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Picasso et Frida Kahlo en immersion aux Carrières des Lumières

par Pétra Wauters

Depuis le 13 février 2026, les Carrières des Lumières aux Baux-de-Provence* proposent une double immersion artistique. L’exposition principale met à l’honneur Pablo Picasso à travers ses grandes périodes, de la mélancolie du bleu aux puissants gris de Guernica. En complément, les visiteurs découvrent l’univers coloré et symbolique de Frida Kahlo.

On pourrait penser que ces deux-là ne vont pas trop bien ensemble ? Pas d’un point de vue pictural, mais comme un paradoxe apparent : Picasso, dont les relations avec les femmes furent aussi complexes que controversées, fait écho à Frida Kahlo, icône féministe qui connut elle-même les tourments d’une passion orageuse avec Diego Rivera. C’est effectivement troublant et peut-être que c’est justement cette tension qui rend l’exposition intéressante : deux artistes qui ont transformé leurs relations compliquées en art révolutionnaire, chacun à sa manière.

Carrières des Lumières – Les Baux-de-Provence © Succession Picasso 2026,
crédit photo © Culturespaces_Vincent Pinson

Le programme long de 40 minutes réunit plus de 650 œuvres de Pablo Picasso. « C’est une exclusivité sur la vie et l’œuvre complète », confie Étienne Devic, directeur des Carrières des Lumières,

Une expérience visuelle et sonore forte au cœur des carrières. On part au plus près du regard de l’artiste, avec des titres superbes pour appuyer le propos : Carmen, Suite n° 1 de Georges Bizet, Suite espagnole n° 1,  Asturias d’Isaac Albéniz, pour n’en citer que quelques-uns parmi les plus chaleureux de son Espagne natale. «  Il y a un degré de lecture dans la bande-son », confie Virginie Martin, directrice artistique de l’exposition. « Nous avons recherché des émotions qui sont en rapport avec les œuvres. La musique raconte vraiment le tempérament de Picasso, les émotions, l’état d’esprit dans lequel il était sur chaque période ».

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Après une présentation en noir et blanc, comme un album ancien que l’on feuillette, nous sommes pris dans un tourbillon de couleurs : du rouge vif des arènes de Málaga ou encore celles d’Arles, des couleurs gaies encore au cœur des cabarets et bals parisiens où se retrouvent peintres et modèles, de ce bleu mélancolique et ce rose délicat de ces périodes que nous connaissons tous, jusqu’aux gris saisissants du monumental et poignant Guernica. De « La Célestine » aux « Demoiselles d’Avignon » en passant par « La Suppliante », nous allons à la rencontre des visages des femmes qui ont peuplé sa vie et inspiré certains des virages majeurs de son œuvre.

L’art en mouvement aux Carrières des Lumières – Les Baux-de-Provence © Succession Picasso 2026,
Crédit photo © Culturespaces_Vincent Pinson

Nous nous souvenons des « Maîtres espagnols » de mars 2018 à janvier 2019 : les chefs-d’œuvre de Picasso, Goya ou encore Sorolla, soit un siècle de peinture espagnole avec une grande partie consacrée à ce maître, influenceur de l’art du XXe siècle. 

Pour cette exposition 2026, les héritiers de Picasso imposent un cahier des charges strict et Virginie Martin et son équipe ont dû tenir compte des exigences bien différentes des expositions précédentes. Le principe fondamental : ne pas déconstruire les œuvres. Si les outils numériques étaient certes autorisés, la succession Picasso se montrait extrêmement scrupuleuse sur l’intégrité de l’œuvre. Cadrage, colorimétrie : tout devait être respecté à la lettre.

Seules quelques libertés ont pu être prises avec les toiles cubistes, les collages et les tableaux des grands Maîtres réinterprétés par Picasso, qui ont pu être dévoilés autrement, animés par touches subtiles.

La directrice artistique confie :   « Nous avons dû trouver d’autres façons de présenter cette œuvre complexe et de la rendre accessible au public, sans la dénaturer. Elle a misé sur un travail de mise en scène, de rythme et de musique. « C’était très important aussi de transmettre les couleurs au plus proche de la réalité », confie-t-elle.

Nous partons à la découverte d’un Pablo Picasso qui a su absorber, vampiriser le meilleur de ceux qu’il admirait. On pense à ces chefs-d’œuvre réinterprétés de Vélasquez, Manet, Lucas Cranach le Jeune… Picasso dialoguait avec les maîtres, les déconstruisait, les réinventait. Une appropriation totale, presque violente, où Les Ménines ou Le Déjeuner sur l’herbe devenaient totalement siens, portant sa griffe cubiste, sa liberté formelle. On les retrouve sur les murs et c’est un grand moment du spectacle. L’expérience immersive bouleverse, interroge, et nous invite à porter un autre regard sur le parcours artistique du cofondateur du cubisme. 

Plusieurs centaines d’œuvres projetées sur les murs

 Dans une liberté insolente, Picasso s’est amusé toute sa vie à se faire surprendre par de nouvelles techniques, comme la céramique, la sculpture, les décors de théâtre, la gravure, les papiers-collés, les assemblages, les pliages.  C’est aussi tout cela que l’on découvre au fil de l’exposition. 

« Nous entrons de plain-pied dans les œuvres de l’artiste, confie Virginie Martin, avec des œuvres emblématiques comme « Les demoiselles d’Avignon » ou encore Guernica.  Nous découvrons l’artiste multi-talentueux et sur les murs, nous nous faisons notre propre perception. A l’échelle des murs nous sommes complétement immergés, et nous avons un autre rapport à l’œuvre et à la narration qu’il propose. Des œuvres se prêtent particulièrement bien à la vidéo projection, des œuvres contrastées bien mises en valeur, « mais il était important pour nous, dans le choix des œuvres, de raconter toutes les grandes étapes de la carrière de Picasso. »

Expérience immersive Frida Kahlo. Carrières des Lumières – Les Baux-de-Provence
© Culturespaces _ Vincent Pinson.

Avec Frida Kahlo, c’est une autre histoire qui se raconte, en images et en musique. Une playlist aussi colorée que les œuvres de l’artiste mexicaine, une bande-son envoûtante comme l’était sa vie. On y retrouve entre autres « Banderilla » de Calexico, « Sueño en Paraguay » ou encore « Deepest Dive » Tiko Tiko, « Any Other Name » de Thomas Newman. Virginie Martin plonge cette fois dans le détail, à la recherche d’une émotion.  Elle nous fait écouter  » un battement de cœur ». C’est avec lui que démarre l’exposition, on suit cette joie, l’explosion des couleurs, l’identité mexicaine, précise Virginie Martin.  Puis nous rentrons dans ce labyrinthe émotionnel, dans l’intime, dans ce monde intérieur ». 

C’est comme un ballet de couleurs, d’émotions, de souffrances, de bonheurs, de vibrations … les musiques dialoguent précisément avec l’univers de Kahlo. On s’enroule dans des motifs végétaux, organiques. On est dépaysé : de nombreux éléments du folklore mexicain nous emmènent chez elle, et souvent la mélancolie s’installe. Mais la vie est la plus forte, et la douleur se transforme soudain en énergie, en une force créatrice hors du commun.

L’artiste elle-même nous invite à entrer dans la Casa Azul, nous parle en couleurs de sa relation passionnée avec Diego Rivera. Elle peint sa souffrance et nous livre tout de l’accident de bus qui a bouleversé son existence. Chaque image semble palpiter au rythme du cœur de l’artiste…

* Carrières des Lumières. Production : Culturespaces Studio ® / Direction artistique : Virginie Martin / Mise en scène et animation : Cutback / Supervision musicale et mixage : Start-Rec. Route de Maillane, 13520 Les Baux-de-Provence

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