Dominique Bluzet, directeur du Festival, et Daniel Baal, président du CIC, partenaire fondateur de l’événement, ont ouvert ensemble cette édition 2026 devant une salle archi-comble. Le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence s’est imposé au fil des années comme l’un des rendez-vous musicaux majeurs en Europe, et ce soir de première en était une belle confirmation.
L’ouverture du Festival de Pâques 2026, au Grand Théâtre de Provence, était placée sous le signe de la fête et des retrouvailles.
Renaud Capuçon y retrouvait son ami Joshua Weilerstein, à la tête de l’Orchestre National de Lille, pour un programme mêlant valeurs sûres et promesses de découvertes.
Ce concert d’ouverture célébrait en réalité deux anniversaires : le demi-siècle de l’orchestre, et les cinquante ans du violoniste. Une double célébration qui donnait à la soirée une résonance particulière, à laquelle s’ajoutait le plaisir manifeste de jouer ensemble.
La Symphonie n°2 « Voïna » de Elsa Barraine en ouverture de programme
Une première écoute pour beaucoup. « Voïna » signifie « Guerre ». Écrite en 1938, dans un contexte de montée du fascisme, cette œuvre-témoignage, trop rarement jouée, nous parle. Elsa Barraine avait obtenu le Prix de Rome à seulement 21 ans, et pourtant, elle est aujourd’hui largement tombée dans l’oubli. La symphonie tout entière est traversée par la guerre : angoisse, attente, brutalité.
Par moments, la musique avance comme une mécanique implacable. Ailleurs, elle s’éclaircit, plus lyrique, sans jamais relâcher complètement la tension. Joshua Weilerstein et son orchestre en donnent une lecture cohérente et engagée, insufflant vie à cette œuvre dans un contexte européen où, hélas, ces résonances ne sont plus seulement historiques.
Le concerto pour violon op. 14 de Samuel Barber avant l’entracte
Une œuvre chère au cœur de Renaud Capuçon, qu’il a enregistrée avec Daniel Harding. Il entretient avec ce concerto un lien intime : il l’a découvert grâce à Isaac Stern, qui jouait alors sur le même instrument que lui aujourd’hui, un Guarneri del Gesù de 1737. Le fil de la transmission est ici presque tangible. Une merveille !

On écoute avec attention, sans surprise mais sans routine non plus. Car si l’œuvre est profondément habitée, elle ne se fige jamais. Le premier mouvement conserve ce caractère enveloppant, à la fois vulnérable et lumineux.
Le finale, redoutable perpetuum mobile, tient le public en haleine jusqu’au bout. Les triolets ininterrompus et la concentration absolue des musiciens en font un moment rare.
Joshua Weilerstein et l’Orchestre National de Lille, nouveaux partenaires dans cette œuvre, accompagnent le soliste avec une écoute attentive : une rencontre évidente.
Un moment de grâce inattendu : Joshua Weilerstein, pose sa baguette, emprunte le violon du premier violon de l’orchestre pour rejoindre Renaud Capuçon pour interpréter un duo de Béla Bartók. Un cadeau offert au public avec une simplicité touchante : deux amis, deux violons, et la salle suspendue à leurs archets.
Après l’entracte
La soirée s’achevait avec la Symphonie n°1 en ut mineur op. 68 de Johannes Brahms.
Dès l’introduction, l’une des plus saisissantes du répertoire, le ton est donné : une noirceur dense, presque inexorable, mais d’une beauté saisissante dans la tension qu’elle installe. Les avis ont divergé ; on l’entendait dans les échanges à l’issue du concert. Certains regretteront l’absence du « grand souffle « brahmsien, ces longues arches mélodiques qui respirent dans la durée. D’autres salueront au contraire la densité et la rigueur de la lecture, cette capacité à maintenir la tension sans jamais céder. Pour notre part, nous avons retrouvé Brahms tel qu’on l’aime.

Orchestre National de Lille
Festival de Pâques 2026. Aix-en-Provence
L’Andante sostenuto déploie une tendresse retenue, une douleur intérieure portée par un dialogue subtil entre hautbois, clarinette et un solo de violon inoubliable. Le finale, superbe, s’ouvre sur une lumière à la fois fragile et intérieure, avant de s’épanouir dans une conclusion triomphante. Des équilibres délicats, que le chef maîtrise avec précision, suivi par des musiciens pleinement engagés. Et nous, auditeurs, emportés, comme dans un voyage. Dès ce premier concert, on sait que le Festival de Pâques 2026 va nous emmener loin !
Jean-Claude Casadesus, chef fondateur de l’ONL
Cette soirée nous aura rappelé ce qu’est un orchestre dans ce qu’il a de plus profond. Jean-Claude Casadesus, chef fondateur de l’ONL et l’un de ceux qui ont su lui donner son rayonnement international, en a donné une définition qui nous a séduits. On la découvre dans le dossier de presse du Festival, au fil d’une interview accordée en février 2026 :
« Porter partout la musique où elle peut être reçue. Un orchestre, c’est un peu comme une famille. Vous avez dans les familles des gens qui s’accordent, et Dieu sait que les musiciens doivent s’accorder. Il y en a qui ne s’accordent pas, et ça peut se régler si on est intelligent… Vous avez plusieurs familles qui n’en forment qu’une seule : la famille des bois, la famille des percussions, la famille des cordes. La définition d’un orchestre, au fond, c’est l’art de vivre ensemble en produisant une valeur inestimable qui est l’émotion humaine ! »
Au programme de la soirée
Elsa Barraine (1910-1999) Symphonie n° 2 « Voïna »
Samuel Barber (1910-1981) Concerto pour violon, op. 14
Johannes Brahms (1833-1897) Symphonie n° 1 en ut mineur, op. 68
Renaud Capuçon violon
ONL – Joshua Weilerstein, direction
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