Le Brésil, au début du XVIè siècle, juste avant que le Portugal bâtisse une colonie sur ce territoire. Le Brésil, avant tout une forêt immense, l’Amazone, un univers entier, d’une beauté incroyable, mais surtout et avant tout, un lieu où la mort est omniprésente. A partir de l’histoire de son pays, en empruntant quelques figures ayant existé à cette époque, l’auteur, Rodrigo Leãno, nous offre ici un magnifique roman, flamboyant, envoutant, une véritable parabole relative au Brésil, ce pays fondé sur le sang, la violence et les excès qui sont toujours aussi présents à notre époque.

Rodrigo Leãno invente un personnage « haut en couleurs », Angelo le Rouge, lâche, bigot, hâbleur, raciste mais quelque peu philosophe, il faut dire qu’il se revendique comme étant le fils d’une prostituée et de Pic de la Mirandole ! Il est prisonnier depuis quelques années dans la Serra de Paranapiacaba. Vient de le rejoindre un autre européen qu’il surnomme Bacharel. Et Angelo raconte. Demain Bacherel sera mangé et le chef Yawara ajoutera son nom au sien. S’ils le mangent c’est à cause de sa bravoure au combat, ils pensent qu’en l’ingérant ils bénéficieront de sa force, de son courage. Autrement dit la dernière nuit d’un condamné aux mains d’une tribu anthropophage.
Mais surtout il lui conte l’histoire de Yamara. Fœtus avalé par un molosse lors d’une bataille contre un village, il est recraché au pied de Joao dos Piratiningas, un Portugais qui s’est totalement intégré à la tribu et qui fait avec elle du trafic d’esclaves. Le nourrisson est laissé plus ou moins à lui-même et grandit en marge du groupe : il fait peur, mais personne n’ose s’affronter à lui. Non seulement il est sous la protection du chaman, mais très vite il montre une force impressionnante et des qualités rares comme chasseur.
A treize ans, il vaut venger le seul qui lui portait un peu d’intérêt et qui a été dévoré par un jaguar noir. Il arrive à se faire aider par Raira, une marginale car elle chasse encore mieux que les hommes et refuse d’accomplir les tâches dévolues aux femmes. Il devient le tueur de jaguar, mais toujours en quête du mythique jaguar noir. Jusqu’à ce que sa traque l’amène à Frère Simiao, un faux moine qui veut « évangéliser » les autochtones avec une lecture très personnelle des Ecritures. Il a une plantation au milieu de la forêt, il est aussi associé dans son trafic avec Joao dos Piratiningas. Le faux moine, en lutte avec le chaman, s’avère être un prédateur encore plus cruel et sanglant qu’un jaguar.
Violence, sexe, survie à chaque instant, choc de culture, mais aussi humour et élégance sont entremêlés dans ce récit luxuriant. De fait le principal personnage: c’est la forêt. Ses habitants sont la forêt et la forêt dévore, dans tous les sens du terme, ceux qui osent y pénétrer. Seul compte le monde présent qui n’est que survie. Pas de futur, pas de passé, le présent est seul dans cet univers où bien des démons rodent et qu’il faut savoir soit combattre soit les transformer en alliés.
Depuis longtemps, nous savions que la littérature sud-américaine était d’une grande richesse et suivait des chemins autres que ceux que nous, lecteurs pétris de culture occidentale, avions l’habitude. Rodrigo Leano nous le montre brillamment.
Yawara
Rodrigo Leano
Traduit du Brésilien par Daniel Matias
Éditions Paulsen. 21€50


