Public participation for the Arts, France-USA

Le ministère de la Culture et de la Communication français et le National Endowment of the Arts aux États-Unis réalisent régulièrement une enquête nationale (Pratiques culturelles des Français et Public Participation for the Arts) pour suivre l’évolution des comportements des habitants dans le domaine de la culture et des médias. La confrontation des résultats de ces deux enquêtes, dont les éditions sont, depuis le début des années 1980, relativement proches dans le temps, permet une analyse comparative sur près de trois décennies du niveau de diffusion des pratiques culturelles et du profil de leurs publics respectifs. Au début des années 1980, la population américaine, bien que plus téléphage, avait un niveau général de participation culturelle supérieur, à l’exception de la lecture de livres. Le profil des publics culturels en termes de sexe, d’âge, de niveau d’études et de revenu était relativement proche de part et d’autre de l’Atlantique. Les évolutions observées dans chaque pays au cours des décennies suivantes sont souvent semblables mais interviennent plus tard en France (augmentation de la consommation de télévision, baisse de la lecture de livres, progression des pratiques artistiques en amateur). La seule véritable divergence concerne les sorties au cinéma, au théâtre et aux spectacles de danse, dont les taux de fréquentation ont progressé en France dans les années 2000, au moment où ils accusaient un recul marqué aux États-Unis. Les évolutions relatives au profil des publics sont également souvent analogues : féminisation et vieillissement des publics, recul de la participation des plus diplômés s’observent dans les deux pays, avec toutefois une accentuation des écarts entre les plus riches et les plus pauvres aux États-Unis qu’on n’observe pas en France.


Cette publication du DEPS est consacrée à la comparaison des résultats des quatre éditions des enquêtes nationales Pratiques culturelles des Français et Public Participation in the Arts, menées respectivement en France et aux États-Unis depuis le début des années 1980. L’étude met au jour, au-delà des caractéristiques propres aux contextes nationaux, des dynamiques communes en matière de participation culturelle.

Elle montre que les comportements culturels des Français et des Américains ne sont pas aussi éloignés qu’on le pense communément : les niveaux de participation et le profil des pratiquants sont souvent proches de part et d’autre de l’Atlantique, et la plupart des tendances d’évolution observées sont semblables. La principale divergence concerne les sorties au cinéma, au théâtre et aux spectacles de danse, dont les taux de fréquentation ont progressé en France dans les années 2000, au moment où ils accusaient un recul marqué aux États-Unis.

Au début des années 1980, les publics français et américains ont des profils assez proches mais la participation culturelle américaine est plus forte, à l’exception de la lecture de livres

Au début des années 1980, deux phénomènes distinguent nettement les contextes français et américains. D’une part, la population américaine, qui a bénéficié plus tôt que les Français de la massification scolaire et de la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur, est plus diplômée : 38 % des Américains sont titulaires d’un diplôme du supérieur contre 8 % des Français. D’autre part, l’équipement télévisuel a été plus précoce aux États-Unis : la majorité des foyers américains sont équipés voire multi-équipés et les Américains consacrent deux fois plus de temps que les Français à regarder la télévision.

Pour autant, les Américains sont alors plus nombreux que les Français à fréquenter les équipements culturels :

60 % d’entre eux sont allés au cinéma contre 46 % de Français, ils sont également plus nombreux à avoir assisté dans l’année à un concert classique ou de jazz, à avoir assisté à une représentation théâtrale ou à un spectacle de danse, à avoir visité un musée et à pratiquer des activités artistiques en amateur. Seule la lecture de livres est nettement à l’avantage des Français qui sont plus nombreux à avoir lu au moins un livre dans
l’année et plus grands lecteurs.

Parmi les pratiquants, les publics américains et français présentent de nombreux points communs en termes de sexe, d’âge, de niveaux d’études et de revenu. Majoritairement féminins pour la lecture de livres et masculins pour la fréquentation des cinémas, les publics français et américains se ressemblent sur le plan de l’âge, à l’exception de la lecture de livres : les jeunes Américains sont déjà moins nombreux que leurs aînés à
lire régulièrement des livres, à l’inverse des Français. Les disparités de pratique selon le niveau de revenu et de diplôme sont assez comparables : les publics culturels sont globalement plus diplômés mais l’effet propre du revenu est moins important que celui du diplôme, notamment en France.

Baisse de la lecture, augmentation de la consommation de télévision et des pratiques artistiques en amateur : des évolutions souvent semblables mais décalées dans le temps

Si l’évolution des certaines pratiques est restée stable de part et d’autre de l’Atlantique au cours des trois décennies, comme la fréquentation annuelle de musées et galeries par exemple, dont les taux sont restés comparables (23 % des Américains et 24 % des Français), la plupart des tendances observées sont identiques, avec souvent un temps de retard côté français. Ainsi la baisse de la lecture de livres a-t-elle été plus
importante dans notre pays : la part des lecteurs réguliers a baissé de 8 points sur la période en France et de 3 points aux États-Unis, alors que la consommation télévisuelle a progressé de 9 points en France et de 3 aux États-Unis. Pour ces deux pratiques, tout se passe comme si les Français rattrapaient un certain retard par rapport aux Américains, en partie grâce à la diffusion de l’équipement audiovisuel sur la période.

De même, la progression spectaculaire des pratiques artistiques en amateur en France depuis le début des années 1980 a amené les taux de pratique sensiblement au même niveau que ceux des Américains. Un même mouvement de convergence s’observe pour la fréquentation des salles de cinéma.

Les Français sont plus nombreux à assister à des spectacles de théâtre ou de danse, à l’inverse des Américains

Entre 2002 et 2008, l’ensemble des taux de fréquentation des équipements américains ont baissé, au point d’atteindre des niveaux inférieurs à ceux des années 1980 dans le cas des cinémas, des musées, des concerts jazz ou classique et des spectacles de danse et théâtre. Or l’évolution a été inverse en France, en particulier pour les spectacles de danse et de théâtre, une progression qui peut s’expliquer par le renouvellement des
formes artistiques et le succès récent des spectacles musicaux sur le modèle anglosaxon.

Féminisation et vieillissement des publics s’observent en France et comme aux États-Unis

La féminisation des publics, qui s’observait déjà dans les années 1980 aux États-Unis où les femmes constituaient environ les deux tiers des publics des pratiques artistiques en amateur, de la lecture régulière de livres et étaient majoritaires parmi les publics des concerts de classique et des spectacles de danse et de théâtre, est manifeste en France à la fin des années 2000. Elle s’explique en partie, compte tenu de l’influence du niveau de diplôme sur la participation culturelle, par les progrès de la scolarisation dont les femmes ont été les principales bénéficiaires.

Dans les deux pays, l’âge moyen des publics de chaque activité a augmenté, à l’exception notable des spectacles de danse en France. Si l’on s’en tient à l’explication donnée au phénomène en France 1, ce vieillissement des publics de la culture tient avant tout au niveau d’engagement actuel des seniors, les enfants du baby boom qui ont bénéficié des effets des politiques culturelles menées depuis le début des années 1960, et qui conservent un taux de participation supérieur à celui de leurs aînés, mais aussi à celui des générations suivantes.

Un recul général de la participation culturelle des milieux favorisés

En France comme aux États-Unis, la lecture régulière de livres et la fréquentation des lieux de spectacle vivant a dans l’ensemble diminué au sein de la partie la plus diplômée ou la plus riche de la population. La seule exception concerne la fréquentation des concerts de jazz, des théâtres et des spectacles de danse qui a progressé en France.
Les disparités liées au niveau de diplôme ont dans l’ensemble peu évolué au cours de la période étudiée : elles demeurent plus élevées aux États-Unis. Quant aux différences entre les plus riches et les plus pauvres, elles se sont atténuées en France en matière d’accès au spectacle vivant, en partie du fait du recul relatif des plus aisés et, dans une moindre mesure, de la légère progression de la participation des plus pauvres. Dans le même temps, les différences sur ce plan se sont creusées aux États-Unis.

1 Voir Olivier Donnat, Pratiques culturelles 1973-2008, Dynamiques générationnelles et pesanteurs sociales, coll. « Culture études », 2011-7, Deps, Ministère de la Culture et de la Communication, 2011.

Vertu du modèle français ou effet retard ?

Comment expliquer l’accroissement des inégalités en matière de participation culturelle, plus accentué aux États-Unis qu’en France ? Plusieurs éléments peuvent être avancés, comme le coût des sorties culturelles, moins subventionnées et donc plus élevé en Amérique et un impact plus fort de la crise économique sur les pratiques. Cela tend à créditer le modèle politique et social français d’une capacité à limiter le creusement des
inégalités.

Dans une perspective moins optimiste, il est possible également, compte tenu des effets décalés dans le temps entre France et États-Unis observés entre le début des années 1980 et la fin des années 2000, de faire l’hypothèse que le recul récent des pratiques culturelles observé aux États-Unis affectera bientôt le modèle français. Les effets positifs des progrès de la scolarisation pourraient bien être bientôt épuisés en France, et la
concurrence accrue des écrans, corrélée au multi-équipement domestique et nomade, plus tardif en France, pourraient faire reculer encore la participation culturelle telle qu’elle est mesurée par l’enquête Pratiques culturelles des Français depuis le début des années 1970.


Illustrations:

Entête: Clôture du Festival de Radio France et Montpellier Languedoc Roussillon 2012. photo Luc Jennepin

Texte:
– Salle de lecture Bibliothèque Ste Geneviève. Paris

– Festival Chalon dans la rue

– Time Square-42nd Street Station. Eric Paulin Quartet


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