When a Pritzker Prize project kicked off into the French political melting pot


Son nom à jamais est inscrit dans la lignée des architectes qui ont revêtu Paris de gloire et de lumière. C’est en effet [**Ieoh Ming Pei 貝聿銘*] qui fut choisi par [**François Mitterand*] pour le chantier du Louvre, on lui doit la construction de la grande pyramide. Il vient de mourir à New York le 16 mai à l’âge de 102 ans. Il était né à Suzhou en Chine et avait obtenu le prestigieux Pritzker Price en 1983.

En 1935, Ieoh Ming Pei quitte la [**Chine*] pour les [**Etats-Unis*] pour étudier l’architecture. Son pays sous l’invasion japonaise est en guerre, la région de Shanghai d’où sa famille est originaire subit les assauts dévastateurs de l’armée impériale nippone. Il s’inscrit tout d’abord à l’université de Pennsylvanie à Philadelphie, puis rapidement à [**Harvard*] au Massachusetts Institute of Technology. Empêché de revenir en Chine quand éclate la Seconde guerre Mondiale, il fait carrière aux États Unis, il prendra la nationalité américaine en 1954.

Tout son oeuvre d’architecte et toute sa personnalité se retrouvent entre le shi [**是*] ( le vrai, le correct, la parole), et le caractère zhi, [**智*] (la sagesse, l’intelligence, la volonté, l’idéal, la figure du coeur).


Il inscrit son travail dans une posture d’équilibre et d’enracinement ce qui lui doit rapidement une renommée tant aux États-Unis, Laboratoire sur la recherche atmosphérique à Boulder au Colorado, aéroport J-F Kennedy à New York, l’extension de la National Gallery of Art de Washington qu’à Paris bien entendu avec la pyramide du Louvre en 1989.

Cette pyramide de verre que d’encre en a-t-elle fait couler! Que de fluides a-t-elle excités au coeur de la société française pour agacer le marigot politique. Quelques mois après son entrée en fonction, le président François Mitterand a décidé d’une politique de grands travaux renouvelant ainsi, de [**Henri IV*] à [**Napoléon III*], cette volonté d’inscrire une vision de l’état et de la nation dans la pierre et l’architecture et d’associer l’universel ( l’art, la beauté) dans l’identité nationale. Ce sera l’opéra Bastille ( architecte [**Carlos Ott*]), la Grande Arche de la fraternité à la Défense ([**Johann Otto von Spreckelsen*] et [**Erik Reitzel*]), la Bibliothèque nationale de France( [**Dominique Perrault*]), et bien évidemment le colossal chantier de rénovation du Louvre.

[**La pyramide du Louvre*]

[**Jacques Lang*] alors ministre de la culture, avait fait valoir dans une lettre auprès de [**François Mitterand*] la nécessité de moderniser le Louvre et de l’adapter tant aux exigences de ses prestigieuses collections qu’aux impératifs d’accueil de ses visiteurs. Dans une note marginale dont il avait le secret, le chef de l’état lui avait répondu : «Bonne idée, mais difficile (par définition comme toutes les bonnes idées)...»


Le projet Grand Louvre est confié à [**Émile Biasani*], grand commis de l’état, chargé des Grands Travaux. Il sélectionne sans concours [**Ieoh Ming Pei*] qui lui a présenté son projet…

Les cris d’orfraie des conservateurs de tous genres et de tous poils, ceux des métiers de la conservation artistique et des architectes, rejoignant la cohorte politicienne et parisienne de l’opposition municipale n’ont de cesse de crier à l’outrage, au viol fait sur le patrimoine, pour ne pas dire comme l’osèrent sans vergogne certains, à l’insulte à la mémoire nationale ! La presse d’opposition éructe.

Un florilège: « Degré Zéro de l’architecture » pour [**Pierre Vaisse*] du Figaro, [**Jean Dutourd*] se surpasse : «Appel à l’insurrection», il n’est jusqu’à l’historien d’art [**André Fermigier*] qui l’appelle le «zirkon» (sans commentaire!) (source Wikipédia). La polémique stérile est une habitude française.

Las, oui l’on est en France et à Paris, et ce n ‘est ni la première ni la dernière fois que l’on se déchire et que l’on s’invective sur la base d’une querelle artistique : querelle des Bouffons (1752-1754), bataille d’ Hernani (1830), Tour Eiffel 1887-1889), statue de Balzac par [**Rodin*] (1897-1898), le sacre du Printemps de [**Stravinski*] joué pour sa première aux Théâtre des Champs-Élysées (1917), sans oublier bien entendu la construction du Centre Pompidou (1977) de [**Renzo Piano*], [**Gianfranco Franchini*] et [**Richard Rogers*].

L’opposition politique municipale à Paris a mal digéré l’élection de François Mitterand en 1981 et dans ses bureaux de l’Hôtel de ville, [**Jacques Chirac*], le Maire, piaffe d’impatience pour tailler des croupières à l’homme du 10 mai. Le prétexte en est donné, ce sera la pyramide de [**Ieoh Ming Pei*]. Elle défigure le Louvre, elle souille la mémoire des lieux, elle fait entrer la modernité, le verre et l’acier au coeur d’un palais royal construit en pierre et puis son architecte n’est pas français, il est sino-américain… que de bêtises ! Que ne dira-t-on pas ce sentiment xénophobe, raciste, parfois antisémite, qui affleure dans certains milieux bien pensants et distingués de notre dite-intelligentsia, quelque chose de subliminale qui n’attend que le prétexte pour diffuser les relents pestilentiels de sa pensée rassis et qui rejoint en ce sens les populismes les plus démagogiques. Dans le bal des malfaisants les acoquinements les plus étranges sont souvent les plus courants !

La France raffole de ces batailles, la pyramide du Louvre alimente toutes les conversations; des salons aux bistros, chacun se doit d’avoir un avis. Les ignorants dament le pion aux «experts», on est pour ou on est contre, et moins on en sait, plus fort on le dit! C’est tout à fait la définition qu’en donnait [**Françoise Sagan*] :« la culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale !»

Sans vouloir brosser par le détail l’histoire de ce palais, rappelons furtivement que ce château du moyen-âge voulu par [**Philippe-Auguste*] au 12è siècle, fera avec les règnes successifs l’objet de nombreuses transformations, agrandissements, modifications pour devenir la demeure royale. Au 16ème siècle il sera considérablement transformé par les rois [**François Ier, Henri II, Henri III*] ( La Cour carrée) et [**Henri IV*] ( la Galerie du bord de l’eau). [**Louis XIV*] (la colonnade de [**Perrault*]). Chaque roi (voire empereur puisque [**Napoléon*] y a laissé aussi sa marque ) continuant les chantiers engagés par ses devanciers. [**Napoléon III*], à qui Paris doit tant, poursuivra l’oeuvre et confiera à [**Visconti*] l’agrandissement du Palais, (relier le château des Tuileries au palais par la construction de l’aile Richelieu rue de Rivoli et la construction du Pavillon de Flore le long de la Seine). Cela, faut-il le souligner, ayant aussi pour objet de créer du travail et mobiliser de nombreux corps de métier ! Hélas l’aile dite des Tuileries sera incendiée sous la Commune !

La Cour Napoléon, une petite place anonyme et sinistre, avec un bassin, un jet d’eau, quelques rares arbres rabougris, une statue de bronze, des voitures en stationnement tout autour, l’entrée du Louvre se faisait par trois ou quatre marches à gravir avant d’accéder à la salle du manège où se trouvait la billetterie pour accéder au musée, tel état l’état des lieux avant les travaux !

Ce sera la gloire de Ieoh Ming Pei de terminer ce grandiose chantier commencé il y a plusieurs siècles, pour non seulement lui donner sa parure monumentale, son entrée majestueuse, de réunir le ciel et la terre à travers ce prisme de lumière venu du fond des âges, mais aussi de positionner ce sublime musée dans son temps pour y faire resplendir les patrimoines artistiques de toute l’humanité et la beauté de Paris et de la France !

[**Mais revenons au chantier du Louvre dans les années 80*]
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Le ministère de la culture fait installer sur le chantier à venir une simulation de l’emplacement de la pyramide imaginée par [**Ieoh Ming Pei*]. Des câbles de téflon sont tendus formant les saillies des angles, de l’apex jusqu’à la base. Ainsi les parisiens pourront se familiariser avec l’oeuvre et voir…


Le temps passe, le temps politique aussi, le colossale chantier du Louvre est en cours. Les élections législatives de 1986 voient un changement de majorité à l’Assemblée Nationale. [**Jacques Chirac*] devient alors Premier ministre de[** François Mitterand*] et [**François Léotard,*] ministre de la culture. Le 1er avril 1989, la pyramide devenue l’entrée monumentale du Louvre est inaugurée. La République se rassemble, le champagne pétille dans les coupes, tout le monde est heureux… Embrassons-nous Folleville ! La pyramide a trouvé désormais sa place au coeur de la Cour Napoléon… Pour finaliser l’ensemble du projet architectural, il reste le déménagement du ministère des finances de la rue de Rivoli à Bercy, mais c’est une autre histoire… !

Vous avez dit pyramide n’est-ce-pas ???

[**Pierre-Alain Lévy*]

[**Nota:*] Tout en rédigeant cet article, je ne puis m’empêcher dans cette relation des travaux du Louvre et de la construction de cette pyramide de Ieoh Ming Pei, de penser au chantier de la restauration de Notre-Dame de Paris et des rédactions qu’elle suscite, ô combien de similitudes !


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WUKALI Article mis en ligne le 23/05/2019

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