This splendid exhibition in this exquisite Parisian museum, just pure beauty !


Du 10 septembre 2015 au 7 février 2016, le musée Marmottan Monet crée l’évènement en présentant la collection de la Villa Flora pour la première fois en France.

Les Nabis et les Fauves, invités d’honneur.

Près de 80 chefs-d’œuvre de Pierre Bonnard, Paul Cézanne, Giovanni Giacometti, Ferdinand Hodler, Aristide Maillol, Édouard Manet, Henri-Charles Manguin, Pierre-Albert Marquet, Henri Matisse, Odilon Redon, Pierre-Auguste Renoir, Félix-Édouard Vallotton, Vincent van Gogh et Édouard Vuillard. Tous ces géants de la peinture témoignent de l’histoire de ce couple passionné par les arts.

Les œuvres voyagent hors de Suisse pour être présentés dans l’hôtel particulier du XVI arrondissement, le musée Marmottan-Monet, lieu mythique dans la capitale, qui a pour vocation de faire découvrir des chefs d’œuvres provenant des prestigieuses collections particulières.

La Villa Flora des Hahnloser qui abrite ces trésors est incontestablement un autre écrin de prestige. |center>

Cette maison bourgeoise située dans la banlieue de Zurich, à Winterthur, est ouverte au public depuis 1995. On peut donc y découvrir depuis peu, grâce aux petits enfants Hahnloser, les œuvres d’impressionnistes, de Nabis et de Fauves… Si ces Maîtres ont, pour la plupart, planté leur chevalet dans le sud de la France (le casting fait penser au grand Atelier du midi de 2013, sur Aix et Marseille), ils ont aussi choisi de peindre à la Villa Flora, partageant d’heureux moments auprès de leurs hôtes, les collectionneurs de Winterthur, le Dr Arthur Hahnloser (1870 – 1936), ophtalmologiste, et sa femme Hedy Hahnloser-Bühler (1873 – 1952). Initiée dès son plus jeune âge à l’art Hedy possède une belle sensibilité artistique. Elle hérite de sa famille et va faire l’acquisition de cette maison qui sera agrandie et joliment transformée, « sur mesure » pour accueillir de plus en plus d’œuvres et recevoir les artistes devenus des amis du couple. Villa Flora, un lieu d’échanges, un véritable show room des plus grandes évolutions picturales du début du XXe siècle.|center>

Une collection réunie entre 1906 et 1936.

Pour le couple suisse, il s’agit de découvrir une peinture, une proposition artistique, commente Marianne Mathieu, adjointe au directeur, chargée des collections du musée, et ensuite faire connaissance avec les artistes avec lesquels ils vont se lier d’amitié. Le couple sera notamment conseillé par Félix Vallotton et Henri Manguin, et traiteront avec les grands marchands d’art de l’époque. (Eugène Druet, Ambroise Vollard, Bernheim)

Giovanni Giacommetti, père d’Alberto, dont ils vont acquérir plusieurs œuvres, les conseillera aussi, précise Marianne Mathieu Il les incitera à se tourner vers la scène parisienne, et notamment découvrir Cézanne dont ce sera la rétrospective en 1907. Avant de se tourner vers Paris, le couple de collectionneur va s’intéresser à une autre figure capitale de l’Art, Ferdinand Hodler. Ils considèrent Le cerisier, peint vers 1906 comme la toute première œuvre de leur collection, même si le couple avait déjà acquis auparavant d’autres tableaux d’artistes suisses. Il a valeur de symbole précise encore Marianne Matthieu. Le Cerisier de Hodler, renvoie à la jeunesse, à l’émergence de la vie…

Le plaisir de peindre à la Villa Flora est évident et ce bonheur de vivre s’affiche sur des clichés qui accompagnent certaines toiles. Ces photos rendent compte de l’atmosphère si particulière. Une bulle en ces temps troublés.

Le public pourra découvrir entre autres tableaux célèbres, La blanche et la noire (1913) acquis en 1914, et Le chapeau violet (1907) de Vallotton, le Nabi le moins connu dit-on. Et pourtant, quelles audaces picturales derrière cette discrétion légendaire. C’est un passionné qui ose, même si la rigueur et le sérieux du trait se lisent dès le premier regard comme le prouve, si besoin était, sa version originale et incroyable de l’Olympia de Manet ! Un tableau plein de mystères. Osé : une femme blanche, aux yeux mi clos, allongée sur un lit. Assise à ses côtés, une femme noire, cigarette à la bouche, l’observe. Il y a de l’érotisme dans bon nombre de ses toiles et la peinture est provoquante pour l’époque. Peu érotique cependant le tableau de la Femme au chapeau violet. La belle met de la distance entre elle et le spectateur, un froid s’installe mais la toile n’en n’est pas moins admirable.|center>

Effet de glace, (1909) à la composition sophistiquée, organisée selon un rituel comme toujours chez Pierre Bonnard lorsqu’il aborde ce thème : la bassine ou tub, le miroir, la table de toilette : la femme est debout, penchée. Elle se lave, s’essuie, mais tout est prétexte à jouer avec les lumières, les couleurs froides et chaudes et les reflets dans le miroir. Une façon encore de s’interroger sur la conception traditionnelle de l’espace.

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L’Embarcadère de Cannes (1934) de Bonnard, a été choisi pour l’affiche. On y retrouve la lumière intense du midi de la France. Pour l’anecdote, commente Marianne Mathieu, Bonnard n’était pas satisfait du résultat. Il la retravailla en atelier, ajoutant une structure jaune sur la partie gauche du tableau. Voilà qui apporta l’équilibre attendu à la composition.

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Le semeur(1888) de Van Gogh, fait partie de la collection tout comme Amazone(1883) de Manet, joliment traitée à la manière d’une esquisse ; Portrait de l’artiste de Cézanne, où le maître d’Aix apparaît bien plus vieux que son âge (36 ans). Mais soigner l’apparence n’était pas le propos de l’artiste dont les questionnements allaient bientôt révolutionner la peinture. L’exposition nous livre encore quelques chefs d’œuvre tels que Nice, cahier Noir (1918) de Matisse. Le couple fit l’acquisition d’œuvres d’Henri Matisse tardivement. Des amis artistes leur signalèrent l’importance de son travail, précise encore Marianne Mathieu. En achetant une maison à Cannes, ils se rapprochèrent de Matisse qui passait également une bonne partie de l’année dans le midi à partir de 1917. De nombreux échanges amicaux vont s’établir.

On peut encore découvrir La partie de dames à Amfréville (1906) de Vuillard ou encore Les anémones (1912) de Redon ou Le Rêve, deux autres figures majeures. Vuillard rejoindra Vallotton et Bonnard dans leur intérêt pour l’art japonais et ses points de vue multiples et la partie de Dame est en tout point audacieuse. Composition, coloris subtil, un fond à la limite de l’abstraction, et une façon théâtrale d’animer la scène. |left>

Pas de point de vue surprenant dans l’œuvre néanmoins admirable d’Henri Manguin, la sieste. Jeanne, dans sa chaise longue, son rocking- chair parait-il, se tourne vers nous mais ne nous voit pas. Elle se repose à l’ombre, et on admire en silence la baie ensoleillée, la végétation luxuriante qui lui sert de décor, on entend la mer au loin et le souffle de la respiration de la jeune femme endormie ! Magnifique chant de la vie !|center>

Il faut encore noter un remarquable accrochage, une belle mise en espace des tableaux ainsi que des photographies provenant des archives de la Villa Flora. La douce atmosphère qui y régnait, notamment dans les scènes d’intérieur, est palpable.
Une superbe exposition, à ne pas manquer !

Petra Wauters


Exposition: Villa Flora, les temps enchantés
Musée Marmottan-Monet

2, rue Louis-Boilly. 75016 Paris

Commissaire de l’exposition : Angelika Affentranger-Kirchrath, Conservatrice de la Villa Flora, Winterthour

Horaires d’ouverture
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, dernière entrée : 17h30
Nocturne le jeudi jusqu’à 21 h, dernière entrée : 20h30. Fermé au public le lundi
(Temps de visite : 1h30 en moyenne)


WUKALI 11/09/2015
Courrier des lecteurs : redaction@wukali.com

Illustration de l entête: Félix Vallotton. La Blanche et la Noire. 1913. Huile sur toile, 114 x 147 cm. Hahnloser/Jaeggli Stiftung, Winterthur © Hahnloser/Jaeggli Stiftung, Winterthur. Photo Reto Pedrini, Zürich


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