Far-left extremism in France. A very interesting and useful study.


La chronique d’Emile COUGUT.


Les éditions de l’Harmattan viennent de publier un livre de Jacques Leclercq sur les ultras-gauches, au pluriel, pas au singulier, car cette mouvance politique rassemble une telle pléthore de courants se détestant les uns les autres qu’il est impossible, de fait, de les réunir sous une dénomination commune au moins au singulier, tant chacun se veut singulier par rapport aux autres.

Jacques Leclercq a fait un savant livre d’histoire sur cette mouvance. Il prend le parti de ne l’étudier qu’à partir de 1968, tout en montrant qu’elle n’est pas issue d’une génération spontanée, mais que les événements de mai 68 ont marqué un vrai tournant, l’apparition d’un foisonnement d’idées, de mouvements, d’actions dont certains perdurent de nos jours. Les références aux manifestations estudiantines contre le CPE, voire aux émeutes urbaines, et encore plus à Notre Dame des Landes, montrent, s’il en était besoin, que même marginaux, médiatiquement absentes, les ultras-gauches sont encore présentes dans notre pays. Et il suffit de suivre quelque peu l’actualité pour exiger que le livre de Jacques Leclercq fasse partie du programme des écoles de journalismes, ce qui évitera à l’avenir les non-sens, les approximations que les médias nous servent généralement quand ils abordent ce sujet.

Bien sur, dans les années 70 et 80 c’est la violence parfois mortelle qui avait tendance à caractériser les ultras-gauches (12 morts à mettre au compte d’Action Directe), mais ceux qui prônaient l’action armée violente étaient très minoritaires, ne caractérisaient de fait qu’une minuscule minorité de la mouvance. Depuis les événements de 2009 à Strasbourg et à Poitiers, on a pris conscience que les ultras-gauches que l’on avait eu tendance à mettre dans une sorte de folklore désuet ne concernant que quelques anciens nostalgiques de mai 68 connaissaient un vrai regain de vitalité et attiraient des jeunes (à la même époque, le même constat a été fait en ce qui concerne les ultras-droites…), et rien ne nous certifie qu’une minorité ne passe à l’action violente…

Jacques Leclercq a bâti son ouvrage à travers la « littérature » militante : tracts, bulletins, manifestes, revues, journaux, en quelque sorte « il donne la parole » aux théoriciens de ces mouvements. D’ailleurs ce qui les caractérise, n’est-ce pas cette véritable logorrhée de mots qui sert autant à essayer d’expliquer les fondements de leur action qu’à jeter des anathèmes sur les autres courants. Car une des caractéristiques des ultras-gauches est la multiplication des mouvements, des courants. Comme dans la caricature du mouvement écologique, dés qu’il y a trois personnes qui se réunissent pour discuter, il en ressort au moins deux courants se haïssant plus ou moins. Ainsi, par exemple lors d’une manifestation en 1979 organisée par la CGT (haït de tous) se retrouvent non seulement la LCR mais aussi les maoïstes du PCRML (pro-albanais) qui se distinguent des maoïste du PCMLF reconnu par la Chine, sans compter des membre de l’OCT (issu d’une scission de la Ligue communiste) ou autres mouvements comme la Gauche Ouvrière et Paysanne ou du Parti d’Unité Populaire, eux mêmes créés par des dissidents du PSU. Trotskistes, maoïstes, anarchistes, libertaires, situationnistes, etc., La liste est longue de courants qui se déchirent entre eux mais aussi en interne. Tous un ennemi commun le Parti Communiste Français et la CGT et plus particulièrement leur Service d’Ordre. Il y a eu bien plus de blessés du fait des ultra-gauches dans les rangs de ce Service d’Ordre que parmi les forces de l’ordre ou des militants d’extrême-droite !
Le livre de Jacques Leclercq est particulièrement intéressant, outre les textes qui s’y trouvent, car le dernier chapitre recense tous les groupes ou structures liés à l’ultra-gauches dans les décennies 70,80, 90 et depuis les années 2000 : on y trouve une longue liste de revues, journaux, bulletins, parfois très éphémères, mais aussi les mouvements, collectifs, comités, coordinations etc.

Tout au plus pouvons-nous regretter que dans les annexes, il n’y ait que peu de définitions (rien sur le maoïsme, le trotskisme ou l’anarchie) et que l’auteur n’aborde que de façon allusive les transformations que connaissent les ultra-gauches avec l’apparition d’internet.

Ce livre est une compilation brillante autour des idées, des concepts de cette mouvance politique, une base, un complément pour tous ceux qui veulent étudier, approfondir ce courant de pensée.

Ultras-gauches, autonomes, émeutiers et insurrectionnels est l’exemple typique des livres que tout étudiants en sciences politiques doit obligatoirement avoir lu… et assimilé…

Emile COUGUT.


Ultras-gauches

Autonomes, émeutiers et insurrectionnels 1968-2013

Jacques Leclercq

éditions de l’Harmattan


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