A novel written by the famous author of The Rabbi’s cat


Le nouveau [**Sfar*] vient d’arriver. Pas une bande dessinée, non, mais un nouveau roman, la suite du Le niçois. Car outre d’être un des dessinateurs les plus doués de sa génération, [**Joann Sfar*] est aussi un écrivain avec un talent certain. Peu importe si vous n’avez pas lu le premier opus de la série, si Farniente est la suite de Le niçois, c’est un livre qui « s’auto-suffit », qui décrit un moment, une histoire unique avec un vrai début et une vraie fin.

Le niçois c’est Jacques Meranda, l’ancien maire de Nice qui est parti en Amérique du Sud, poursuivit par la justice. Il est revenu dans « sa » ville dont le maire, enfin l’ancien maire devenu le président de l’agglomération niçoise, n’est autre que son fils adultérin, Christian Lestrival, ancien champion de moto. Tout rapport avec des personnages ayant existé ou existant est bien entendu voulu et assumé par l’auteur. Les rapports entre le père et le fils sont difficiles pour ne pas dire marqués essentiellement par des silences. Ils ont beaucoup de chose à se dire, mais n’arrivent pas à trouver les mots pour s’exprimer.

On est le 14 juillet 2016, Meranda veut aller voir le feu d’artifice sur la Promenade, mais est obligé d’aller au restaurant avec son fils pour un repas de travail. Et c’est là, alors qu’il s’ennuie, ne pense qu’à partir, qu’il apprend l’attentat. Il s’ensuit des pages d’une rare intensité, d’une rare beauté, d’une rare profondeur, avec une pointe d’humour qui permet à ce que l’angoisse ne prime dans l’esprit du lecteur.

Marenda est comme saoul, ne comprend pas bien ce qui se passe dans sa ville, mais reste lucide, reste l’homme politique désabusé qu’il est devenu, l’amoureux de sa ville. Au centre de l’horreur il reste d’une totale lucidité, ne se fait guère d’illusion : on n’est pas à Paris après le Bataclan, on est à Nice et au lieu d’une communion nationale, c’est le déchirement, la haine, le rejet qui va s’instaurer ; pour preuve cet homme qui de sa voiture insulte une femme car d’origine maghrébine « dehors les bicots c’est de votre faute », alors qu’elle essaie de ranimer son mari ou son fils. Des corps partout, des gens qui ont peur, et cet homme, Pascal Leonardi, qui en masssacre un autre. Il faut dire que ce dernier commençait à vendre des objets récupéré sur des victimes sur le site du Bon Coin.

Marenda veut fuir cet horreur, cette ville, mais il n’a plus d’argent, alors il va essayer d’en trouver chez ses « amis », les patrons de la pègre locale. Là il rencontre le Coiffeur, un lorrain qui vient de perdre quelques kilos de cocaïne. Mais n’est-ce pas lui l’homme du scooter qui a essayé d’arrêter le camion ? L’ancien maire va le suivre, se rattacher à lui, le seul qu’il peut considérer comme un héros, qui l’empêche de tomber dans un pessimisme total. Mais le Coiffeur n’est pas celui qu’il croit. Après bien des péripéties, Miranda se retrouve gardien d’une villa de milliardaire et tombe amoureux (et réciproquement) de sa voisine, ancienne comédienne porno.

Mais ce n’est pas fini car arrive de Paris, deux producteurs (dont la maîtresse du président de la République) avec des stocks de drogue et des valises pleines de billets qui souhaitent rencontrer des salafistes non djihadistes pour que l’on ne confonde pas traditionalisme et terrorisme. S’ensuit une scène dantesque dans un bar à entremetteuses que même Audiard n’aurait osé imaginer. Une critique à l’acide de la « bien pensance » des bobos parisiens et de leur incompréhension par rapport à la « vraie vie ». Et cette scène finit par une réflexion sur la Vérité digne des meilleurs livres de philosophie. « La première victime de ces massacres c’est la vérité. Plus personne ne veut d’elle. Elle est sous le camion et on lui roule dessus chaque jour que Dieu fait. La vérité, c’est que toutes ces catégories de race et d’épiderme et de voile sur la tronche et de salut Hitler et d’équipes ennemies, tout cela n’existe que si on en parle. Et on ne parle de rien d’autre. »

Farniente c’est aussi, voire surtout la postface : le magnifique cri d’amour et de haine de Joann Sfar pour sa ville natale, sa réaction par rapport à l’attentat du 14 juillet, son incompréhension, sa volonté de comprendre et de continuer son chemin de tolérance, de compréhension pour essayer de construire une société meilleure.

Farniente est un cri de douleur dans la noirceur de notre société égoïste et individualiste vers la lumière d’un monde meilleur.

[**Émile Cougut*]


[**Farniente
Joann Sfar*]
éditions Michel Lafon. 18€95


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WUKALI 04/04/2018)]

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