————-

La chronique littéraire d’Émile Cougut


Les éditions de la Martinière viennent de créer une nouvelle collection À la frontière des sciences et de la spiritualité . Son directeur de collection est le journaliste Stéphane Allix.

Loin de moi de faire l’autiste et encore moins le défenseur d’un scientisme de mauvais aloi qui au nom du rationalisme exclut par principe tout ce qui ne peut être « scientifiquement prouvé », c’est-à-dire pouvant être mis dans des protocoles stricts et objectifs, donc conforme aux canons du savoir dominant sans surtout voir les autres cultures aussi bien dans le temps que dans l’espace.

Pour autant, avant de lire, il est souvent nécessaire de connaître le contexte qui a présidé à l’élaboration d’un livre : si on veut se détendre en lisant un roman d’amour, il ne viendrait à l’idée de personne de prendre Les Chants de Maldoror de Lautréamont ! Quand on lit un ouvrage de philosophie, de théologie, de sociologie etc., il est souvent nécessaire de savoir à quel courant, à quelle école se rattache l’auteur pour avoir l’esprit critique et surtout éveillé, d’être ce que dans la démarche de celui que l’on a appelé « un honnête homme ».

Stéphane Allix est avant tout un journaliste d’investigation, un grand reporter, un réalisateur. Dans le cadre de sa profession, il a rencontré la spiritualité tibétaine. En 2007 il est un des cofondateurs de l’Institut de Recherche sur les Expériences Extraordinaires. Cet institut a pour but d’étudier les phénomènes paranormaux comme les rencontres avec les esprits, les expériences de mort imminente, le chamanisme, etc. Outre des médecins, des scientifiques, des artistes sont proches de cet institut comme les écrivains Didier Van Cauwelaert ou Bernard Weber dont les livres ne sont souvent que la déclinaison de cette démarche. Bien sur, les mauvais esprits, dont je ne suis pas, au nom d’un légitime scepticisme se méfieront des résultats des travaux de cet institut car ils se souviennent qu’Alexis Carrel et Charles Robert Richet ont reçu chacun le prix Nobel de médecine, alors que tous deux étaient des membres imminents (et fondateur en ce qui concerne le dernier) de la Société Française d’Eugénisme dont ils défendaient avec brio les thèses. Selon quoi, les scientifiques et les médecins sont loin d’être des gages de vérité et surtout d’humanisme…

Bien sûr, je ne pense pas que l’IREES veuille imposer ses vues pour améliorer la condition humaine, ni qu’elle agit comme une pseudo-secte voulant décerveler ses membres. Il suffit de lire un des premiers livres de cette nouvelle collection pour s’en apercevoir.

Quand la mort arrive de Carine Anselme est avant tout un ouvrage descriptif qui ouvre des portes, qui oblige à la réflexion mais qui n’apporte aucune réponse toute faite. Une démarche proche de la maïeutique : une mise en contexte avec une histoire de la mort, un questionnement sur ce qu’est la mort au vu des avancements de la médecine (un miroir devant la bouche qui ne se trouble pas lors d’un encéphalogramme plat) ; un survol ethnologique avec les rapports à la mort d’autres civilisations comme les chamans et surtout les tibétains ; et surtout un résumé des études sur le moment de la mort au vu des expériences vécues essentiellement dans les services de soins palliatifs.

De fait, l’auteur axe toute sa démarche autour de la recherche américaine des expériences de mort imminente. C’est très intéressant, les exemples donnés sont troublants et tout le monde connait une personne qui a eu un proche ayant vécu peu ou prou cette situation.

De fait, on a vite l’impression qu’au-delà non des lieux communs mais des évidences (pour « bien mourir », il vaut mieux avoir renoué avec soi, son passé, son entourage), l’auteur à bâti tout son ouvrage pour le tirer vers le dernier chapitre : les « visions » que certaines personnes ont au moment où ils vont mourir.

Il est certain que ces visions sont troublantes, que se ne sont pas des hallucinations dues soit au traitement médicamenteux ou à la confusion mentale due à l’approche de la mort (bien que ce point puisse être discuté), mais de vraies visions. Mais représentent-elles ce fameux pont entre la vie et la mort, c’est-à-dire entre deux mondes distincts ? C’est plus un acte de foi que tout autre chose. Car comme dit l’auteur, ceux qui ont franchi définitivement ce chemin ne sont plus là pour témoigner. Seuls ceux qui ont failli mourir peuvent apporter leur contribution. Il en est de même pour les « accompagnants ». Et rien ne permet à remettre en cause ces témoignages, bien trop nombreux, divers pour résulter d’une escroquerie intellectuelle.

Maintenant, ces visions ne résultent elles pas d’une sorte de réflexe inconscient que le mourant s’invente pour se rassurer par rapport à une chose qu’il sait inéluctable ? Il est intéressant que les américains dans leurs visions voient en majorité des proches, alors que les indiens voient des dieux ou des figures mythologiques. Si ces visions sont inhérentes à ce moment, on peut se demander pourquoi on n’en trouve pas trace dans l’histoire, surtout dans des civilisations où le rapport avec la mort n’était pas le même que dans notre société de consommation. En quelque sorte, ces visions ne sont elles pas avant tout culturelles ?

Quand la mort arrive n’apporte pas la solution, mais ne pose pas cette question non plus. Mais cela est tout à fait normal, car c’est avant tout un livre de témoignages. La seule question qui est vraiment posée est : qu’est ce que la mort ? question, bien sûr sans réponse, mais dont ce petit livre apporte des éléments de réflexion pour le lecteur.
Quand la mort arrive est un éloge, mérité, pour les soins palliatifs qui offrent au mourant une vraie prise en compte de son état de santé, qui lui amènent une empathie dont il a besoin. Maintenant les soins palliatifs sont rares car c’est une médecine de riches, une médecine occidentale dans une société qui a un rapport avec la mort particulier : un rejet total.
Notre culture occidentale judéo-chrétienne, dans son vrai rapport avec la mort, ne se résume-t-elle pas à la phrase de Bernard de Clairvaux, citée dans l’ouvrage : « Consentir, c’est être sauvé » ?
Quand la mort arrive nous montre bien que la mort au-delà du phénomène purement physique est avant tout un concept culturel qui varie dans le temps et l’espace, qui symbolise la place que la culture dominante donne à l’homme dans le cosmos.

Emile Cougut


QUAND LA MORT ARRIVE

Carine Anselme

Éditions de la Martinière

Sortie en librairie le 18 avril


Ces articles peuvent aussi vous intéresser

Notre site utilise des 'cookies' pour améliorer votre expérience et son utilisation. Si vous le refusez vous pouvez les désactiver. Accepter En savoir plus