DGSE, l’héritière du SDEC. L’espionnage, le contre-espionnage, les barbouzes, les hommes de l’ombre, une littérature foisonnante avec, bien sûr la figure mythique de James Bond ou d’OSS 117 et autre Malko Linge de la série des S.A.S. pour ne faire référence qu’aux plus connus, qui ont façonné, depuis notre plus tendre enfance, une certaine image du renseignement. Une certaine image, quelque peu, pour ne pas dire très éloignée de la réalité.
Alors qui de mieux que Damien Van Puyvel, professeur associé à l’Université de Leyde, chercheur associé à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (et non un de ces « spécialistes » plus ou moins auto-proclamés qui assènent leurs dogmes plus que leurs savoirs, à longueur d’émissions sur bien des médias télévisuels ou autres), pour démythifier ce secteur qui existe depuis la nuit des temps ?

Damien Van Puyvelde nous livre un bref aperçu de comment est structuré le renseignement français autour de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure. Après un bref, mais toujours enrichissant, rappel historique dans lequel il insiste sur la véritable mythification en interne de la résistance lors de la Seconde Guerre mondiale. Et de fait il développe toute son étude depuis la création de la DGSE en 1982. Il montre l’évolution de cette institution, sa capacité à s’adapter aux évolutions de la société et monde dans lequel les agents évoluent. Les « sources humaines », suivant la tradition française (beaucoup moins présente chez les anglosaxons) sont toujours privilégiées, mais les nouvelles technologies sont de plus en plus prises en comptent pour appuyer, orienter le travail des agents.
L’auteur insiste sur la perception et l’utilité du renseignement pour les décideurs politiques. Force est de constater que longtemps, le renseignement était négligé par les politiques et l’institution (SDEC puis DGSE) était fort peu attractive et n’employait pas nécessairement les meilleurs éléments). L’éloignement des décideurs politiques, au-delà du manque de culture était aussi dû à la piètre qualité des synthèses fournies par le service. Cet état de fait a progressivement évolué avec des réformes profondes et l’arrivée à la tête de la DGSE de préfets et autres diplomates ayant une parfaite connaissance des rouages de l’Etat et des rapports à tisser avec les décideurs politiques.
Sans pour autant déroger au principe fondamental de discrétion nécessaire à la bonne exécution de ses missions, la DGSE a su « s’ouvrir », communiquer avec le « grand public » en offrant une image loin des stéréotypes et en présentant un service nécessaire à la bonne gouvernance de l’Etat. Bien sûr, il y a des échecs comme la non prévision de l’invasion de l’Ukraine par les Russes, bien sûr, toutes les régions du monde ne sont pas aussi bien étudiées, connues, renseignées que l’Afrique voire le Moyen-Orient. Bien sûr, la DGSE n’a pas la puissance de ses homologues américains et chinois. Pour autant, au fil du temps, elle a su s’adaptée aux exigences sécuritaires du XXIè siècle pour faire face à des ententes et des risques de plus en plus importants, que l’on songe au terrorisme (de quelque origine il soit) où à l’intelligence économique (qui est aussi le fait de nos alliés). Elle est devenue une institution reconnue aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de notre pays et un membre à par entière de la communauté du renseignement.
Damien Van Puyvelde s’appuie sur de très nombreuses sources (mémoires, témoignages, articles de presse, rapports officiels, documents déclassifiés, etc.) pour montrer les origines, l’organisation, la direction et les multiples activités (il n’y a pas, loin de là que le service « action ») de la DGSE en montrant que, contre une idée reçue, ses agents sont essentiellement des civils, les militaires y étant très minoritaires ! Soit, il y a eu des échecs comme le Rainbow Warrior, mais aussi des succès qui, par principe ne sont pas connus du grand public.
L’introduction et le dernier chapitre « entre héritage et avenir » offrent aux lecteurs, qu’ils soient impliqués dans la chaîne du Renseignement ou complètement néophyte, une analyse sur ce qu’est le Renseignement dans une démocratie et les futurs défis que cette fonction va être amenée à relever particulièrement profonde et intéressante.
Pour combattre bien des aprioris et des fantasmes autour du Renseignement en général et de la DGSE en particulier, pour en appréhender les difficultés, sa place dans la prise de décision politique, le travail signé Damien Van Puyvelde est devenu incontournable.
DGSE : une brève histoire du renseignement français
Damien Van Puyvelde
éditions Nouveau Monde. 20€90
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