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Les icôniques affiches de Toulouse Lautrec

par Pétra Wauters

L’Hôtel de Caumont à Aix-en-Provence consacre son exposition d’été à Henri de Toulouse-Lautrec, artiste emblématique de l’avant-garde parisienne. A découvrir jusqu’au 4 octobre 2026. Le commissariat de l’exposition est assuré par Gilles Genty, historien de l’art spécialiste du post-impressionnisme, et Fanny Girard, conservatrice du patrimoine, directrice du musée Toulouse-Lautrec.

C’est une plongée dans le Paris frémissant de la Belle Époque que propose l’Hôtel de Caumont centre d’art et on apprécie la mise en scène réalisée par Hubert Le Gal. Il déploie une véritable recherche pour nous plonger dans la Belle Époque. La mise en scène épouse finement le personnage et son univers, tout en révélant les artistes qui ont accompagné son travail.

©Photo Pétra Wauters

Il s’en dégage une forme de sophistication teintée d’humour ; l’ensemble est narratif, vivant, et donne le sentiment d’une présence presque tangible de ces figures d’un autre temps.

Toulouse-Lautrec peintre, affichiste est une figure tutélaire de l’avant-garde parisienne. On retrouve au fil du parcours des affiches flamboyantes, des peintures saisissantes. A la fin du parcours, on revient à la case départ de la première salle pour refaire le voyage en compagnie de ce « créateur d’icônes » pour reprendre l’intitulé. L’artiste est présenté dans toute sa puissance. On découvre comment il a su « sublimer ses contemporains » en forgeant des images si fortes qu’elles traversent les siècles sans rien perdre de leur éclat, plus d’un siècle après

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93 oeuvres présentées, parmi lesquelles des affiches pour des spectacles : « C’est une des beautés de l’exposition », confie Gilles Genty, co commissaire de l’exposition.  « Et c’est aussi l’un des paradoxes de son œuvre. Il a réalisé des centaines et des centaines de dessins et peintures, il n’a fait que, si je puis dire,  31 affiches, mais si aujourd’hui il est mondialement connu c’est en réalité grâce à ses affiches » 

Avec cette immersion au moulin rouge, au théâtre et aussi dans les maisons closes de l’époque, c’est L’art, qui arrive aussi dans la rue et dans la société.  Des images fortes et tellement synthétiques qui permettent de tout dire dans une composition très claire qui s’impose dans notre mémoire.

Le parcours met en lumière la capacité de Toulouse-Lautrec à transformer aussi bien les personnalités que les anonymes de son époque en véritables égéries de la modernité.

On vous présente quelques oeuvres dans ce style graphique entre synthèse formelle et modernité. On admire son esthétique de l’inachevé, ce regard que l’artiste que l’artiste porte sur la société et la condition humaine. Des peintures intimistes comme Femme au boa noir aux grandes affiches de la Belle Époque comme Divan Japonais.

Toulouse-Lautrec, Femme au boa noir, 1892,  Huile sur carton, 50x 40 cm, Don Mme la comtesse Alphonse de Toulouse-Lautrec.

La Femme au boa noir figure parmi les œuvres révélatrices de la démarche de l’artiste commente gilles Genty.  « Ici il développe un langage visuel immédiatement reconnaissable, jouant sur la mise en abyme et la superposition des plans, privilégiant des couleurs franches aux contrastes marqués, et éliminant les détails superflus pour ne conserver que l’essentiel. 

On est autant frappé par cette économie de moyen que par le regard que l’artiste a posé sur le modèle, son visage blanc et dur. Elle nous regarde avec assurance et sa forte personnalité ne fait aucun doute.

Henri de Toulouse-Lautrec, Divan Japonais, 1892-1893, lithographie couleur, 80,8 x 60,8 cm,
Collection particulière © Peter Schälchlig

 Le Divan Japonais (1893) est une affiche lithographique commandée pour un café-concert montmartrois. « Elle réunit deux figures fétiches de Lautrec commente Fanny Girard: Jane Avril,  spectatrice élégante au premier plan, et Yvette Guilbert sur scène, reconnaissable à ses longs gants noirs mais dont la tête est délibérément coupée par le cadre. Une diagonale sépare scène et public »   

Cette œuvre est aujourd’hui considérée comme un sommet de l’art de l’affiche. « L’influence du japonisme se traduit par la schématisation des silhouettes et la simplification des formes » Complète Gilles Gentyfannyqui est aussi très sensible aux influences « nabis », un mouvement que le commissaire d’exposition affectionne particulièrement. « Comme les Nabis, Lautrec aimait les couleurs posées en aplats, les formes simplifiées et les cadrages audacieux autant d’emprunts à l’estampe japonaise. Ses affiches pour Jane Avril ou Aristide Bruant le montrent bien.

Toulouse Lautrec – Moulin Rouge la Goulue (1891)

La Goulue (Louise Weber) est ici le pivot de l’affiche, les autres personnages sont réduits à de simples silhouettes. Saviez-vous que son surnom lui venait de son habitude à vider les verres des clients en passant près de leurs tables ?  Blanchisseuse repérée dans un petit bar, elle était devenue la danseuse la plus célèbre de Paris. Mais nous partons aussi à la rencontre d’artistes de music-hall, vedettes de scène, danseuses, May Milton, Yvette Guilbert, Loïe Fuller, May Belfort, Jane Avril et Cha-U-Kao, clownesse et danseuse au Moulin Rouge.

Henri de Toulouse-Lautrec, La Clownesse au Moulin Rouge, 1897, lithographie couleurs avec réhaussement de couleurs, 51 x 39,5 cm
Collection particulière © Peter Schälchli 

« Les secteurs de l’édition et de la presse ont rapidement compris le potentiel des affiches et les ont utilisées pour promouvoir leurs publications. Toulouse-Lautrec a bien intégré les enjeux d’efficacité visuelle qu’impose l’affiche publicitaire mais il s’est défait de ces contraintes dans certains cas, en imaginant des images originales dont le lien avec le produit vanté est moins évident et plus subtilcomme on peut le voir dans « confetti », une lithographie en trois couleurs de 1895. Toulouse-Lautrec imagine une affiche joyeuse pour promouvoir les confettis en papier de papetiers anglais. Ils remplaçaient les confettis en plâtre coloré interdits en France en 189 qui imposaient de se protéger le visage et les yeux pour éviter les accidents! » explique Fanny Girard.

Toulouse-Lautrec Confetti 1895
©Photo Petra Wauters

Troupe de Mademoiselle Églantine (1895-96) c’est l’une des affiches les plus célèbres de Lautrec. Elle représente quatre danseuses de cancan dont Jane Avril. Elles sont dans le mouvement du cancan, lever de jambes et jupes virevoltantes. Le trait est synthétique, la composition audacieuse : Lautrec y capture l’énergie et le mouvement avec une économie de moyens qui tient autant de l’art japonais que de la modernité parisienne avec cette gamme de couleurs restreinte : des aplats jaunes, le noir des jambes et le blanc des jupons et les mouvements vifs et stylisés n’avaient pas besoin de plus ! Une œuvre emblématique de son talent à figer l’instant et voilà comment il transforme une scène de cabaret en icône graphique avec un angle de vue insolite. Cette affiche annonce les représentations de la troupe au Palace Theatre de Londres. Une belle commande pour promouvoir le spectacle collectif.

Henri de Toulouse-Lautrec Troupe Mademoiselle Eglantine 1895-1896,
Lithographie couleur sur papier tissé, 61,2 x 80 cm, collection particulière

On apprend que Lautrec l’a réalisée à partir d’une photographie fournie par l’une des danseuses. La composition en diagonale confère à l’affiche un angle de vue insolite, avec des mouvements vifs et stylisés, une gamme de couleurs restreinte : grands aplats de jaune intense, fort contraste entre le noir des jambes et le blanc des jupons. 

Aristide Bruant une silhouette immédiatement reconnaissable, presque un symbole. « Il occupe toute la surface de l’affiche, il en impose  » décrit Fanny Girard. Le chanteur du Montmartre est invité à se produire aux Ambassadeurs, établissement élégant des Champs-Élysées. Son écharpe rouge, son manteau et son chapeau noir. L’affiche rencontre un grand succès. Encore une leçon de synthèse graphique. Avez-vous remarqué la silhouette dans l’arrière-plan ? Un personnage inquiétant, coiffé d’une casquette et quand on connait un peu le répertoire du chanteur Bruant sur les bas-fonds de Paris notamment,  l’individu a toute sa place dans la composition de Toulouse Lautrec. 

Henri de Toulouse-Lautrec, Ambassadeurs, Aristide Bruant, 1892,
Lithographie couleur, 134,5 x 93 cm © Peter Schälchli 

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Illustration de l’entête: photo de Henri de Toulouse-Lautrec déguisé en femme (1890)

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