A fantastic photograph ! Anyone who still thinks photography is not art will change at once one’s mind!


La focale d’André NITSCHKE


Olivier Valsecchi, photographe de la région toulousaine que j’ai découvert au travers de sa série « Dust » aux alentours de 2009/2010 inaugure avec brio la rubrique photo de Wukali pour cette nouvelle année

Son travail est particulièrement original et pertinent, dès que j’ai vu et découvert ses premières photos, j’en fus de suite ébloui.

Depuis sa présentation au festival Européen de la photographie de nu en Arles, sa notoriété n’a cessé de grandir et les expositions de son oeuvre se sont succédées sur la scène internationale (Australie, Japon, Corée, Etats-Unis, Brésil, Europe…).En 2012 il devient lauréat du très disputé Prix Hasselblad lui assurant la consécration avec sa série de sculptures humaines : Klecksography

Par la suite, j’ai pu constater que plusieurs photographes se sont essayés à copier Olivier par de pâles reproductions de ses œuvres, remettant en perspective la notion même de propriété intellectuelle. Bien que l’on puisse toujours alléguer que l’on ne copie que le talent ! Il est malheureusement toujours préjudiciable à l’auteur de voir sa démarche copiée par des individus dénués de scrupules, sans talents créatifs, en manque d’imagination et de propos artistiquement raisonné, ou tout simplement par paresse. Au risque malheureusement que le grand public fasse souvent la confusion ou l’amalgame entre l’original et l’avatar usurpateur.

Laissons plutôt Olivier Valsecchi nous parler de son projet et méditons son point de vue sur le plagiat

Bonne Année à tous!

André Nitschke
Chroniqueur de www.wukali.com


Entretien avec Olivier VALSECCHI

Avec « I AM DUST », le thème de l’incarnation reste prédominant dans mon oeuvre . C’est ainsi qu’en 2012, j’ai décidé de reprendre l’esthétique de la série Dust pour y adjoindre un paramètre touchant à la psychologie des êtres. C’est directement dans une ancienne usine militaire que j’ai choisi de camper le second volet de ma saga I am Dust, projet autobiographique sur le thème de l’incarnation et du Samsara. Alors que le premier épisode illustrait la cosmogonie du photographe, Time of War affranchit ces êtres issus du chaos. Le titre, inspiré de l’exposition Goya in Times of War (musée du Prado, 2008) en commémoration de la Guerre d’Indépendance, sous-tend lui aussi cette volonté d’émancipation. Les personnages possèdent désormais une histoire, ils se font conquérants. Leurs corps se tendent, chaque centimètre de muscle se contracte, les épaules fulminent. La cendre primordiale, cet élément qui a traversé les cycles de la vie et de la mort, semble jaillir dans une explosion d’effort, à moins que cela ne soit l’ultime souffle de ces héros ovidiens.

J’ai cherché des images plus flamboyantes, ou plus terribles. Dans la série Dust, les modèles jaillissaient de la cendre. J’avais en tête des dieux de la mythologie qui s’incarnaient depuis le néant. C’était très foetal, avec une possible confusion que les corps étaient plongés dans l’eau, avec des tourments et des abandons qui évoquent la fébrilité des premiers pas, et des envols très marqués vers la lumière. Il s’agissait de naître.

Pour Time of War, le casting a pris corps, les modèles sont identifiés, ils ont commencé à vivre, ils ont déjà une histoire. J’ai davantage pensé à des personnages de jeux vidéos, qui ont des pouvoirs magiques, une aura visuelle, ou à des héros de films de guerre, un samouraï, un personnage de manga. Et bien sûr au Caravage et à Goya, qui se sont nourris de leur époque pour peindre des ambiances très dures. Dans ce nouvel épisode c’est la cendre qui semble émaner des corps, elle fume sur leurs épaules. Elle collait davantage à la peau, était plus compacte, dense. Et les modèles se battaient avec les émanations, qui prenaient la forme de nuages menaçants ou d’explosions de bombes. Ils sont tour à tour projectiles et dommages, conquérants ou mutilés. Il s’agit de survivre. »

A N

J’ai pu recenser un nombre condidèrable de photographes ayant copié ton projet, tu es sans doute un des photographes à ce jour, les plus plagiés, quel est ton point de vue sur ce sujet ?

Olivier Valsecchi

Je condamne toute forme d’imposture qui consiste à reproduire grossièrement et s’approprier le travail d’un autre.

Quand on aime quelque chose, on a envie de faire pareil. C’est humain.

Toutefois face à une copie, ou plutôt une tentative de copie, que ce soit de mon travail ou de celui d’un collègue, ma réaction est toujours la même et sans appel : cela n’a aucun intérêt. Je ne connais pas un artiste qui soit en faveur du plagiat.

En effet, peu après avoir mis Dust en ligne sur mon site et avoir décroché quelques parutions dans des magazines, avant même d’avoir fait ma première exposition, des copies ont bourgeonné ici et là. Les internautes sont très réactifs. Certains parlent d’inspiration, en mentionnant mon nom, d’autres – les plus vilains – feignent d’ignorer qu’ils ont vu mon travail et se proclament auteurs. Ces mêmes personnages, quand ils se sentent démasqués, sont les plus agressifs. Avec des réponses du style : « Une idée n’appartient à personne ». Mais : un corps nu en mouvement dans la poussière sur fond noir, les ingrédients sont réunis pour pouvoir identifier la série Dust .

Pourtant Dust et récemment Time of War, obéissent à une sorte de dogme. Faire porter un jean aux modèles, comme je l’ai vu par exemple, c’est déjà sortir du dogme, mais ce n’est pas suffisant pour s’éloigner de Dust. Je n’appelle pas ça « s’approprier » une idée.

Le problème vient du fait qu’il y a un malentendu sur ce qu’est l’inspiration. Celle ci, n’est pas l’imitation. Chercher à reproduire les mêmes photos qu’on a vues quelque part n’est pas un travail d’auteur. L’inspiration c’est faire autre chose de la source en y injectant son propre univers, sa poésie. Une inspiration devrait aider à mieux comprendre le travail d’un artiste, cela devrait agir comme un indice.

C’est une question extrêmement délicate que celle de la copie. On s’aventure peu à en parler car cela existe depuis la nuit des temps d’une part, et d’autre part il y a beaucoup d’ambiguités dans ce qui définit un auteur. Au-delà des idées, c’est à l’écriture, au « style » qu’on reconnaît un auteur. Cela se traduit visuellement par les choix techniques et artistiques de la réalisation.

Bien sûr il peut arriver que deux personnes aient la même idée, au même moment, ou même à un intervalle de plusieurs années sans pour autant que l’un n’aient vu le travail de l’autre.

Ce qui était flagrant dans mon cas, c’est l’effet boule de neige des copies en l’espace de quelques mois. Bien sûr, la cendre ne m’appartient pas.

Très sincèrement, une copie, ça se voit. Il y a une volonté un peu maladroite de reproduire ce qu’on a vu pour se l’approprier et s’auto-persuader qu’on en est l’auteur. Il faut être naïf pour penser que « ça passera« . Non,désolé ça ne passe pas, tout le monde le voit….

Sans tomber dans l’excès ou la paranoïa. Quoiqu’il en soit à aucun moment je ne me sens flatté quand j’identifie une copie, même si on n’a eu de cesse de me dire qu’il fallait y voir une certaine forme de reconnaissance. D’autant plus que c’est souvent de mauvais goût et c’est dommage : quand on copie quelque chose et dans la mesure où tout le travail de réflexion est prémâché, la moindre des politesses serait de faire mieux.
Time of War, le second épisode, c’était aussi une façon d’enfoncer le clou et de dire : Dust, c’est moi, c’est à moi. D’ailleurs la trilogie s’intitule « I am Dust« . Je parle de trilogie car il y aura un troisième et dernier chapitre. »

Avec le recul et l’expérience, il faut se rendre à l’évidence : on ne peut rien faire face à un tel nombre de plagiats, comme tu le fais remarquer André, je suis un des photographes les plus plagiés et de ces plagiats, j’en ai compté une trentaine au moins. Toutefois, aujourd’hui cela ne me touche plus, justement parce que seul mon travail perdure. Les copies passent, l’original reste.

Il faut se dire de toute façon que l’intégrité, ça ne se copie pas. Et que c’est aussi à ça qu’on reconnaît un bon auteur.



Intitulé des photographies dans l’ordre de leur présentation. Dust 06, Dust 07, Dust 08, Dust 11, The vein-selfportrait, Time of War 2, Time of War 3, Time of War 7, Time of War 8, Time of War 12, Time of War 13, Time of War 14, Time of War 16



De la Corée à New-York, en Europe, le travail d’Olivier Valsecchi ne cesse de susciter l’intérêt dans la presse internationale : Réponses Photo (France), Le Figaro Beaux-Arts (France), Le Monde (France), Orlando Weekly (US), Musée Magazine (US), Santa Art Magazine (Brésil), Fotografe Melhor (Brésil), Gente Di Fotografia (Italie), ; Eyemazing (Pays-Bas), Zoom (Italie), Blink (Corée), Arte Fotografico (Espagne), Image in Progress (Italie), Profifoto (Allemagne), et aujourd’hui Wukali bien entendu, autant que de la part des commissaires (Promenades Photographiques de Vendôme, Festival Européen de la Photographie de Nu en Arles, Fotofever Paris et Bruxelles, Centre Atlantique de la Photographie à Brest, Le Château d’eau à Toulouse). Valsecchi a également été lauréat du prix Hasselblad.

 2012.


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