L’un des plus beaux marbres de l’humanité s’use. Un article scientifique validé le 3 mars dernier et publié par la très sérieuse revue Journal of Cultural Heritage pointe les fragilités du gracieux David de Michel-Ange. Ce nu haut de cinq mètres, idéal masculin de la Renaissance et symbole de la ville de Florence, est ausculté depuis le milieu des années 1800. Des petites fissures sur les deux jambes menacent sa stabilité, ainsi que celles remarquées sur la partie de tronc d’arbre soutenant la droite.

«Les fissures ont d’abord été détectées entre 1852 et 1872 et, aujourd’hui, elles sont plus nettes, notent les auteurs membres du Conseil national de recherche italien et de l’université de Florence. Cependant, nous n’avons aucune idée de l’évolution dans la période entre 1872 et 2003, lorsque la statue a fait l’objet d’un nouvel examen détaillée».
Pour mesurer précisément la vitesse de progression de ces lésions des tests ont été effectués sur une petite réplique modélisée. Ce plâtre de 10 cm de haut a été placé dans une centrifugeuse accélérant jusqu’à cinquante tours par minutes l’effet de la gravitation naturelle et l’on a pu suivre ses déformations. Les résultats suggèrent que l’inclinaison du David vers l’avant favorise indubitablement sa déstabilisation. L’angle s’accentuerait du fait du poids du marbre blanc de Carrare (5,5 tonnes). Des ruptures pourraient se produire le long des jambes et pas au niveau des seules chevilles que l’on croyait déjà faibles. La comparaison des résultats avec les microlésions anciennes suggère toutefois qu’un tel accident ne se produira pas avant longtemps.

Reste que si l’inclinaison vers l’avant augmentait de cinq degrés la statue se trouverait dans un état critique. Le David, terminé par Michel-Ange en 1504, se trouve conservé depuis 1873 à la Galleria dell’Accademia de Florence. Sa surveillance et sa protection sont excellentes. Il est à l’abri des vibrations d’un chantier et des intempéries. Rien à voir avec la réplique installée devant le Palazzo Vecchio, au cœur de la cité. Toutefois les auteurs de l’étude préconisent de placer l’original dans une local antisismique en sous-sol, au besoin de le déménager dans hors de Florence.

Auparavant tout de même ils nuancent leur conclusion, remarquant que la texture du plâtre n’est pas celle du marbre de Carrare, plus solide mais aussi plus inégal. En outre, les variations thermiques subies par l’original durant plus de cinq siècles sur la piazza della Signoria (de 1504-1873), n’ont pu être prises en compte. Alors, le David, merveille de perfection, péchera-t-il comme Achille par ses chevilles? Tous les colosses ont leur défaut. Sinon comment aurait-il vaincu Goliath?

Lu dans la presse/ Le Figaro, Eric Bietry-Rivierre


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