Non le RAID, n’est pas une unité relevant de la Direction Générale de la Gendarmerie Nationale, mais de celle de la Police Nationale ! En même temps, il n’y a que les puristes que cette confusion énerve ou du moins trouble quelque peu. Donc ce n’est que très accessoire, tout comme le fait que l’auteur ne maitrise indéniablement pas les différences entre ces deux forces de sécurité intérieure… Un livre c’est avant tout une histoire et un style.
Au niveau du style, rien à dire de particulier, François-Xavier Dillard connait indéniablement les règles régissant notre langue, sait parfaitement lier les mots entre eux et surtout, (car hélas, c’est de moins en moins vrai), faire des phrases avec sujet, verbe et complément. Après, ce n’est pas un style « original » sortant de la norme habituelle, pas de prise de tête à la lecture de ce roman, tout « coule de source » justement grâce à la maîtrise de ce style « standard ». En même temps, l’auteur ne cherche pas à obtenir le prix Nobel de Littérature ! Pour autant, son roman n’est pas qu’une histoire tant de fois racontée, il nous interpelle quelque peu sur l’avenir de l’humanité ce qui rend ce roman policier atypique particulièrement intéressant.

L’histoire tourne autour de l’héroïne : Axelle, étudiante à Polytechnique, développe des capacités intellectuelles et physiques « hors normes ». Une jeune fille sans histoire ayant la vie de n’importe quelle jeune fille de son époque, sauf qu’elle préfère travailler plutôt que faire la fête, même s’il lui arrive de participer à des soirées avec ses amis. Un jour, elle reçoit un appel téléphonique de sa mère (adoptive, ce qu’elle a toujours su). Elle se précipite chez ses parents, et les trouve assassinés. Les meurtriers sont encore sur place, mas elle arrive à s’enfuir. Les gendarmes chargés de l’enquête sont plus que sceptiques et pensent qu’elle est la meurtrière. Alors elle fuit, avec ses amis Kim et Lounis. De la maternité de l’Isle d’Abeau où elle est née à la Slovénie en passant par Genève, elle finit par comprendre son histoire personnelle, la place que certains veulent lui donner dans la société. Durant sa quête, elle est suivie par de mystérieux personnages qui n’hésitent pas à tuer, mais qui indéniablement la veulent vivante, et par les gendarmes qui ont fini par comprendre qu’elle n’était pour rien dans la mort de ses parents et qu’il fallait la protéger non sans quelques arrières-pensées.
A la fin soit, elle est vivante (ainsi que Kim et Lounis), mais est-elle libre ou un éternel objet d’études ? Pour vivre véritablement, n’a-t-elle pas d’autre solution que la fuite ?
L’univers dans lequel se déroule cette quête, est un univers en crise, victime du dérèglement climatique, surveillé au quotidien. Est-ce que l’homme, tel qu’il est avec sa génétique actuelle, va-t-il pourvoir survivre ou ne faut-il pas le transformer ? Et se pose la question du transhumanisme, non au niveau de l’homme aux capacités augmentées (même si dans le cas d’Axelle c’est le cas), mais au niveau de ses gènes pour qu’il puisse vivre dans un monde devenu hostile. Vaste sujet d’actualité, et le roman ne fait que développer des idées en cours. Bien sûr, il y a un côté quelque peu complotiste autour de ce mystérieux groupe de multimilliardaires qui financent ces études sans aucune morale et sans associer les pouvoirs politiques. Complotisme assez proche de la réalité, hélas !
Comme pour toute étude scientifique, il y a des échecs, ce qui devrait poser des questionnements éthiques surtout quand les échecs sont des êtres humains. Mais pour les initiateurs de ces recherches, ce ne sont que des cobayes, totalement interchangeables. Seul compte le but. Et, soyons sincère, le but se veut noble : permettre la survie de l’espèce humaine, si c’est triste qu’il y ait de la casse, c’est nécessaire pour l’atteindre. N’oublions jamais que l’eugénisme avait pour but l’amélioration des hommes. Nous connaissons le résultat !
Voilà bien des questions autour du libre arbitre, de l’éthique scientifique, voire du pouvoir de l’argent que ne peut manquer de se poser le lecteur de La Ferme de François-Xavier Dillard.
La ferme
François-Xavier Dillard
éditions Récamier Noir. 21€
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