A novel from Brazil, right in the midst of the actuality


L’actualité est là, terrible, implacable : après avoir fait quelque peu rêver, le [**Brésil*] tombe de plus en plus rapidement dans la crise et surtout dans la violence. Le plus grand pays d’Amérique latine est devenu un des endroits les plus dangereux au monde où les assassinats et autres morts violentes se comptent par centaine tous les jours.

Un homme qui fit son jogging à Porto Alegre est qui est tué d’une balle dans la tête pour se faire voler son téléphone portable, c’est tout juste une banalité qui ne fait même plus l’objet de quelques lignes dans la rubrique faits divers des journaux. C’est à partir de ce fait divers que [**Daniel Galera*] commence son dernier roman traduit en français.

La victime n’est pas n’importe qui, c’est Andrei Dukelsky, juif pas du tout pratiquant ni croyant dont les ancêtres ont immigré au Brésil pour fuir les pogroms d’Europe de l’Est. Duc, son surnom, était considéré comme étant l’écrivain brésilien le plus prometteur.
Ils sont trois, trois qui ont connu Duc il y a une vingtaine d’année quand tous les quatre ont lancé un des premiers fanzines numériques du pays, L’orang-outan. Chacun a suivi sa voie: Aurora qui a quitté ses études de journalisme pour faire des recherches en biologie des plantes, qui vient de se faire « coller » à sa première année de doctorat par un « mandarin » jugeant les capacités intellectuelles des femmes à leur plastique ; Emiliano, le plus âgé du groupe, journaliste pigiste, homosexuel, amoureux de Duc et qui se voit confier la tâche d’écrire une biographie de ce dernier ; Antero, le fils à papa, dirigeant une société de publicité fleurissante, marié. Le « créatif » du groupe, l’homme à femmes, le play-boy certain de sa puissance et de son attrait sexuel.

Aurora, Emiliano, Antero se retrouvent lors de l’enterrement de Duc, chacun raconte son histoire, leurs relations avec l’écrivain, leur présent, leurs rêves, leurs échecs. Se dessine un portrait très contrasté de Duc, ses masques, ses multiples facettes, et à travers lui et leurs jeunesses, le portrait d’une génération qui est en train de réinventer l’art, les rapports sociaux, la sexualité à l’heure de l’arrivée d’Internet, de Facebook et autres réseaux. Mais, malgré les avancées de la société, force est de reconnaître que pas un n’a la vie qu’il espérait avoir, que les changements sont bien moins rapides que souhaités, que leur statut social aux jours de la mort de Duc, n’est guère différent que celui qu’ils auraient eu une vingtaine d’années avant.

La jeunesse rêve, la réalité lui amène bien des désillusions. Tout ce qui reste se sont des regrets face à des occasions manquées ou des choix non faits : « Il y a des choses qu’on a envie de vivre et qu’on ne vit jamais. Parce qu’on ne peut pas, parce qu’on ne se le permet pas. Ces choses sont comme des petits monstres élevés au fond d’une cave. Ils grandissent. Ils dépérissent. Ils se déforment. On ne peut savoir ce que la cave fera d’eux. Mais ils y restent. La seule chose que le petit monstre ne fait pas, c’est disparaître. Tant que nous vivons, il vit aussi  ».

Le moins que l’on puisse dire c’est que c’est loin d’être optimiste, mais ô combien réaliste.
En lisant[** Minuit vingt*], on ne peut pas ne pas penser à la « movida » espagnole des année quatre-vingt, les espoirs qu’elle a portés, véhiculés et des désillusions qui parcourent la société actuellement.

[**Daniel Galera*] est un jeune écrivain qui est en train de faire évoluer la littérature sud américaine, délaissant le « surnaturel », il plonge de façon chirurgicale dans les méandres, les ruptures de la société brésilienne actuelle.

[** Émile Cougut*]


[**Minuit vingt
Daniel Galera*]
éditions Albin Michel. 20€



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WUKALI Article mis en ligne le 29/10/2018)]

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