When the King of France decided to lure Venitian glassmakers to come and work in France


[**Versailles*], la galerie des glaces. Ce symbole du pouvoir absolu voulu par [**Louis XIV*], envié, imité dans le monde entier, cet endroit qui nous paraît être une évidence, est bien loin d’en être une. Sans le génie (et la rouerie) de [**Colbert*], vu le prix à l’époque d’un miroir de Venise, peut-être que cette galerie n’aurait pas existé, ou du moins dans les dimensions que nous lui connaissons.

Arrivé au pouvoir grâce à la recommandation de [**Mazarin*], Colbert va mettre en place la première vraie politique industrielle en France. Plutôt que de voir les richesses du royaume partir à l’étranger afin d’acheter des produits de luxe, il comprit qu’il valait mieux les fabriquer en France et durement taxer ceux arrivant de l’étranger. C’est de cette époque que datent aussi bien la culture du vers à soie dans les Cévennes, la fabrication de tissu à Lyon, des tapisseries à Aubusson ou aux Gobelins, et j’en passe. C’est aussi grâce à Colbert que la France a développé toute un savoir faire dans le domaine verrier et plus particulièrement des miroirs.

Au début du XVIIè siècle, de fait, les miroirs les plus recherchés car plus grands, mieux faits, etc, étaient ceux de la [**république de Venise*], et plus exactement ceux fabriqués à Murano. [**Murano*], cette petite île sur la lagune était quasi exclusivement orientée vers la fabrication du verre en général et des miroirs en particulier. Les travailleurs étaient régis par des règles très strictes édictées par les différents corps de métiers avec la bénédiction des autorités de la République qui souhaitait garder les secrets de fabrications, essentiellement à cause des rentrées fiscales que les ventes représentaient.

Trahir les secrets de fabrication étaient punis de mort, sans compter les avanies pesant sur la famille du traître. Plus d’un État européen avait essayé de dévoyer un de ces maîtres, mais en vain.

En France existait déjà une économie du verre, en Normandie et surtout à Nevers, mais pas un atelier ne maîtrisait parfaitement la fabrication de miroirs.

Colbert voulait que la France concurrence Venise et fabrique ses propres miroirs. Aussi en 1665 est créée par Louis XIV une manufacture royale de glace de miroirs (dans laquelle Colbert place sa famille et ses obligés). Pour qu’elle puisse produire, il faut réussir à faire venir des maîtres verriers de Murano. Grâce à une action des ambassadeurs auprès de Venise (mais aussi grâce à une diplomatie beaucoup plus secrète), une certain nombre de maîtres et ouvriers arrivent à Paris où ils seront couverts d’honneur. La diplomatie vénitienne fera tout pour les faire revenir dans la mère patrie. Même si tout ne se passe pas comme prévu : les verriers sont capricieux, ne forment pas des apprentis comme prévu, se plaignent beaucoup et finissent par repartir à Murano, il n’en demeure pas moins que la France arrive à produire des miroirs et, quelques entrepreneurs à Nevers ou en Normandie, perfectionnent même l’art de fabrication. De fait, dans une Venise qui entre dans une totale décadence, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même, Colbert a su, au moment idoine, profiter des faiblesses de la République : elle a beau protester, fulminer, elle n’a plus véritablement les moyens de sa diplomatie et sait qu’elle a plus à perdre en ayant la France comme ennemie que comme alliée.
Murano ne fait presque plus de miroirs, la manufacture royale de glace de miroirs est devenue la compagnie Saint-Gobain, l’histoire a donné raison à Colbert.

Dans L’affaire des miroirs de Venise, [**Florence Vidal*] nous raconte cette histoire, la remet en perspective depuis l’établissement des verriers à Murano jusqu’à nos jours ; dresse le portrait, avec parfois de courtes mais précises et précieuses biographie des principaux protagonistes de cette affaire ; nous explique les principaux mécanismes de pouvoir au sein de la République vénitienne et les principales causes de son déclin. Et puis, le passage avec [**Casanova*] à partir des mémoires de ce dernier, au-delà du plaisir que nous a offert de tout temps cet auteur, illustre parfaitement la décadence de la République.

Oui le grand siècle, la politique économique de Colbert étaient basées avant tout sur l’espionnage économique. Une belle histoire de ce que l’on appellerait de nos jours de l’intelligence économique.

[** Félix Delmas*]


[**L’affaire des miroirs de Venise
Florence Vidal*]
Serge Safran éditeur. 18€90


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WUKALI 25/04/2018)]

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