Long after the Mao’s epoch, somewhere in China in a shabby industrial city


Le Rhus Verniciflua est vulgairement appelé « l’arbre à laque » ou « sumac au vernis » ou encore « sumac d’Extrême Orient ». C’est à partir de sa sève, mainte fois travaillée que se fait la plus belle laque dont se servent les artisans chinois pour embellir leurs meubles, certains ustensiles, etc.

Un de ces arbres, depuis des temps immémoriaux, se trouve sur la parcelle de terre autour d’une maison dans la banlieue de Sheyang où vit, survit, la famille Zhang. Tout autour ce ne sont que des ruines d’usines, d‘entrepôts désaffectés, restes de cette Chine maoïste devenue obsolète, car ne remplissant plus les conditions de rentabilité financière actuelle.

Whei, le père de famille, est au chômage, ne fait vivre sa famille (son épouse, sa fille, ses beaux-parents, le grand oncle) que grâce aux allocations chômage et aux petites rapines qu’il fait. Ce qui lui importe est de trouver du charbon pour pouvoir entretenir le poêle tout au long des hivers très rigoureux de la province. Son obsession est de trouver assez d’argent pour pouvoir acheter la maison à l’honorable monsieur Fang suivant une promesse que ce dernier fit aux parents de Whei. Ceux-ci sont enterrés au pied de l’arbre et leur fils leur brûle régulièrement de l’encens afin qu’ils l’aident ici-bas.

Il finit après de grandes privations à réunir l’argent nécessaire à l’achat de cette maison, mais Monsieur Fang ne se révèle pas être la personne pleine de bonté et d’empathie que Whei pensait qu’il fut, et en plus, un projet minier prévoit de raser tout ce quartier de Sheyang.

Olivier Bleys signe un beau roman sur le rêve, sur le refus de certains de s’adapter aux évolutions du monde moderne, sur l’attachement de l’homme à la terre, à sa terre. Mais aussi sur les déclassés d’une société industrielle et financière qui ne pense qu’au profit au détriment de l’homme, qui méprise les pauvres car perçus comme des perdants et non comme porteurs de rêves non liés à la consommation. A elle seule, la scène du mah-jong qui n’est pas sans faire penser à l’extraordinaire partie de cartes de « L’argent de la veille » de Comencini, montre ce dédain, cette incompréhension, ce décalage entre deux univers qui ne peuvent plus communiquer sainement.

Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes est aussi un conte sur les liens entre l’homme et la nature, sur l’immuable face au superficiel, sur le poids de l’histoire et des traditions face à l’immédiateté et au courtermisme. Pour autant, il n’y a aucune nostalgie sous la plume d’Olivier Bleys, mais une écriture limpide au service d’un constat, au service des plus pauvres, au service des « déclassées », au service de ceux qui ont une vérité en eux et que le reste de la société ne veut pas écouter.

Emile Cougut


Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes

Olivier Bleys

éditions Albin Michel. 20€


WUKALI 03/10/2015
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