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Rejoneadora de Frédéric Coudron, bien plus qu’un western, une ode à la tauromachie et à la corrida à cheval

par Émile Cougut

Depuis quelques années où je fais des recensions critiques pour WUKALI, c’est bien la première fois que j’en fais une pour un western. Il faut dire que ce genre a quelque peu disparu des étalages de nos librairies depuis le dernier tiers du siècle précédent. Aussi, est-ce avec une certaine curiosité que j’ai lu Rejoneadora de Frédéric Coudron que vient de publier l’excellente maison d’édition Au Diable Vauvert.

Voilà un western qui ne se passe pas là où on s’attend que se déroule l’histoire, les États-Unis d’Amérique, mais juste en périphérie : le Mexique. Le Mexique de la fin du XIXè siècle, sous la dictature du général Diaz, avec, en arrière fond, la misère du peuple et le partage des terres entre les paysans et les propriétaires terriens, prêts à tout pour accroître leurs biens. Or l’on sait comment cela finit, avec la guerre civile, des milliers de morts et l’épopée de Pancho Villa. D’ailleurs, nous le croisons, jeune, fanfaron et quelque peu addict à l’alcool. C’est aussi l’époque où, si les tensions et la guerre larvée avec les États-Unis ont quelque peu décru, ces derniers sont très, très attentifs à ce qui se passe en Amérique centrale en général et chez son trublion de voisin en particulier.

Bon soit, c’est un western avec ses cow-boys, ses tueurs, ses duels, ses saloons et j’en passe. Mais c’est aussi, et j’ose l’écrire, autre chose. Le côté western n’est qu’un décor, un simple décor. Et pour cause, si l’auteur a choisi de mettre l’action au Mexique c’est qu’il écrit un livre sur la corrida, et cette dernière est une vraie passion, un total symbole dans ce pays. Beaucoup moins au Texas, en Arizona ou en Californie.

Rejoneadora est en fait un livre sur la corrida, c’est une évidence, ou plus exactement sur les corridas, car il y en a deux : celle à pied et celle à cheval.

Olécio partenaire de Wukali

Ana del Rey, jeune française a tout quitté pour venir vivre au Mexique avec ses chevaux pour y développer la corrida à cheval, alors totalement inconnue. Juste avant son premier combat, elle rencontre un curieux cow-boy, toujours souriant, Harper J. Lee qui s’autoproclame son ange gardien. D’autant plus curieux qu’il est lui aussi passionné par les toros et s’avère être un matador très atypique mais d’un courage jamais vu.

Lors de la corrida, la fille du gouverneur est assassinée et Ana est accusée, condamnée à être pendue sans procès. Harper la délivre et tous les deux finissent par démontrer que cet assassinat cache une machination dont la jeune femme est la victime expiatoire, le bouc émissaire bien pratique pour pouvoir arriver à ses fins. Le but recherché n’a aucun rapport avec la tauromachie, Ana s’est trouvée au mauvais endroit, au mauvais moment.

En lisant ce livre, non seulement vous apprendrez que rejoneadora désigne la matador à cheval, mais surtout les différences entre les deux sortes de corridas, la beauté et les règles de ce spectacle, les passions qu’il peut enclencher, la bravoure des toros, et j’en passe. Même les opposants à la corrida seront envoûtés par les ballets que décrit Frédéric Coudron (on ne vit pas à Dax, sans tomber sous les charmes des corridas). D’ailleurs, l’auteur montre sa répugnance, son indignation au sort qu’était réservé aux chevaux dans la corrida à pied quand ils n’étaient pas encore caparaçonnés. Quelle différence entre la noblesse et le travail des étalons lusitaniens et les pauvres bêtes qui se faisaient éventrer dans les arènes.

Un western tauromachique, une rareté très plaisante à lire pour découvrir l’histoire et les principaux codes d’un affrontement entre l’homme et les toros qui prend ses racines au début de l’histoire de l’humanité.

Réjonéadora
Frédéric Coudron

éditions Au Diable Vauvert. 18€

Illustration de l’entête: Léa Vicens lors de la féria des Fallas, à Valence (Espagne), le 19 mars 2015.© Manuel Bruque/EPA/MAXPPP

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