Boris Berezovsky
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Berezovsky, joue deux sonates de Beethoven et Liszt au programme de La Roque d’Anthéron

par Pétra Wauters


A l’auditorium du château de Florans, ce lundi 2 août, Boris Berezovsky a rendez-vous avec son public. Encore un très grand récital, et ce n’est pas vraiment une surprise. Des fidèles, et nous en sommes, qui guettent ses concerts. Il y a de la fièvre dans ces soirées avec le pianiste russe et ce n’est pas seulement parce qu’il fait encore très chaud à la Roque d’Antheron : même à 21h les cigales ne pensent pas à se retirer dans les coulisses et seules quelques chauves-souris mélomanes annoncent la fin de la journée. De la fièvre et un sacré beau tempérament déployés dans les sonates interprétées par le grand Boris Berezovsky.

Deux œuvres de jeunesse de Ludwig Van Beethoven mais déjà de très grandes œuvres totalement signées du compositeur. 

La première, La sonate n° 1 en la mineur opus 2 n°1, dédiée à Joseph Haydn. On sait que le jeune Ludwig voulait s’affranchir de son professeur.  Beethoven admirait Mozart, mort trop tôt, et il ne souhaitait pas que l’on parle de lui comme un simple disciple de Haydn. 

On a souvent évoqué les relations entre le maître et l’élève, ce prodige qui se montre « indiscipliné. »  Et s’il a découvert de nouvelles possibilités au genre sonate, on sent toujours l’influence de Haydn comme celle de Mozart. Il nous semble entendre du reste quelques « formules » échappées d’une symphonie de Mozart.  

C’est ainsi que dans le premier mouvement de la sonate n°1, l’artiste détache les notes, donne beaucoup d’énergie, de flamme, de vie à ce célèbre allegro, qu’il joue de façon impérieuse. On se souvient de quelques prestations de pianistes qui le jouent deux fois plus vite, ce qui n’est pas toujours gage de qualité, mais également d’autres qui prennent tout leur temps. On est séduit par le thème lyrique du second mouvement, l’adagio, son souffle, son chant, et la recherche de ce lyrisme se fait de manière tendre et mélancolique par le pianiste. On retrouve ces qualités dans les passages les plus animés, voire tumultueux de Beethoven. Il n’a pas toujours été tendre avec les touches du clavier dans le passé, mais l’interprète a su calmer le jeu, si l’on peut dire. L’énergie, le rythme, le phrasé, et des sonorités renforcées sont là… en douceur. 

Boris Berezovsky. La Roque d’Anthéron, lundi 2 août 2021
©photo Valentine Chauvin

Assurément, Boris sait questionner le texte. On a entendu Beethoven, il nous a été révélé. Lorsque la tension retombe, on reprend nous aussi notre souffle dans les gradins. Les doigts de notre musicien semblent s’abandonner, se détendre. Car il faut voir ce « géant » russe, effleurer les touches de son clavier, les caresser du bout des doigts, au point que même dans les passages pleins de ferveur, on s’éloigne de toute brutalité car Boris Berezovsky privilégie l’intensité dramatique.

On sent encore un respect presque religieux pour le maître de Bonn de la part du grand pianiste et les sonates 1 et 2 proposées lors de cette soirée en sont transfigurées. Le pianiste rend hommage à Beethoven en faisant preuve de beaucoup d’audace dans ces sonates qui ont une réelle présence. On est loin de la petite sonate joyeusement enfantine que l’on nous sert parfois ! 

Lorsque l’on entend une interprétation comme celle de Boris Berezovsky, l’identification et l’empathie avec cette musique, et tout ce qu’elle exprime, sont évidentes.

Qu’elle est belle aussi la sonate n°2, d’un esprit tout différent de celui de la première, avec son Allegro vivace, pour le moins espiègle. Formidable deuxième mouvement Largo appassionato suivit du Scherzo à la légèreté mordante, avec ce thème qui étonne tant il s’envole vers les aigus. Le rondo final est magnifique, même si c’est le Largo appasionnato qui nous emmènera particulièrement ce soir-là. Difficile d’afficher des préférences car tous ces mouvements sont sublimes, cependant on a un coup de cœur pour ce mouvement d’une grande noblesse et d’une intense ferveur. Nul doute, on est fasciné par le jeu de Berezovsky. Rien ne semble fabriqué, tout est naturel. 

Fin du programme avec Liszt : Venezia e Napoli, extrait des Années de pèlerinage, 2ème année Italie.  Comme c’est alors intéressant de revenir vers Liszt avec Boris Berezovsky : on se souvient avec bonheur du récital de Bertrand Chamayou, ce mercredi 28 juillet – article à lire dans Wukali – 

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