A impressive historical research.


Théodose, dit le Grand, empereur romain, né en Espagne vers 347, mort à Milan le 17 janvier 395, empereur du 9 janvier 379 au 17 janvier 395.

Théodose Ier est un des empereurs les plus importants de l’antiquité tardive, mais qui a fait l’objet de peu d’études scientifiques tant sa mémoire a été décriée, tant il y a d’écrits le concernant véhiculant une image quelque peu faussée de ce qu’il fit et de l’homme qu’il fut.

Bernard Lançon vient de publier aux éditions Perrin une biographie qui restitue parfaitement l’action de cet empereur à son époque, en essayant de surmonter les lieux communs qui le concernent depuis plus de 1600 ans. Ce n’est que la troisième biographie en français, la première est celle de Fléchier (de l’Académie Française en… 1679,) la seconde est de Pierre Maraval en 2009.

Bernard Lançon procède à une critique serrée des sources antiques, en les resituant non seulement dans leur contexte mais aussi par rapport aux messages que leurs auteurs souhaitaient faire passer à la postérité. Un auteur chrétien n’a pas les mêmes buts qu’un païen, un anti chrétien comme Zosime n’a pas du tout les mêmes sentiments vis-à-vis de Théodose que l’évêque Ambroise. Mais surtout, l’auteur se comporte en historien, dans le sens où il explique l’action de Théodose dans la culture, les mentalités, les façons de percevoir l’homme, le monde à la fin du IV siècle et non par rapport au corpus intellectuel de notre époque.

Théodose est le fils de Théodose le vieux, brillant général exécuté sur l’ordre de Gratien. Trois ans après, poussé par les événements (la mort de Valens lors de la désastreuse bataille d’Andrinople), Gratien associe Théodose au trône comme troisième Auguste chargé de la partie orientale de l’empire. Théodose qui s’était déjà fait remarquer par ses talents militaires, a pour principale mission de lutter contre les goths qui ravagent cette partie de l’empire. C’est ce qu’il finit par faire, après de brillantes victoires, en 382 en les installant à Messie. Cela lui permit d’intégrer dans son armée des contingents « barbares » qui s’avéreront décisifs plus tard. |left>

Il fait aussi la paix avec les Perses, aboutissant à la stabilisation des frontières orientales de l’empire.

En 387, Gratien est assassiné par Maxime obligeant Théodose à intervenir en occident. Il vainquit l’usurpateur à la bataille d’Aquilée. Il revint en Italie en 394 quand Eugène se fut proclamé empereur après l’assassinat de Valentinien II (392). Il le battit à la bataille du Frigidus (de l’eau froide) et devint le dernier empereur régnant seul sur toute l’étendue de l’empire. Il mourut quelque mois après, laissant l’empire à ses deux fils Arcadius (l’orient) et Honorius (l’occident).

Théodose est issu d’une famille aristocratique romaine, mais par son second mariage avec Galla, sœur de Gratien et de Valentinien II, il est entré dans la famille impériale ce qui renforça sa légitimité.

Théodose est né dans une famille chrétienne, religion qu’il partageait avec les deux autres Auguste. Il s’est fait baptisé en 380 alors qu’il est malade, faisant de lui le premier empereur chrétien baptisé durant tout son règne (Constantin se fit baptisé sur son lit de mort). Il était chrétien, et, symboliquement, le baptême lui sauva la vie, alors que celui de Constantin amena la mort car il reçut un baptême hérétique car arien.

Théodose est, faussement, passé dans l’histoire comme un empereur ayant eu des liens privilégiés avec les chrétiens extrémistes, ayant soumis le pouvoir temporel au pouvoir spirituel. Bernard Lançon démonte cette idée reçue de façon convaincante et, espérons le, définitive.

Soit, plusieurs de ses édits ont non combattu l’hérésie et le paganisme, mais plutôt privilégié le christianisme. Dés 380, il prenait l’édit de Thessalonique qui rend la religion chrétienne comme étant la seule reconnue par l’état et en 381, il réuni un synode où participent les 150 évêques d’orient qui réaffirme les dogmes du concile de Nicée. Soit il fait cesser les cultes antiques dont les Jeux Olympiques. Soit, il condamne l’homosexualité. Soit, il chasse les ariens de leurs églises et fait fermer les temples païens, mais avec la volonté de leur garder leur destination de lieux publics. Mais il ne provoque aucune répression contre les païens, et le moindre des paradoxes est que de nombreux membres de son proche entourage sont des païens auxquels il n’est fait aucune pression pour qu’ils se convertissent. De plus, il combat les extrémistes chrétiens, il se méfit des moines et leur interdit de résider dans les villes, et quand la synagogue de Kallinikon est détruite, il veut obliger la population à dédommager la communauté juive et prend des édits la protégeant.

Bernard Lançon s’attarde à étudier les relations souvent houleuses entre Théodose et Ambroise, évêque de Milan. Il met fin à l’interprétation des événements de 390 qui aurait aboutit à l’humiliation de l’empereur devant le prélat. En 390, les habitants de Thessalonique se révoltent et tuent des magistrats. Contre l’avis d’Ambroise, il ordonne un massacre de la population (entre 7 et 10 000 morts). Jamais les portes de la cathédrale de Milan ne lui furent fermées malgré une légende durable mainte fois reprise dans l’iconographie occidentale et, quand il fit pénitence devant l’évêque, il ne faisait que suivre une procédure de constriction habituelle à son époque. Bien plus qu’une soumission du temporel au spirituel, Théodose (et Ambroise) dissocie les deux pouvoirs. Théodose est le premier empereur qui ne portera pas le titre de pontifex maximus. Il a sa religion, ne l’impose pas, et ses décisions politiques ne doivent pas recevoir l’imprimatur d’un quelque pouvoir spirituel. L’homme a fauté, il doit reconnaitre son erreur pour gagner son salut, mais l’empereur doit assurer le bonheur de ses sujets et donc régner suivant les intérêts de l’Etat. Théodose ne déclencha aucune guerre de religions, les deux usurpateurs qu’il combattit, étaient eux aussi des chrétiens. Des mauvais chrétiens ce qui, pour Ambroise, explique leurs défaites : Maxime avait laissé détruire des synagogues à Roma et Eugène permit la réouverture de temples païens.
Théodose, à l’inverse de Constantin et de ses successeurs n’a construit aucune église, et même a mis sous tutelle un membre de sa famille, Olympia, qui dépensait sa fortune en dons à des organismes religieux.

Théodose fut un législateur, au moins 550 lois lui sont attribuées. Or, à leur étude, on s’aperçoit que celles portant sur les problèmes religieux n’arrivent qu’en cinquième position avec 45 lois : 20 s’attaquent aux hérétiques, 5 aux apostats et seulement 6 aux païens, ce qui est très faible pour un empereur passant pour un destructeur du paganisme !|center>

L’œuvre que Théodose a bâtit en 16 ans est immense. Il a réussi à établir la paix aux frontières, sortit vainqueur de deux guerres civiles, combattit la corruption en essayant de réformer l’administration de l’Empire. Il est le premier empereur chrétien, mais sut faire montre de tolérance vis-à-vis des adeptes des anciennes religions. Il se méfiait des extrémistes et essaya de modérer leurs ardeurs. Il protégea les juifs.

De fait, l’image que l’histoire a retenu de lui est celle d’un empereur parfois colérique, impulsif, souvent bigot, soumis à l’Église, l’empereur qui accéléra la chute de l’empire romain. Bernard Lançon montre qu’il n’en fut rien. Théodose est un empereur de son époque, un empereur mais aussi un homme, un chef d’état mais aussi un croyant qui su bien faire la distinction entre le temporel et le spirituel.

Le livre de Bernard Lançon est accompagné de nombre de notes et d’une très riche bibliographie permettant au lecteur qui le souhaite d’approfondir ses connaissances de cette époque charnière dans l’histoire de l’Occident.

Félix Delmas
Chroniqueur de www.wukali.com


Théodose
Bernard Lançon

Éditions Perrin. 23€


WUKALI 13/10/2014


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