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C’était au beau milieu de notre tragédie

Et pendant un long jour assise à son miroir

Elle peignait ses cheveux d’or Je croyais voir

Ses patientes mains calmer un incendie

C’était au beau milieu de notre tragédie


Et pendant un long jour assise à son miroir

Elle peignait ses cheveux d’or et j’aurais dit

C’était au beau milieu de notre tragédie

Qu’elle jouait un air de harpe sans y croire

Pendant tout ce long jour assise à son miroir


Elle peignait ses cheveux d’or et j’aurais dit

Qu’elle martyrisait à plaisir sa mémoire

Pendant tout ce long jour assise à son miroir

À ranimer les fleurs sans fin de l’incendie

Sans dire ce qu’une autre à sa place aurait dit


Elle martyrisait à plaisir sa mémoire

C’était au beau milieu de notre tragédie

Le monde ressemblait à ce miroir maudit

Le peigne partageait les feux de cette moire

Et ces feux éclairaient des coins de ma mémoire


C’était un beau milieu de notre tragédie

Comme dans la semaine est assis le jeudi


Et pendant un long jour assise à sa mémoire

Elle voyait au loin mourir dans son miroir


Un à un les acteurs de notre tragédie

Et qui sont les meilleurs de ce monde maudit


Et vous savez leurs noms sans que je les aie dits

Et ce que signifient les flammes des longs soirs


Et ses cheveux dorés quand elle vient s’asseoir

Et peigner sans rien dire un reflet d’incendie


Louis ARAGON (1897- 24 décembre 1982)


Illustration. Portrait d’Elsa. Boris Taslitzky, 1950, crayon sur papier, 49,5 x 63,5 cm
© Maison Elsa Triolet – Aragon. St Arnoult en Yvelines


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