]


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WUKALI Article mis en ligne le 18/08/2019

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