8 Looted antiquities from Boston Museum of Fine Arts, given back to Nigerian authorities


La chronique de Pierre-Alain LÉVY.


L’identification des oeuvres d’art et de patrimoine mises sur le marché et l’identification de la provenance des oeuvres acquises dans les collections des grands musées relèvent tout à la fois de l’enquête et de la traque policières comme de la science muséographique. Le trafic international d’objets d’art a pris de l’ampleur et dans ces dernières années a profité des guerres et des pillages qui ont affecté notamment le Proche-Orient, (Egypte comme Irak), et Wukali y a consacré plusieurs articles; tout comme il avait atteint son point culminant des suites du nazisme et dont les conséquences se font encore aujourd’hui ressentir.

Il se nourrit aussi de la corruption qui affecte maints pays, gouvernements et administrations, et systématiquement se nourrit des états de guerre et de dilution de l’autorité dont il profite. A telle enseigne, au Mali, (seconde réserve archéologique africaine après l’Égypte) sur 845 sites d’archéologie recensés en 2012, 45% d’entre eux ont été pillés et 17% endommagés.

Plus sournoisement, il affecte l’ensemble du commerce international du marché de l’art et certains marchands, comme certains musées, manquent pour le moins de scrupules sur l’authentification des documents de provenance des oeuvres qui leurs sont présentées, quand documents il y a ! Les conservateurs de musées se doivent donc de redoubler de prudence et faire preuve de sagacité sur la provenance des oeuvres qui leurs sont proposées à l’achat ou dans la gestion de leurs collections. Il n’est aucun pays et aucun musée qui ne soit à l’abri de «méprise», pas même les plus richissimes et les plus prestigieux, surtout quand ils sont privés… !

Le Musée des Beaux-Arts de Boston, a désigné de sa propre initiative un conservateur, en l’occurrence une conservatrice, Victoria Reeds, pour clarifier spécifiquement l’histoire de ses collections et s’attacher aux provenances. Le Musée de Boston (B MFA) avait ainsi accepté d’un collectionneur local, William Teel (mort en décembre 2012), 380 pièces d’archéologie et d’oeuvres d’art africaines qu’il avait rassemblées dans les années 80.

Après un enquête qui s’est déroulée sur plusieurs mois suscitée par les revendications du gouvernement nigérian revendiquant certaines pièces de la collection du MFA de Boston, et sous l’autorité énergique et efficace de la conservatrice Victoria Reeds, il est apparu clairement que 8 oeuvres du musée et de la collection Teel, provenaient de pillage du patrimoine nigérian. À cet égard, il convient de souligner le travail éthique mis en place par les autorités du musée des Beaux-arts de Boston pour rechercher la provenance des oeuvres achetées, et dans quelles conditions. Ce sont donc ces huit oeuvres qui viennent juste de faire l’objet d’une restitution.

William Teel avait acquis ces pièces de bonne foi et conservé dans ses archives de nombreux documents qui furent utiles pour l’enquête. Parmi ces oeuvres, cinq d’entre elles avaient été achetées dans une galerie réputée de la Nouvelle-Orléans, Davis Gallery et chez le courtier bruxellois Marc Leo Félix.

Tête. Civilisation Edo peoples, Nigeria, Royaume du Bénin, env. 1750

-Écran d’ancêtres (duein fubara). Civilisation Ijaw Kalabari, Nigéria, début du 19ème siècle

-Tête terra-cotta. Civilisation Nok. Nigéria, (entre 500 av JC et 200 ap. JC)

-Tête d’un Oba. Civilisation Edo, Royaume du Bénin. Nigéria, 18ème siècle

-Figure masculine. Civilisation. Nigéria, (entre 500 av JC et 200 ap. JC)

-Tête d’homme. Civilisation Yoruba, Royaume d’Ifé, Nigéria, (12ème–14ème siècle)

– Figure d’ancêtre Oron (Ekpu). Civilisation Oron, Sud-Est du Nigéria (18ème-19ème siècle et ayant été volée au musée d’Oron)

-Bronze. Civilisation du Bénin, Nigéria

Quatre de ces pièces étaient documentées par de faux certificats nigérians. Il existe depuis plusieurs années maintenant un registre international, la Liste rouge du Conseil des Musées, qui identifie les oeuvres à risque dans les pays en proie aux «tumultes», et les sculptures en terre cuite Nok y étaient ainsi répertoriées.

Le travail d’investigation pour retrouver la provenance d’une oeuvre acquise dans une collection est non seulement de longue haleine, mais nécessite une méthodologie quasiment notariale et une patience de bénédictin. Il s’agit en effet de reconstituer le puzzle administratif et commercial de chacune des oeuvres et en retrouver toutes les pièces comptables et actes de propriété indispensables et notamment les documents douaniers d’exportation

Pierre-Alain Lévy et Julius Kleiner correspondant de Wukali aux USA.


WUKALI 01/07/2014


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