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Charles Martel dans les faits et dans l’imaginaire

par Félix Delmas

732 : bataille de Poitiers vous rappelez-vous ? Je fais partie de la génération qui a appris cette date au primaire. Je revois encore la vignette dans mon livre d’histoire avec cet homme en armure brandissant une arme faisant penser à un marteau*, et des Sarrasins jonchant le sol autour de lui. J’ai appris qu’il était maire du palais d’un roi fainéant et que son petit-fils n’était autre que Charlemagne. Soit dit en passant je préfère bien plus son fils Pépin le Bref, non pour ce qu’il fit, mais à cause de son nom et de son surnom. De fait, à part cette date, je l’avoue, je ne savais rien de Charles Martel.

Maintenant que je viens de lire la biographie que vient de lui consacrer Georges Minois (publiée par les éditions Perrin), il n’en est plus de même. Si, de fait, on ne sait que peu de choses sur Charles Martel, c’est qu’il n’ existe que peu d’écrits « fiables » où il apparaît. Seuls deux textes du VIIIè siècle y font référence, et encore il n’y a que quelques pages ! Résultat, l’on ignore quasiment tout de lui, de sa vie privée. À cet égard ce n’est que bien tardivement par exemple que l’on connut le nom de sa première femme, pourtant mère de Pépin. Quant à son caractère ou son physique rien de précis. Et que dire de son enfance, puisque il avait des demi-frères plus âgés que lui et qui devaient hériter de leur père. D’ailleurs, est-il besoin de le souligner, il y a encore des discussions très vives entre historiens pour établir sa date de naissance, 685 ou 689 ! Heureusement que le corpus écrit de son temps est volumineux ce qui permet de bien comprendre le cadre politico-culturel de son époque.

Depuis Clovis, les Francs sont gouvernés par des rois. Les règles de succession sont simples, le royaume est partagé entre les fils du souverain et tous deviennent rois. D’où des luttes, des guerres, des assassinats qui ensanglantent le royaume. Ce dernier, est de fait divisé en deux parties la Neustrie et l’Austrasie. L’ Aquitaine, la Bretagne, la Provence, voire la Bourgogne, sont dirigées par des notables qui se détachent de plus en plus du pouvoir royal. Rares sont ceux (Chilpéric I, Dagobert, etc.) qui arrivent à réunifier le royaume de Clovis, et dès leur disparition les guerres reprennent.Ces luttes pour le pouvoir obligent les protagonistes à s’entourer de fidèles qu’il faut récompenser en leur donnant des terres, ce qui affaiblit d’autant le pouvoir. Petit à petit deux noblesses apparaissent, celle de Neustrie et celle d’Austrasie qui passent leur temps à se faire la guerre.

Son père Pépin II est le maire du palais du roi d’Austrasie. Il a regagné cette fonction qui était héréditaire dans sa famille, après quelques erreurs causés par son grand-père.  Il réussit à évincer son équivalent en Neustrie et réunit la couronne sur la tête de Childebert puis Dagobert III.

Les deux aînés de Pépin décèdent avant lui. Et quand ce dernier meurt, une lutte sourde (et sanglante) oppose Plectrude, première épouse et Alpaïde, seconde épouse, mère de Charles. Ce dernier, réussit à s’échapper de la geôle où l’avait enfermé sa belle mère et se bat pour retrouver l’héritage paternel. Ce qui ne se fit pas sans mal et dans un flot de sang. 

Dans ce cadre là les rois en titre Chilpéric II, Thierry IV ne sont que les titulaires symboliques du pouvoir, de fait ils n’ont strictement aucune indépendance, passant leur temps dans leurs palais sous la surveillance du maire du palais. A la mort de Thierry IV, Charles ne fait sacrer aucun nouveau souverain. Pour autant, il ne prend pas le trône. C’est Pépin, son fils qui franchira le Rubicon dix ans après la mort de son père.

La principale occupation de Charles fut la guerre : contre les Frisons, contre les Saxons, contre les Bavarois. Guerres contre des voisins « turbulents », mais aussi guerres pour aider à la christianisation de ces peuples. C’est l’époque de Saint Benoît ou de Saint Wandrille, souvent des irlandais ou des anglo-saxons, des missionnaires intraitables.

Mais en Espagne progressaient les musulmans qui, la péninsule conquise, opéraient des raids en Aquitaine. Si le duc d’Aquitaine Eudes leur infligea une terrible défaite près de Toulouse, un nouveau chef, Abd-al-Rhaman organisa une nouvelle expédition. Voulait-il seulement piller ou s’installer, le débat est encore ouvert. Charles s’allia avec Eudes, les deux armées s’affrontèrent près de Poitiers et la victoire revint aux Francs.

Quand il décède en 741, Charles est devenu l’homme fort d’Occident. Quand son fils Carloman se retire dans un monastère, Pépin recouvre tous les pouvoirs de son père.

Georges Minois décrit les mentalité de l’époque, l’apparition des prémices de la féodalité, le rôle de l’Église, des évêques maniant plus le sabre que le goupillon, la place centrale dans la société des monastères, etc. La faiblesse intellectuelle de l’époque est conséquente : les grands deviennent de plus en plus analphabètes (on pense que Charles ne savait ni lire ni écrire). Seul Bède le vénérable marque son époque. Et puis l’Islam, qui de fait était complètement inconnu, objet de rumeurs et de fantasmes, fait son entrée, considéré jusque là comme une simple hérésie.

A partir d’un matériel particulièrement tenu, Georges Minois signe une biographie qui fera date, sur une période charnière de l’histoire de notre pays. Particulièrement intéressant, oui vraiment!

Charles Martel
Georges Minois
éditions Perrin. 23€

*Illustration de l’entête : La bataille de Poitiers (détail). Charles Steuben (1837). Huile sur toile 465/542cm. Château de Versailles, musée de l’histoire de France- Galerie des batailles.

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