Hurly-Burly in Metz, Centre Pompidou-Metz impacted.


Mais qu’est-il donc arrivé à Jean-Pierre Masseret, Président de la Région Lorraine (PS), qui vient de signifier par un communiqué laconique et lourd de danger qu’il menace de couper les subventions de la Région au Centre Pompidou-Metz, (4 millions d’€ par an) si celui ci ne dispose pas à l’avenir d’une collection permanente. On le savait habile et apte au mouvement de terrain, on le découvre grondant et prêt à en découdre. Un tel revirement est pour le moins surprenant.

Jean-Pierre Masseret est un homme politique avisé qui connait parfaitement bien les rouages politiques, administratifs et financiers ainsi que la nature des hommes et des femmes de pouvoir, c’est bien pourquoi cette fulmination vive et glaciale porte à s’interroger.

Le Centre-Pompidou Metz fonctionne sous le statut d’EPCC (établissement public à caractère commercial). Ce n’est pas et il ne fut jamais un musée. Vouloir, comme d’autres le font, le comparer au Louvre-Lens est erroné car le statut est légèrement différent.

«L’EPCC a pour avantage d’institutionnaliser la coopération entre ces différentes personnes publiques – sans qu’aucune ne puisse se la voir imposer – et de doter d’un statut opérationnel les grandes institutions culturelles d’intérêt à la fois local et national. Il permet l’organisation d’un partenariat équilibré entre des collectivités territoriales et l’Etat ou entre des collectivités territoriales seules».( loi de 2002, rapport du Sénat)

Le Centre Pompidou-Metz n’est pas un musée et pour cette raison ne dispose ni de collections permanentes, ni des personnels spécialisés experts (corps des conservateurs des musées), ni même d’un cadre immobilier adapté à cet effet. Il est dirigé par un directeur ( Laurent Lebon) nommé par le Centre Pompidou à Paris, et dont le mandat vient d’être renouvelé. Il rentre dans la définition du service public, dépend à ce titre de la comptabilité publique, il fournit à ce titre un cadre de gestion associant souplesse de fonctionnement et rigueur de gestion et offre toute garantie à la transparence budgétaire.

Si l’on mesure le désarroi de certains visiteurs qui faute d’avoir pu admirer une grande exposition telle Chefs d’oeuvre, 1917, Sol Lewitt, Vues d’en haut , et elles furent toutes magnifiques, n’ont pu voir que des expositions de moindre notoriété, et en furent marris, vouloir en faire porter le responsabilité sur le Centre Pompidou-Metz semble pour le moins oiseux quand on sait que la stabilité du système mis en place repose sur des tours de tables entre les collectivités territoriales et le Centre Pompidou.

Préparer une grande exposition, nécessite un travail de recherche d’un minimum de dix-huit mois avec plusieurs centaines d’intervenants, et le budget est considérable c’est pour cette raison même qu’entre deux grandes expositions le Centre Pompidou-Metz présente de petites expositions diversifiés sur des thèmes moins héraldiques. Le Centre Pompidou ( Musée d’art moderne) met à la disposition du Centre Pompidou-Metz les oeuvres présentées. Faut-il rappeler que le Centre Pompidou-Metz est la plus grande surface d’exposition temporaire en France, plus grande que le Grand Palais ou le Centre Pompidou ?

Lors de l’inauguration voilà plus de 2 ans du Centre Pompidou-Metz, plus de 280 journalistes venus du monde entier s’étaient donnés rendez-vous à Metz, et par la miracle d’un flash électronique et d’internet le monde entier découvrait surpris cette paisible ville moyenne française dotée d’une institution si prestigieuse. Un remarquable campagne de communication avait été mise en place financée tant par le ministère de la culture, donc l’état, le Centre Pompidou à Paris et les collectivités territoriales lorraines concernées. On pouvait y voir, sur des affiches de grandes dimensions, Picasso, Salvador Dali, Andy Warhol dirent:  » Demain je m’installe à Metz« , et ces affiches étaient placardées dans le métro de Paris tout comme dans les grandes villes françaises et de grandes capitales. L’art est aussi, trop peu en ont conscience, tout à la fois une véritable niche économique, une source de profits et d’emplois, une valeur ajoutée, ainsi qu’un relai dynamique de communication. Au niveau de l’état, et cela depuis des lustres, quels que soient les gouvernements, l’activité économique générée par les produits « artistiques » est éparpillée à travers plusieurs ministères ( Culture et Communication, Commerce, Industrie et Artisanat, Éducation nationale voire même le ministère des Affaires étrangères). Cela, nous en sommes convaincus, constitue la faiblesse majeure de cette activité économique qui pourtant mériterait davantage de considération. On ne peut pas être satisfait de cette absence de stratégie et de vision pour reconquérir des marchés et des niches de production. Il est à cet égard impératif de mettre en place une force de frappe artistique et économique.

Communiquer a un coût, d’autant plus quand la communication est internationale. Si l’on ne peut que se féliciter de cette admirable campagne marketing autour de l’ouverture de Pompidou-Metz, en revanche l’on peut observer la frilosité des élus à accompagner le développement d’un si bel outil culturel. Certains confondent le Centre Pompidou-Metz avec une salle omnisport où l’on « sandwich » lors d’une remise de médaille et ne connaissent essentiellement du lieu que sa capacité à entretenir les relations publiques. Metz dispose d’une université, ce n’est pas pour autant une ville universitaire loin s’en faut, et si la ville a connu ces dernières années une transformation cosmétique elle n’ a pas pour autant su mettre en place un rebond économique, une dynamique entrepreneuriale. La volonté, la détermination, le courage d’ancrer l’art au coeur d’une politique de développement et de reconquête économique manquent, et dans la boîte à outils de l’énergie de reconstruction économique ils ont aussi leur part. Des choses se font certes, prétendre le contraire serait grotesque, mais soit elles sont héritières du passé, soit elles s’expriment sous forme d’un saupoudrage et donnent l’apparence du sérieux. Il conviendrait aussi de s’interroger sur l’hinterland entre friches et chantiers de construction dont le Centre Pompidou-Metz est l’épicentre.

Tout cela est su, en tous cas dans les milieux responsables. Alors quoi, que se passe -t-il, quel moustique a-t-il donc piqué Jean-Pierre Masseret, de quel Chikungunya serait-il atteint ? Serait-ce une tempête dans un verre d’eau ? Un seul effet d’annonce ? Peut-on imaginer un seul instant qu’un rapport de force, d’équilibre politique risque de lui faire défaut quand se nouent les alliances? L’affaire ne peut en rester là imagine-t-on et ne manquera pas de remonter jusqu’au cabinet de la ministre de la culture et de la communication, Aurélie Filippetti, enfant et élue du pays au demeurant, et c’est peut-être là même la raison essentielle ! Le soufflé est-il appelé à tomber ? Cela manque de sérieux et il n’est pas sûr que Place d’Armes à la mairie de Metz, ce coup de sang soit pour le mieux apprécié !

Pierre-Alain Lévy


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