A poetic journey into Chagall’s work


L’exposition bruxelloise « Chagall- Une rétrospective » retrace entièrement l’œuvre de Marc Chagall (1887-1985), peintre d’origine biélorusse et naturalisé français, de ses années de formation à ses œuvres finales. Plus de deux cents de ses œuvres y sont exposées dans les pièces du sous-sol de l’un des principaux musées de Belgique. Un bémol déjà pour la muséographie : elle s’appesantit bien de trop sur les années de formation, pas spécialement brillantes ; elle expose trop de toiles sur des espaces contigus, souvent rapprochées à l’extrême, parfois jusqu’à la caricature (quel intérêt pour le regard de placer 7 toiles sur un même mur ?), et ce alors même que les murs du musée sont déjà colorés. Un audio-guide est disponible gratuitement, mais le manque d’informations visuelles (composés de textes courts écrits dans une typographie minuscule) n’éclaire guère sur l’œuvre si l’on fait le choix de ne pas le prendre.

Les années de formation du peintre, sans rentrées dans une catégorie particulière, piochent dans les influences des avant-gardes de la fin du XIXème et du XXème : géométrisation empruntée aux cubistes, rapports éclatés des couleurs des Fauves, influences du rêve du mouvement orphique initié par Robert Delaunay, réductions des objets qui n’auraient pas déplu à un Van Gogh ou à un Gauguin. Si l’on peut louer les tentatives expérimentales en matière de couleur, on ne peut pas dire qu’elles aboutissent à un enchantement du regard : bien qu’il utilise de nombreux rappels entre les différentes parties de ses toiles, son usage trop anarchique des couleurs surchargent ses toiles. Sur de petits et moyens formats principalement, les touches et les lignes manquent de puissance, donnant à l’ensemble une sorte de fébrilité agaçante. La toile La Tentation de 1912 est l’une des seules à se démarquer par la force qu’elle dégage de son organisation de l’espace et par sa géométrisation assumée. Les toiles Maison à Vitobsk, témoigne de ces lignes faibles, En route en 1923 est marquée par des reliefs peu agréables, et Jour de fête en 1924, montre une gestion des espaces écrasante. Même les représentations des visages ne parviennent pas à convaincre. Du coup, de ces années de formation, ce sont les toiles dont la couleur dominante est noire qui viennent soulager le regard.

C’est à l’approche de la guerre et surtout après la guerre que l’œuvre devient plus subtile et raffinée, comme si les objets traités (l’exil du peuple juif, la Seconde Guerre Mondiale) par Chagall l’obligeaient enfin à gagner en profondeur. L’originalité affichée gagne elle aussi en maturité : l’usage des couleurs se veut plus simple (il en réduit le nombre jusqu’à atteindre parfois le monochrome) sans tomber dans un classicisme ennuyant et déjà vu. Les toiles Portrait de Vera (1953) et Le Cirque rouge (1965) se démarquent ainsi dans l’œuvre du peintre. L’emprunt au sacré et le retour à la représentation de visages graves, tristes, ou inexpressifs donnent à ses toiles une sensation de plénitude qui leur manquaient jusque là. Le passage à des formats plus grand lui sied bien : de loin, ses toiles ne ravissent pas toujours le regard, mais de près, elles nous autorisent à pénétrer doucement dans son univers, et arrivent surtout à contenir l’ensemble chargé du style du peintre. C’est peut-être aussi que l’œil finit par s’habituer à ces distorsions chromatiques peu habituelles. En définitive, une très longue exposition pour peu d’authentique bonheur visuel.

Ambroise A. Evano


Exposition « Chagall – Une rétrospective »
Musée Royaux des Beaux-Arts de Belgique

rue de la Régence 3. 1000 Bruxelles

Ouverture: du mardi au vendredi de 10h à 17h, le week-end de 11h à 18h


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